Nos centrales nucléaires sont-elles prêtes en cas de grosse tempête ? - Sfen

Nos centrales nucléaires sont-elles prêtes en cas de grosse tempête ?

Publié le 22 novembre 2023 - Mis à jour le 15 février 2024
Vos questions

Des vents violents aux tornades, ces catastrophes naturelles peuvent avoir un effet dévastateur sur les infrastructures. Dans le secteur du nucléaire, la prise en compte d’événements météorologiques majeurs est indispensable pour assurer la sûreté des installations.

Difficile encore d’affirmer un lien entre la fréquence et la virulence des tornades avec le changement climatique. La 6ème publication du GIEC en 2022 confirme qu’un manque de données concrètes ne permet pas d’établir une corrélation entre ces deux éléments. Pour autant, les installations nucléaires prennent ce sujet très au sérieux, au même titre que les canicules par exemple.

L’échelle d’intensité de Fujita

Les tempêtes sont aujourd’hui largement étudiées et surtout répertoriées via une classification de leur puissance. On l’appelle l’échelle d’intensité de Fujita. Instaurée en 1971 et améliorée en 2006, elle permet de qualifier et quantifier les dégâts sur les constructions et la nature. 6 niveaux, de EF0 à EF5, permettent de définir les tempêtes pouvant aller de 105 à plus de 322 km/h. Pour se représenter cette puissance, des vents de 320 km/h peuvent projeter une voiture à 100 mètres de distance.

La France reste très peu touchée par des vents de cette ampleur. Ce sont principalement des tornades de type EF0 et EF1, voire EF2 dans de plus rares cas, comme Ciaran en novembre 2023 (vents à plus de 200 km/h). Extrêmement rare en France, la dernière tempête de type EF5 a été enregistrée en 1965 dans les Hauts-de-France. En revanche, bien que les vents soient de plus « faibles » intensités en France par rapport à d’autres parties du monde, ceux-ci peuvent avoir une répercussion non négligeable sur les structures et sur la production d’électricité, d’où l’importance de s’y préparer.

Que doit-on protéger des tornades ?

Ce sont les Equipements importants pour la sûreté (EIPS) sur lesquels on porte une attention toute particulière dans un premier temps. Ils doivent garantir leur fonction en toute circonstance durant la tornade et après son passage. Les équipements à l’extérieur et proches d’ouvertures sont aussi placés pour éviter leurs projections. D’autres équipements, comme le Diesel d’ultime secours, sont davantage sécurisés – on les dit « bunkerisés » – pour faire face au vent.

Les réacteurs doivent aussi être prêts à faire face à des dégâts sur le réseau de transports d’électricité à l’extérieur des centrales. Si la tempête rompt les lignes haute tension qui permettent d’évacuer l’électricité produite, la centrale se retrouve isolée du réseau électrique. Plutôt que de procéder à un arrêt d’urgence (qui impose un redémarrage très long), le réacteur se replie sur lui-même. C’est ce qu’on appelle l’ilotage.

L’ilotage ou la déconnexion provisoire des réacteurs

Dans le cas d’une rupture des réseaux de distribution, due à une tempête, la demande en électricité au niveau de l’alternateur subit une chute brutale. La puissance du cœur doit être très rapidement réduite pour passer de 100 % de puissance à 25 % environ. La turbine, elle, ne fournit plus qu’environ 5 % de sa puissance. Cette puissance permet d’autoalimenter le site de la centrale, en particulier les équipements de sûreté, sans avoir recours au Diesel de secours sur place. Des essais sont régulièrement mis en œuvre pour réussir cette phase de transition rapide.

Et pour le reste du site ?

Des études sont réalisées en amont de la construction pour prendre en compte les éventuelles projections. Pour cela, certaines charpentes en matériaux spécifiques sont utilisées pour sécuriser les zones sensibles et d’autres sont protégés par des filets ou des protections de types casemates.

Naturellement, des procédures spécifiques sont aussi instaurées en cas d’événements météorologiques extrêmes comme les tornades. On retrouve des rondes renforcées sur les installations, la suspension de tous les chantiers à l’extérieur, un nettoyage préventif des ouvrages de prise et de rejet d’eau et la surveillance des digues. ■

Par François Terminet (Sfen)

Photo : Photo de deux tornades au Kansas, Source : ©Shuterstock

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