31.10.2017

Construire de nouvelles centrales nucléaires pour lutter contre le changement climatique

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Un an après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, et quelques semaines après la COP23, la capitale française accueille le One Planet Summit, un sommet pour favoriser les investissements au service de la lutte contre le réchauffement climatique et assurer la solidarité entre pays du Nord et du Sud dans ce combat mondial. Peu avant, deux organisations internationales, l’OMM et le PNUE, avaient tour à tour alerté sur l'urgence climatique. Pour éviter le scénario du pire, des solutions existent. C’est ce qu’avait rappelé Yukiya Amano, directeur général de l'AIEA, qui avait plaidé à Abu Dhabi début novembre pour la construction de nouvelles centrales nucléaires.

« Si nous souhaitons répondre à l’accroissement des besoins énergétiques et atteindre nos objectifs climatiques, nous aurons besoin d’accélérer le rythme de construction de nouvelles centrales nucléaires », a déclaré Yukiya Amano, directeur générale de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA). Invité à l'ouverture de la quatrième Conférence ministérielle internationale sur l'énergie nucléaire au XXIe siècle, qui se tenait début novembre à Abu Dhabi (Emirats arabes unis), Yukiya Amano a rappelé le rôle crucial de l’atome dans la lutte contre le changement climatique.

L'énergie nucléaire a démontré son efficacité pour réduire les émissions de CO2, rappelle-t-il : « Chaque année, les centrales nucléaires permettent d’éviter que deux gigatonnes de gaz carbonique partent dans l’atmosphère, l’équivalent des rejets de 400 millions de voitures ».

Par ailleurs, si l’atome ne représente que 11 % de la production d’électricité dans le monde, il assure aujourd’hui près d’un tiers de la production bas carbone de la planète. Le parc nucléaire pourrait encore se développer, estime Yukiya Amano. En comparaison, l'hydraulique représente la moitié de l'électricité bas carbone dans le monde, mais dispose d’un potentiel de développement plus limité.

Le nucléaire est d’autant plus indispensable dans un contexte où le changement climatique semble s’accélérer…

Il y a un mois, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) a alerté sur la concentration croissante de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Selon l’institution onusienne, la dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années : la température était de 2 à 3 °C plus élevée et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres par rapport au niveau actuel.

De son côté, le Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE) a pointé l’écart entre la parole et les actes, c’est-à-dire entre les promesses nationales de limitation des émissions de gaz à effet de serre et les réductions qu'il faudrait opérer pour maintenir le réchauffement en-dessous de 2°C.

Le Programme des Nations unies pour l'environnement cite le nucléaire, l'hydraulique et la captation et séquestration du CO2 parmi les solutions à utiliser

… et où la production d’électricité mondiale reste dominée par les énergies fossiles

Selon l'Agence internationale de l'énergie, les trois quarts de l'électricité mondiale sont encore produites à partir des énergies fossiles : charbon, gaz… Et la tendance n’est pas en passe de s’infléchir : actuellement, le PNUE recense la construction de 6 683 centrales à charbon à travers le monde (sans compter celles en projet).

Pour changer de paradigme d’ici 2050 et produire 80 % de l’électricité à partir de sources bas carbone, l’éolien et le solaire ne seront pas suffisants. Des technologies complémentaires seront nécessaires pour venir en appui estime le PNUE qui cite le nucléaire, l’hydraulique et la captation et séquestration du CO2 parmi les solutions à utiliser.

Sur la base de ces éléments, l’AIEA estime que le nucléaire pourrait représenter 874 GWe de la production électrique mondiale en 2050 et venir soutenir le développement des renouvelables variables.  « Une plus grande utilisation de l'énergie nucléaire sera nécessaire pour assurer l'approvisionnement régulier en électricité de base pour alimenter les économies modernes si les pays veulent atteindre les objectifs d'émissions de gaz à effet de serre qu'ils se sont fixés dans l'Accord de Paris. » souligne Yukiya Amano de l’AIEA.

Investir dans les technologies d’avenir

Pour jouer pleinement son rôle, les acteurs du nucléaire – exploitants, centres de recherche, industriels – se mobilisent d’abord pour continuer d’exploiter les installations existantes, puis pour en construire de nouvelles. Partout dans le monde, les chantiers de construction des réacteurs de 3e génération touchent à leur fin, préfigurant le renouvellement du parc nucléaire. De nouveaux types de réacteurs sont également en développement et pourraient être déployés dans les prochaines années. Petits et modulaires, ces réacteurs d’un nouveau genre seraient adaptés aux réseaux électriques de petite taille ainsi qu’aux territoires isolés. Les « SMR » pourraient également être utilisés pour faire du suivi de charge et pour des applications non électriques comme la production de chaleur.

Une chose est sure : contre le réchauffement climatique, construire de nouveaux réacteurs s’avère indispensable.