Revue du design de l’EPR 2 : vers une optimisation du programme industriel - Sfen

Revue du design de l’EPR 2 : vers une optimisation du programme industriel

Publié le 18 avril 2024
  • EPR2
  • filière nucléaire française
  • Penly

La Délégation interministérielle au nouveau nucléaire (DINN), nouvelle administration dédiée au vaste programme de construction de 6 à 14 EPR 2, a demandé de travailler sur la maturité du basic design du réacteur. Un retard consenti de quelques mois qui pourrait faire gagner à l’ensemble du projet un temps considérable.

Fin février, la Délégation interministérielle au nouveau nucléaire et EDF ont annoncé le report de six mois de la finalisation du basic design de l’EPR 2. À l’origine de cette décision, un travail en commun entre les deux entités. Joël Barre et Vincent Le Biez, respectivement délégué interministériel de la DINN et adjoint au délégué d’EDF ont assuré, dans un entretien donné à la RGN, que cette décision permettra de lancer le programme EPR 2 dans des conditions optimales. « Ce délai de six mois n’est pas critique au regard de ce que représente le programme EPR 2 pour la France », expliquent les deux hommes. Cela fait  plusieurs décennies que la France n’a pas mené un projet industriel d’une telle ambition, d’une telle ampleur et couvrant de tels enjeux. Il s’agit d’assurer la décarbonation du système énergétique, la sécurité d’approvisionnement en électricité et la compétitivité de l’électricité produite au bénéfice des consommateurs, particuliers comme entreprises. La seule paire d’EPR 2 construite sur la centrale de Penly (Seine-Maritime), dont le premier béton se situerait vers 2027, sera déjà le « plus grand chantier d’Europe » comme le présente EDF, équivalent à celui d’Hinkley Point C au Royaume-Uni.

Dans cette perspective, le programme Nouveau nucléaire France (NNF) a été soumis à un mécanisme de revue. C’est un processus classique pour les grands programmes d’investissement public dans le spatial et l’armement. Domaines que Joël Barre « connaît très bien », en tant qu’ex-délégué général pour l’armement et ex-directeur général délégué du Centre national d’études spatiales (CNES).

Un groupe de travail pluridisciplinaire

Un groupe de revue a donc été constitué, sous la présidence d’Hervé Guillou, ancien PDG de TechnicAtome et de NavalGroup, composé d’experts indépendants du projet EPR 2, pour la plupart extérieurs au groupe EDF et disposant d’expériences industrielles dans les domaines du nucléaire, du génie civil, de l’Oil & Gas et de l’armement.

À l’automne 2023, ce groupe a remis à EDF une série de recommandations, validées ensuite par un comité directeur présidé par le PDG d’EDF Luc Rémont. Le groupe de travail s’est également prononcé sur la maturité du design du réacteur et a constaté, en accord avec les équipes d’EDF, que des travaux complémentaires devaient être menés pour finaliser le basic design de l’îlot nucléaire. Vincent Le Biez considère que « cela résulte notamment des différences importantes de conception entre l’EPR et l’EPR 2 et en conséquence de la quantité de travail d’ingénierie à mobiliser pour le basic design ».

En conséquence, il a été décidé de poursuivre cette revue de programme avec un complément prévu à l’été 2024. Son objet est de se prononcer sur la maturité du design et sur la bonne prise en compte des recommandations afin de « dérisquer » le programme et de gagner en compétitivité.

Optimisation économique du programme

En effet, les travaux d’EDF comportent également un volet économique, le « plan de compétitivité ». Ce plan consiste à  travailler de façon partenariale avec les fournisseurs sur une optimisation du coût et du calendrier du programme, en réinterrogeant certaines spécifications techniques, les clauses contractuelles et les conditions d’exécution. Cela concerne par exemple les conditions de réception des fournitures des sous-traitants par EDF. L’exercice en cours devrait également déboucher d’ici l’été 2024.

Pour Joël Barre, il s’agit de passer « d’une logique de politique d’achat à une politique industrielle où la logique de partenariat prime ». À ce titre, la DINN a mené en 2023 une étude sur l’état de préparation de la filière nucléaire en vue du programme NNF qui a confirmé la nécessité de gérer ces interfaces complexes, qui ont été la cause de nombreux délais pour les projets EPR précédents.

En quête de l’effet de série

Un exercice spécifique concerne l’optimisation du planning, en particulier le délai de construction en tirant tout le retour d’expérience des EPR construits jusqu’à présent. C’est un objectif majeur pour la future Direction des projets et de la  construction, en charge de la maîtrise d’oeuvre des nouveaux projets nucléaires chez EDF dans le cadre de la réorganisation des activités nucléaires du groupe décidée par Luc Rémont. L’objectif reste de montrer qu’après la première paire d’EPR 2 – une tête de série – sera maximisée la logique de réplication afin d’aller chercher des gains de dégressivité conduisant à un modèle compétitif en prix et en délai de construction.

C’est à l’issue de ces travaux qu’il sera possible de se prononcer sur l’adhésion au calendrier officiel, qui vise aujourd’hui une mise en service de l’EPR 2 autour de 2035-2037, en 2038 en cas de scénario dégradé. Il s’appuie sur une mise à jour du chiffrage réalisé en 2021.

Une étude de l’option de huit EPR 2 supplémentaires a été lancée au sein d’EDF et porte à ce stade en particulier sur le choix des sites pouvant accueillir ces quatre paires supplémentaires potentielles, qui devront être aussi proches que possible des six premiers EPR 2 « afin de bénéficier pleinement de l’effet de série », a abondé auprès de la rédaction Joël Barre.

Par Ilyas Hanine, Sfen

Photo © Didier Marc / PWP / EDF I La centrale nucléaire de Penly, en Seine-Maritime – Revue Générale Nucléaire #1 | Printemps 2024

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