24.07.2019

1/9 - La prolongation du parc nucléaire dans la politique énergétique française

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Entretien avec Philippe Sasseigne, directeur exécutif en charge de la direction du parc nucléaire et thermique, EDF - Cécile Crampon (SFEN)

Que représente la prolongation du parc nucléaire en France pour EDF?

Philippe Sasseigne : La prolongation du parc, à travers la mise en œuvre du programme industriel majeur que représente le Grand carénage, est un axe fort de la stratégie industrielle et économique du groupe pour contribuer à la transition énergétique. C’est aussi une réponse aux priorités qui guident aujourd’hui les politiques énergétiques mondiales : la décarbonation de l’énergie, en particulier de l’électricité.

Dans le cadre du plan stratégique Cap 2030, le groupe a réaffirmé son engagement pour le climat et dans la lutte contre le changement climatique. Notre ambition est de renforcer notre place de leader des énergies bas carbone, en nous appuyant sur notre mix électrique très fortement décarboné.

Pour préparer, et renforcer ce mix dans la durée, nous sommes convaincus que la complémentarité du nucléaire et des énergies renouvelables est, aujourd’hui, un levier essentiel de la transition énergétique. Non seulement, le nucléaire est compatible avec la transition énergétique, mais il en est le pilier. Poursuivre l’exploitation de notre parc nucléaire existant après 40 ans, en complémentarité des renouvelables, est, selon nous, la solution la plus efficace et économique pour renforcer ce mix. Et ce, pour deux raisons : cette poursuite de l’exploitation garantit une production nucléaire en base, en quantité importante et décarbonée; elle permet aussi de répondre au caractère variable des renouvelables grâce à la flexibilité de nos réacteurs nucléaires. 

Quelles sont les conditions industrielles pour exploiter les centrales dans la durée?

P. S. : Il faut exploiter le parc de façon performante et irréprochable au quotidien. Cela commence par la sûreté.

Nous devons continuer à augmenter le niveau de sûreté, en garantissant que les conséquences seront les plus limitées possible même en cas d’accident grave. Il est aussi important d’être en mesure de renouveler et de maintenir les compétences internes d’ingénierie et d’exploitation, avec des femmes et des hommes du nucléaire engagés et responsabilisés. Cela nécessite aussi de renouveler et de renforcer le tissu industriel nécessaire et compétent pour relever nos défis techniques. Enfin, nous devons être vigilants à préserver et poursuivre notre mission de service public et approfondir notre relation aux territoires. 

Non seulement, le nucléaire est compatible avec la transition énergétique, mais il en est le pilier

Comment s’inscrit le programme Grand carénage dans le projet de la PPE [1] ?

P. S. : Le projet de la PPE le confirme : pour tirer profit de la complémentarité du nucléaire et des renouvelables en vue de décarboner l’électricité, nous devons poursuivre l’exploitation de notre parc nucléaire, dans une dé-croissance mesurée, jusqu’à 50 % du mix, d’ici à 2035. Sans compter Fessenheim, dont les deux tranches fermeront avant leur quatrième visite décennale en 2020, EDF proposait la fermeture de tranches 900 MW à partir de 2029 à raison d’une à deux par an jusqu’en 2035. Le gouvernement a décidé de fermer 12 réacteurs 900 MW dès 2027 en les échelonnant jusqu’en 2035. Le projet de la PPE est donc proche de la proposition que nous défendions. Nous y voyons le signe de la confiance que le gouvernement place dans notre programme industriel et dans notre capacité à emmener, avec l’accord de l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), nos réacteurs à 50 ans, voire même à 60 ans.

Notre enjeu est de réussir ce grand programme, dans le respect des décisions de l’ASN

Le Grand carénage n’est pas remis en cause par la PPE, il en devient la condition de réussite. C’est une responsabilité forte que nous assumons en sachant que nous ne réussirons ce projet que grâce à la mobilisation de l’ensemble de la filière, à l’innovation dont nous savons tous faire preuve, et à la coopération entre tous les acteurs.

Quels sont les autres projets inscrits dans le Grand carénage?

P. S. : Dans le grand carénage, on y trouve les visites décennales (VD3/1300, VD3/900, VD2/N4, VD4/900), mais aussi les modifications post Fukushima (construction des diesels d’ultime secours, des centres de crise locaux, des appoints ultimes en eau, etc.). Nous avons aussi les projets tels que les opérations de remplacement ou de rénovations de gros composants, comme celui des générateurs de vapeur, des réchauffeurs, la rénovation ou le remplacement des alternateurs, etc. Notre enjeu est de réussir ce grand programme, dans le respect des décisions de l’ASN, tout en continuant à assurer la maintenance courante des centrales. Alors même que nous opérons dans un contexte de montée importante de la charge et du volume des travaux à réaliser en France, mais aussi dans le monde. Cela demande donc une mobilisation très forte de la filière et du tissu industriel, associé à un haut niveau de qualité d’interventions. Cela demande aussi une acceptation et un soutien des acteurs des territoires pour continuer à exploiter, mais aussi construire un autre avenir industriel, quand nous devrons fermer des réacteurs.

Quels sont les facteurs clés de la réussite du Grand carénage?

P. S. : Outre la mise en œuvre, dans les règles de l’art, de tous les projets, la réussite du Grand carénage et plus globalement de la prolongation du parc nucléaire, repose aussi sur la coopération entre toutes les parties prenantes internes et externes. Ce travail de coopération, engagé par tous les acteurs de la filière nucléaire et illustré par la signature du contrat de filière en janvier, montre à quel point il est nécessaire, en permanence, d’allier nos efforts pour relever nos défis industriels, économiques et législatifs. 

C’est l’occasion d’évoquer l’importance de la concertation et de l’ancrage territorial, que nous avons su développer et que nous renforçons avec les grands travaux portés par le Grand carénage. Nous avons toujours été vigilants à ce que les investissements réalisés dans le cadre de notre programme industriel soient, pour les territoires, les plus bénéfiques possibles, tant sur le plan économique qu’en termes de création de valeur (démographie, emplois, accès aux équipements publics et culturels, formations, etc.). En participant au maintien de l’emploi et au dynamisme dans les territoires, les centrales contribuent au renouveau industriel de la France.

Ce souci de nos territoires va de pair avec le dialogue et la transparence dont nous faisons preuve depuis le début de l’exploitation de nos installations. Là encore, le Grand carénage, est également une opportunité pour répondre aux questions que se posent les citoyens, et prendre en compte leurs remarques. C’est ainsi que le 4e réexamen périodique des centrales 900 MW concernées a fait l’objet d’une concertation locale auprès du public, en amont des enquêtes publiques qui se dérouleront réacteur par réacteur [2] . C’est une démarche inédite car non prévue par le législateur et qui a vu la présence de 1 200 personnes à la dizaine de réunions proposées à proximité des centrales. C’est encourageant pour la suite.

CREDIT PHOTO : © EDF / STEPHANIE JAYET

1.

Programmation pluriannuelle de l’énergie 

 

1.

Concertation organisée sous l’égide du Haut comité pour la transparence et l’information sur la sûreté nucléaire (HCTISN)

La suite du dossier

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L’industrie nucléaire a pris le virage du numérique pour renforcer sa compétitivité, accélérer ses cycles d’innovation et attirer les jeunes talents.

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Julien Collet, directeur général adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) fait le point sur le programme structurant lié à la sûreté nucléaire du GC.