L’Allemagne bientôt en plein démantèlement

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A une heure et demie de Francfort, Thomas Volmar dirige depuis huit mois un des plus anciens chantiers de démantèlement d’Allemagne : celui de la centrale de Mülheim-Kärlich, près de Coblence. Entré en 1998 chez RWE, ce Docteur-Ingénieur formé à la conduite à la centrale de Biblis n’a jamais eu l’opportunité de mettre en application ses connaissances dans le cadre d’une tranche en marche... Il est de ceux qui auront fait l’essentiel de leur carrière dans le démantèlement. A 47 ans, Thomas est aujourd’hui le chef d’orchestre d’un chantier commencé en 1988[1]. Comment s’orchestre le démantèlement de la centrale ? L’activité est-elle créatrice d’emplois et de valeur ajoutée ? Dans quel état d’esprit sont les salariés du nucléaire depuis l’Energiewende ? Interview.  
 

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Thomas Volmar, Directeur de la centrale de Mülheim-Kärlich (à droite) et Dagmar Butz, responsable de la relation publique (à gauche).

L’activité de démantèlement est-elle difficile ?

Thomas Volmar – Pour moi qui n’ai jamais eu l’occasion d’exploiter une centrale nucléaire, démanteler une installation n’est pas un acte douloureux. Les défis techniques du démantèlement me stimulent. Ce n’est pas le cas de certains de mes collèges qui ont participé au fonctionnement de la centrale comme chef de quart ou rondier par exemple. Eux ont un attachement particulier à la machine…

Sinon, d’un point de vue technique, le démantèlement est une tâche intéressante : il y a plusieurs modifications à mettre en œuvre, il faut se réinventer et trouver des solutions. Je le dis aux équipes : « C'est une tâche importante et passionnante qui doit être accomplie ». 
 

Comment gérer la déconstruction d’une centrale avec un effectif réduit ?

TV – Dans un chantier de démantèlement, les tâches à réaliser sont autres que dans une tranche en marche ! Et cela se fait sentir au niveau des effectifs... Actuellement, une centaine de personnes travaille sur le chantier. Il y a du personnel RWE, qui dispose de l’expérience de la tranche, et pour moitié des sous-traitants, employés pour des projets spécifiques.

Le démantèlement a ceci de particulier qu’il s’agit d’un « projet ». Les professionnels doivent avoir conscience que ce changement de paradigme appelle à un maximum de « flexibilité ». Enfin, cela implique qu’il ne faut pas hésiter, quand les circonstances le demandent, à transformer la centrale en un grand chantier.
 

Quelles sont les particularités d’un chantier de démantèlement ?

TV - En définitive, même si la centrale reste qualifiée d’installation nucléaire, les techniques utilisées pour son démantèlement sont semblables à celles utilisées dans un chantier de déconstruction « classique ». Ainsi, dans les années qui viennent, les travaux menés à Mülheim-Kärlich relèveront principalement du génie civil. C’est d’autant plus vrai pour cette centrale très peu exploitée, où le niveau de radioactivité est très faible.
 

Combien de temps le chantier durera-t-il ?

TV - L’autorité de sûreté nucléaire accorde l´autorisation de démantèlement en plusieurs étapes. Nous avons obtenu une première autorisation en 2004 qui a permis le démantèlement des composants conventionnels (salle des machines, etc.) et une partie des composants nucléaires.  L’autorisation pour le démantèlement du circuit primaire y compris les générateurs de vapeur et la cuve du réacteur a été accordée le 8 octobre 2015 ce qui permet d´avancer les travaux dans le bâtiment réacteur. Toutefois, le chantier devrait durer encore 10 à 15 ans. 
 

Peut-on attendre des économies d’échelle sur le démantèlement ?

TV - RWE a actuellement cinq tranches nucléaires dont le démantèlement est en cours ou en attente d’autorisation. Les équipes coordonnent leurs actions et échangent leurs informations. Au siège du Groupe, un service rassemble toutes ces informations et organise le retour d’expérience des différents chantiers. Cela permet d’établir un processus et de réduire les coûts.  

En 2022, toutes les tranches du parc nucléaire allemand seront arrêtées pour être  démantelées par la suite : il y aura certainement des économies d’échelle. Cependant, attention à ne pas trop surestimer cet effet ! Toutefois, comme l'atteste le stress-test financier du Ministère Fédéral de l'Economie et Energie, les provisions mises en place par les exploitants allemands pour le démantèlement de leurs centrales sont suffisantes.
 

Pensez-vous que le nucléaire soit une énergie d’avenir ?

TV - En Allemagne, je ne pense pas que le nucléaire ait un avenir à court terme. Cependant, dans d'autres pays du monde, ils sont nombreux à miser sur le nucléaire pour répondre aux besoins en énergie de leurs populations et aussi pour décarboner leur électricité. C’est une bonne chose !

 

[1] Première mise en service en 1986, la centrale nucléaire de Mülheim-Kärlich fut arrêtée en septembre 1988. Le permis de construction a été invalidé pour vice de forme. S'ensuivirent plusieurs années de litiges juridiques. En 2000, dans le cadre de l´accord avec le gouvernement fédéral sur l´abandon progressif du nucléaire, RWE décide le démantèlement de la centrale de Mülheim-Kärlich.  En contrepartie RWE obtient un quota d´électricité supplémentaire de 107,25 TWh restant à produire dans ses autres centrales nucléaires. En 2004, l´autorité de sureté donne le  feu vert pour la première étape de démantèlement.