27.03.2017

Bilan sanitaire de Fukushima : 18 000 morts ?

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Par Francis Sorin, auteur de "Déchets nucléaires : où est le problème ?" (Broché)

« …Ce 11 mars marque la célébration au Japon du 6ème anniversaire de l’accident de la centrale de Fukushima qui a fait 18 000 morts… » Voilà ce qu’annonçait un flash d’information diffusé sur une grande radio française le samedi 11 mars 2017, à la mi-journée. Ce même jour on pouvait entendre sur une autre radio nationale : « jour de commémoration au Japon, six ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima : des milliers de Japonais ont déposé des fleurs à la mer en hommage aux 18 000 victimes de cette catastrophe ».

« Fake news »

On pourrait multiplier les exemples d’annonces similaires relevées dans la presse écrite ou sur les chaînes de télé et de radio, évoquant l’accident de Fukushima et « des milliers de morts ». Pour un lecteur ou un auditeur ne poussant guère plus loin les investigations, la conclusion va de soi : c’est l’accident de la centrale nucléaire qui est responsable de ce terrible bilan humain se chiffrant en milliers de victimes ! Six ans après, beaucoup de Français partagent cette conclusion. Or, elle est totalement fausse ! On est ici en présence de ce qu’il faut bien appeler une « fake news » - pour reprendre l’expression qui fait florès sur le web – une « fausse nouvelle » assez remarquable par son ampleur et par sa durée. En réalité, l’accident de Fukushima n’est en rien responsable des 18 000 décès qu’on lui attribue : il n’en a fait aucun ! Comment expliquer alors cette ahurissante distorsion de l’information qui vient faire résonner à chaque mois de mars, sur la scène nationale, son écho erratique ?

On peut essayer de le comprendre en revenant un instant sur l’événement. Ce 11 mars 2011, un séïsme d’une extrême violence, le plus puissant jamais enregistré au Japon, ébranle la côte Nord-Est du pays. En plus des dégâts directs, il provoque un énorme raz-de-marée (tsunami) avec des vagues atteignant 14 m de hauteur. Ces deux catastrophes dévastent environ 400 km de côte sur une profondeur de plusieurs km. Le bilan humain est effroyable : 18 000 morts et disparus. La centrale côtière de Fukushima voit son site complètement inondé et privé de l’électricité servant à la commande des machines. Suite aux dommages engendrés sur les systèmes de refroidissement et de secours, plusieurs de ses réacteurs entrent en accident grave avec relâchements importants de radioactivité. Les explosions d’hydrogène intervenues sur les installations ne font pas de victime et les populations riveraines - environ 80 000 personnes - sont évacuées dès le lendemain.

Voilà donc, très schématiquement résumé, le film des événements tel que le Japon l’a éprouvé en ce mois de mars 2011. Un fait essentiel retient l’attention concernant la question qui nous intéresse : les 18 000 morts annoncés sont les victimes du séïsme et du tsunami et en aucun cas ceux de la centrale de Fukushima. Mais il s’est créé plus ou moins spontanément une sorte d’amalgame entre les trois catastrophes du fait de leur concomitance, ce qui a conduit certains commentateurs à les rendre en quelque sorte co-responsables solidairement des milliers de victimes décédées. On en est arrivé ainsi à suggérer, à travers des formulations plus ou moins floues ou explicites, que l’accident nucléaire est responsable de toutes les victimes répertoriées ou, à tout le moins, d’une grande partie d’entre elles. Il faut reconnaitre que cette sentence erronée va dans le sens d’une partie des médias et de l’opinion publique, portés à voir dans le nucléaire un pourvoyeur de catastrophes et nullement impatients de reconsidérer leur jugement sur les tenants et aboutissants du drame japonais. Il faut reconnaître aussi que cette attribution à Fukushima des morts du 11 mars fait bien les affaires des milieux écologistes et anti-nucléaires français dans leur entreprise de diabolisation de cette énergie. Tout cela pèse pour laisser perdurer la « fausse nouvelle »…

« Desintox »

Alors redisons-le ici : hormis six décès dus à des accidents de chantier survenus sur le site de la centrale, l’accident de Fukushima n’a pas fait de mort. C’est ce qu’établissent les enquêtes sanitaires conduites dans la région et notamment la grande enquête initiée par l’ONU et à laquelle participent des laboratoires d’universités japonaises, dont celle de la Préfecture de Fukushima. Les premières conclusions, publiées en février 2016 (et disponibles en français sur Internet) indiquent que les contaminations ont été dans l’ensemble très limitées et que l’on ne s’attend pas (dans les années à venir, au cours desquelles la surveillance sanitaire sera maintenue ) à une augmentation observable des maladies, ni auprès des travailleurs ayant reçu les plus fortes doses de radioactivité, ni, a fortiori, auprès des populations riveraines qui ont été rapidement évacuées des régions contaminées. Rappelons, comme l’a déjà indiqué la SFEN, que l’enquête a porté sur les 2 millions de personnes habitant la Préfecture de Fukushima au moment de l’accident avec des évaluations particulières sur près de 565 000 d’entre elles, ainsi que des bilans thyroïdiens effectués sur 368 000 enfants. Les statistiques sanitaires sont en tout point comparables à celles des autres régions du Japon non touchées par les retombées de l’accident. Concernant les femmes enceintes, les mêmes constats sont portés sur les fausses couches, les naissances prématurées et les malformations qui ne traduisent, dans la région étudiée, aucune recrudescence par rapport aux moyennes nationales. 

Hormis six décès dus à des accidents de chantier survenus sur le site de la centrale, l’accident de Fukushima n’a pas fait de mort

Beaucoup ignorent ces conclusions et restent persuadés de bonne foi que l’accident de Fukushima a fait des milliers de morts comme ils peuvent continuer de le lire ou de l’entendre. Alors on ne peut qu’encourager ce mouvement de traque aux « fake news » qui connait depuis plusieurs mois un essor spectaculaire sur le web ! Accompagnant cette tendance, de plus en plus nombreux sont les médias qui se dotent d’une rubrique « désintox » où l’on prétend débusquer les chiffres erronés, les erreurs factuelles, les mensonges délibérés relevés dans les propos publics des uns et des autres. Sur l’accident de Fukushima et ses conséquences, on serait bien inspiré de soumettre les « news » qui circulent depuis des années à ce « désintox » salutaire.