06.02.2018

"Nucléaire, danger immédiat" (ouvrage) : attention fake news

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Dans un livre publié aujourd'hui, deux journalistes, Hugues Demeude et Thierry Gadault, fustigent la sûreté des installations nucléaires en France. La SFEN – qui est citée à plusieurs reprises (pages 14 et 15) – a pu lire les « bonnes » feuilles de cet ouvrage truffé de fake news. Florilèges des plus beaux mensonges.

FAUX - « 10 cuves de nos centrales sont fragilisées par des fissures et 3 atteignent déjà les limites de sûreté. L'accident grave devient, non plus possible, mais probable. »  

Les auteurs l’ignorent peut-être mais la présence de défauts d’homogénéité constatée lors du forgeage de pièces métalliques, comme les cuves, est un phénomène bien connu et largement documenté depuis de nombreuses années.

Ces défauts sont suivis régulièrement. Ainsi, chaque cuve de réacteur est contrôlée tous les dix ans, voire tous les cinq ans pour certaines, via des ultrasons et des examens télévisuels pour les états de surface.

Ces allégations ne reposent donc sur aucune réalité. Ni les contrôles de l’exploitant, ni ceux de l’autorité de sûreté nucléaire n’ont mis en lumière de telles anomalies.

Rappelons au passage que l’ASN est une autorité indépendante qui réalise chaque année plus de 400 inspections sur les sites nucléaires. Récemment, elle a montré son intégrité ainsi que son intransigeance pour garantir le plus haut niveau de sûreté, n’hésitant pas à exiger l’arrêt de certains réacteurs lorsque des situations de non-conformitée étaient constatées.

FAUX - « La Machine d’Inspection en Service n’inspecte la cuve que sur une toute petite partie de l’épaisseur du métal » 

La Machine d’Inspection en Service dont parlent les deux journalistes est utilisée pour contrôler une partie du métal située sous le revêtement de la cuve ainsi que l'intégralité de l'ensemble des soudures. Cet engin de 14 mètres (13 tonnes de poids) couplé aux techniques d'ultrasons permet de déceler le moindre défaut recherché.

C’est d’ailleurs cette machine qui a permis de mettre en évidence les défauts dans la cuve de certains réacteurs belges en 2015-2016.

FAUX - « Les réacteurs peuvent aller de 42 à 46 ans avant d'atteindre les limites d'exploitation fixées par l'industriel, aller encore au-delà, c'est entrer dans un domaine inconnu. »

Les auteurs insinuent que les réacteurs souffriraient d'obsolescence programmée. Pourtant, comme l’explique l’IRSN, il n’existe pas de durée fixe pour l’exploitation d’une centrale.

Depuis plusieurs décennies, la communauté nucléaire mondiale a acquis une fine connaissance des mécanismes de dégradation et a fait évoluer ses opérations de maintenance. A titre d’exemple, les générateurs de vapeur ont pu être remplacés suite à la découverte dans les années 1980 d’un phénomène de corrosion affectant leurs tubes. Ce phénomène était inconnu lors de leur conception et de leur fabrication.

Techniquement rien ne s’oppose à une exploitation au-delà de 40 ans. La majorité des centrales nucléaires américaines sera exploitée jusqu’à 60 ans et certaines iront même jusqu’à 80 ans. Pour la plupart de ces centrales, la technologie utilisée est identique à celle utilisée en France.

FAUX - « L'un des visages les plus connus du clan pronucléaire est celui de Valérie Foulon, la secrétaire générale du Syndicat français de l'énergie nucléaire (SFEN). Certainement aussi la plus douée. »

Concluons sur une note d’humour qui traduit assez bien l’imprécision du travail d’investigation du duo Demeude-Gadault. Le nom de la déléguée générale de la SFEN, Valérie Faudon qui dans ce roman-fiction devient « Foulon », tout comme la SFEN, société savante depuis 1973, se transforme en « syndicat ». Une rapide recherche sur Google aurait pourtant permis de corriger ces coquilles.

A l’image de ces coquilles, les auteurs ne semblent pas vouloir se donner la peine de vérifier leurs propos et semblent souffrir du syndrome de Don Quichotte si bien décrit dans le livre de Michel Onfray : « Le réel n’a pas eu lieu ».

 

Centrale nucléaire de Paluel : la machine d'Inspection en Service réalise des contrôles visuels, des examens par ultrasons, et des tirs radiographiques de la cuve.

Crédit : CHANTELOUP FRANCIS / EDF