« Le stockage est une solution pour le long terme. L’entreposage est provisoire » - Sfen

« Le stockage est une solution pour le long terme. L’entreposage est provisoire »

Publié le 15 mai 2018 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Pourquoi y a-t-il des déchets que l’on stocke et d’autres que l’on entrepose ?

Jean-Michel Hoorelbeke : La différence fondamentale est que le stockage est une solution pour le long terme, alors que l’entreposage n’est que provisoire. Les déchets sont stockés lorsque nous n’avons ni l’intention ni le besoin de les retirer de l’installation. Cela ne veut pas dire que l’on s’interdit d’en étudier la réversibilité. À l’inverse, un entreposage est temporaire, il est conçu pour assurer ses objectifs de protection pendant une durée déterminée, proche du siècle. Au-delà de cette durée il n’est plus capable d’assurer la sûreté.

Ainsi, il ne faut pas opposer stockage et entreposage, car l’un ne va pas sans l’autre. Divers types de déchets sont entreposés, pour différentes raisons. Tout d’abord, comme c’est le cas au CIRES [1], nous entreposons des déchets de faible activité à vie longue pour lesquels il n’existe pas aujourd’hui de filière opérationnelle de stockage. Sur le même principe, les déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) sont aujourd’hui entreposés dans l’attente de la création de Cigéo.

Par ailleurs, les déchets de haute activité (HA) ont un dégagement thermique, lequel décroît dans le temps. Il est matériellement impossible de stocker les déchets HA dans Cigéo tant que leur puissance thermique n’aura pas suffisamment décru. C’est pour cela qu’il n’est pas envisagé de stocker la plupart des déchets HA avant 2075-2080. D’où l’importance des entrepôts actuels, comme ceux de l’usine de La Hague, capables de dissiper des puissances thermiques importantes.

Qu’en est-il des pays qui ne choisissent pas le stockage pour les déchets HA et MA-VL ?

J-M.H. : Rappelons que pour tous les pays ayant à gérer des déchets MA-VL ou HA, ceux-ci sont entreposés et le seront encore pour longtemps. Un seul cas fait exception : les déchets MA-VL du programme de défense américain qui sont d’ores et déjà placés dans un site de stockage géologique, le WIPP (Waste Isolation Pilot Plant), au Nouveau Mexique. Tous les pays qui ont un grand programme nucléaire développent un programme de stockage géologique. La bonne pratique, telle que dictée par la directive européenne, est de préparer une telle installation de stockage. Certains pays qui ont peu de déchets radioactifs et des parcs nucléaires de faible dimension, comme c’est le cas des Pays-Bas par exemple, n’ont pas de programme de recherche pour le stockage géologique. Mais il n’empêche que le stockage géologique reste la solution ultime, cela relève plus d’une question de priorité.

Est-il urgent d’attendre ?

J-M.H. : Au contraire, attendre serait dommageable, d’abord d’un point de vue éthique : cela reporterait la charge que représentent les déchets sur les générations à venir. En faisant Cigéo aujourd’hui, on offre aux générations futures une solution sûre sur le long terme et pendant son exploitation. Une solution qui est le résultat de 25 ans de recherche que l’on est capable de mettre en oeuvre.

Il faut aussi se demander pourquoi attendre ? Si ce que l’on recherche c’est la possibilité de se laisser du temps, c’est exactement ce à quoi sert la réversibilité de Cigéo, le développement progressif de l’installation dans le temps et le démarrage du centre par une phase industrielle pilote.


Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage, localisé dans l’Aube.


Trois questions à Jean-Michel Hoorelbeke, Directeur adjoint, sûreté environnement et stratégie filières à l’Andra.

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