23.10.2018

Au cœur de l’Allemagne anti-nucléaire, les éco-modernistes remettent en scène cette technologie

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Après les manifestants enchaînés à des cabanes dans les arbres de la forêt d’Hambach, vouée à disparaître sous les pelleteuses des excavatrices de la mine lignite voisine, l’Allemagne a accueilli ce week-end un nouvel événement pro-climat. Cette fois, il s’agissait de défendre l’énergie nucléaire, dans un pays, premier émetteur de gaz à effet de serre d’Europe, qui a pourtant renoncé à l’utilisation de cette technologie bas carbone reconnue par les experts du climat.

La Nuclear Pride Coalition, regroupant des associations environnementales du monde entier favorables à l’atome, s’était ainsi donnée rendez-vous le 21 octobre à Munich autour d’un projet commun : défendre l’utilisation de l’énergie nucléaire dans la lutte contre le changement climatique. Quel meilleur endroit alors que l’Allemagne, pays qui illustre le mieux la contradiction entre opposition au nucléaire et lutte contre le changement climatique. Alors même que le pays sortira du nucléaire d’ici 2023, il continue de recourir pour 40 % au charbon et au lignite pour produire son électricité.

L’organisateur principal de cet événement baptisé « Nuclear Pride Fest » était l’écologiste Mike Shellenberger, président de l’association Environnemental Progress. Le nom « Nuclear Pride » est emprunté à la « Gay Pride », explique celui qui figure dans la liste des « Héros de l’environnement » du magazine Time. Avec ce nom, il « souhaite faire comprendre à quel point l'engagement public en faveur de l'énergie nucléaire est aujourd'hui un sujet tabou et stigmatisé socialement. »

Toute la journée du 21 octobre, ces écologistes 2.0 ont pu échanger avec les habitants de Munich, devenue « capitale verte de l’Allemagne » depuis qu’au début du mois le parti « Vert » y a obtenu son plus haut score, avec 42,5 % des voix. Ainsi, 200 volontaires, venus de Hollande, de Taiwan, de Pologne, Slovaquie, Russie, etc. s’y étaient retrouvés pour être ensemble et monter des stands et des activités à destination des munichois sur la Marienplatz, place la plus fréquentée de la ville.

A contre-chemin des « verts » traditionnalistes, les volontaires de la « Nuclear Pride Fest » ne s’engageaient pas contre mais pour quelque chose : remettre sur le devant de la scène l’énergie nucléaire. Accompagnés de leur mascotte, l'ours polaire "Melty", ils ont pu transmettre leur message à la population via des stands où étaient notamment proposés des quiz. Les familles étaient au rendez-vous sur cette place et ont pu échanger sur les enjeux liés à l’énergie nucléaire. Elles ont aussi pu profiter de chansons revisitées, à l’image de "The Change of Climate", interprété sur l'air de « The Sound of Silence » de Simon et Garfunkel.


Un premier succès, couvert notamment par des quotidiens nationaux allemands comme Die Welt, qui pourrait augurer de prochaines manifestations de la « Nuclear Pride Coalition ».

Dans Forbes, Mike Shellenberger a récemment expliqué que « l’Allemagne a dépensé 580 milliards de dollars en énergie éolienne et solaire sans réduire ses émissions de CO2 depuis 2009. (…) Si l'Allemagne avait investi ces 580 milliards à la place dans le nucléaire, cela aurait remplacé tous les combustibles fossiles dans les secteurs de l'énergie et des transports. »