Un autre regard sur le risque nucléaire - Sfen

Un autre regard sur le risque nucléaire

Publié le 11 septembre 2014 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Dans sa chronique du 3 septembre sur « Les dures leçons de Fukushima », Fabrice Nicolino conclut son propos en se demandant si le nucléaire « est compatible avec l’humanité ».  Rien de moins ! Nous proposons ici  quelques commentaires  sur  cette interrogation « d’ordre philosophique ».

Un élément déterminant  de réponse sur la portée globale du risque nucléaire est fourni par l’Académie de Médecine qui établit, dans une étude publiée en Juillet 2003 que de toutes les grandes sources d’énergie, c’est le nucléaire qui a «  le plus faible impact sur la santé par kilowattheure produit ». L’Académie des Sciences a confirmé cette analyse dans son  « Avis » de janvier 2012. Sur le plan mondial, les bilans couvrant les cinquante dernières années établissent que le nucléaire est, de tous les grands moyens de production d’électricité – charbon, pétrole, gaz, hydraulique – celui qui entraîne proportionnellement  le moins de dommages pour la sécurité et la santé des individus. Ces conclusions tiennent compte des conséquences de l’accident de Tchernobyl et celles de l’accident de Fukushima ne changeront pas le résultat des comparaisons.

La comparaison avec les autres énergies est en fait  la seule manière d’étalonner objectivement le risque nucléaire et  de répondre à une question éthique fondamentale  à laquelle toute communauté humaine est forcément confrontée : pour atteindre le même objectif, ici l’obtention d’électricité, quelle est l’énergie la moins pénalisante pour la vie et la santé  des individus ? Les statistiques mondiales répondent que l’électronucléaire a fait moins de morts en 50 années d’exploitation que les autres grandes sources d’énergie n’en font en une seule année.

Sans entrer dans le détail des chiffres, il faut relever que la principale  source d’électricité mondiale, le charbon, coûte chaque année environ dix mille morts par accidents miniers. Les accidents dus au gaz et au pétrole, ainsi que les ruptures de barrages, augmentent lourdement ce bilan. Les dommages dus au nucléaire  s’établissent à des niveaux très inférieurs. En France, par exemple on ne déplore que de rares cas d’accident et de contamination dans les mines d’uranium ainsi que dans une installation d’essai et  dans un atelier industriel. Les centrales nucléaires n’ont fait quant à elles aucune victime après 50 ans de fonctionnement. Mais quelle était la situation jusque dans les années 1980, lorsque  la France dépourvue de nucléaire devait assurer une bonne partie de son approvisionnement en électricité et en  chauffage avec le charbon qu’elle allait chercher dans ses mines ? Une publication de l’INED qualifie cette situation de « désastre humain, sanitaire et démographique ». Il est établi en effet que l’exploitation du charbon a fait au moins 40 000 morts dans les mines françaises entre 1946 et 1987, par éboulements, coups de grisou, silicose. Alors n’ayons pas la mémoire courte et mesurons que l’avènement du nucléaire en France, en remplacement du recours au charbon  a marqué la fin de ce « désastre humain» et l’inauguration d’un nouveau type de processus industriel où les risques sont beaucoup mieux maîtrisés. Au vu de ce progrès s’est-on posé la question de savoir si le nucléaire était « compatible avec l’humanité » ?

Le constat précédent est également valable sur le plan mondial : le développement du nucléaire, se substituant partiellement aux énergies fossiles durant les 50 ans écoulés, a diminué les atteintes à la sécurité et la santé des individus et a pu ouvrir la voie dans ces domaines à d’incontestables améliorations. C’est à  la lumière de ce demi-siècle d’expérience que nous invitons le lecteur à apporter  réponse à l’interrogation de M. Nicolino, sans méconnaître les risques dont le nucléaire est porteur mais sans non plus le diaboliser jusqu’à la caricature.

Publié par Francis Sorin (SFEN)

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