28.09.2021

Primaire écologiste et énergie nucléaire : le vrai/faux

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Nucléaire et renouvelables,
Politique énergétique,
Ecologie,
COP26
Cécile Crampon (Sfen) - Crédit photo ©Shutterstock

Ce vendredi 24 septembre 2021, le journaliste Jean-Jacques Bourdin recevait Yannick Jadot, eurodéputé écologiste, et Sandrine Rousseau, ancienne secrétaire nationale adjointe d’EELV, dans "L’ultime débat" sur BFMTV et RMC. Chacun s’est exprimé sur l’énergie nucléaire en France. Il s’agit ici pour la Sfen de démêler le vrai du faux.

A la question posée par Jean-Jacques Bourdin, « comment produire de l’électricité sans nucléaire en 2050 [sachant qu’] aujourd’hui, on produit de l’électricité avec du nucléaire majoritairement, et que c’est une énergie disponible sur demande ? ».
Réponse de Sandrine Rousseau : « Il y a des études de l’Ademe, RTE, Negawatt. Toutes disent que l’on peut sortir du nucléaire, et avoir un mix énergétique complètement renouvelable ».

FAUX : Les scénarios 100 % renouvelables de l’Ademe et de RTE ont été réalisés sur demande, du ministère de la transition écologique qui a mandaté l’AIE. Il s’agissait de traiter la faisabilité technique de cette option en listant les principaux enjeux, à la fois pour la stabilité du système électrique, les besoins de stockage et les conséquences sur le développement du réseau électrique.

Les scénarios Énergie-Climat occupent aujourd’hui une part prépondérante dans les débats de politique énergétique. Il convient à ce titre de rappeler leur intérêt et leurs limites, ainsi que les éléments essentiels en termes de cahier des charges. Un scénario ne sert pas à prédire l’avenir, a fortiori pour des horizons de temps lointains. Un scénario doit être pensé et conçu comme un objet d’analyse des futurs possibles, des limites, des impacts et des compromis entre différents choix technologiques et objectifs politiques.

Dans ces scénarios 100 % renouvelables, de nombreuses incertitudes demeurent :

- Incertitude sur l’évolution de nos modes de vie, les attentes des citoyens et donc les besoins électriques dans les décennies à venir. A ce titre, la SNBC prévoir une augmentation de la consommation électrique nationale de 30 % d’ici 2050, en grande partie liée à l’électrification des usages dans le domaine de la mobilité et de l’habitat tertiaire mais aussi pour convertir d’autres vecteurs d’énergie finale (hydrogène par électrolyse par exemple).    
- Incertitude sur l’avenir énergétique de nos pays voisins et sur les interconnexions qui auront un très fort impact sur la sécurité d’approvisionnement de la France.
- Incertitude sur la mise en place de nouvelles technologies et leur déploiement à l’échelle industrielle notamment du potentiel des énergies renouvelables en France, les moyens de stockage d’électricité, le développement de la flexibilité de la demande, etc.

Une nouvelle incertitude qui prend de l’ampleur aujourd’hui est aussi la question de l’acceptabilité de nouvelles énergies sur un territoire donné.

En résumé, les scénarios 100 % renouvelables font l’objet de nombreuses critiques. Une analyse[1] de 24 scénarios de ce modèle  publiés dans le monde a montré des limites générales d’abord en termes d’adéquation avec les prévisions des besoins et des comportements de la population mondiale, et aussi sur les questions de sécurité d’approvisionnement et d’équilibre du système électrique.

En France aussi, les scénarios 100 % renouvelables électriques montrent leurs limites en termes d’impact économique et de faisabilité sociale. Ainsi le scénario Negawatt[2] repose sur une très forte croissance de l’éolien (multiplication par 25 de la production éolienne terrestre en 2050 par rapport à 2010), et impose aux Français une réduction drastique de la consommation d’énergie (moins 65 % en 2050 par rapport à 2010)…

JJ Bourdin : Mais le nucléaire est compétitif…
S. Rousseau : « Le nucléaire a augmenté de 26 % ces 10 dernières années. Et ca va encore augmenter. Même si on construit de nouvelles centrales, ce sera pire… ».

VRAI/FAUX :  Le prix de l’électricité en France a cru ces dernières années, notamment en raison de l’augmentation de la part des taxes et non du fait de l’exploitant du prix de l’électricité. Les actions de jouvence du parc nucléaire (grand carénage) permettent de maintenir un coût de production parmi les plus bas d’Europe, de l’ordre de 33€/MWh[3].

L’électricité qui est un bien de première nécessité est à 71 % d’origine nucléaire en France. Rappelons que cette énergie permet aux Français de bénéficier des prix de l’électricité les plus bas d’Europe de l’Ouest[4]. En comparaison, un ménage allemand aujourd’hui en 2021 paye son courant près de 50 % plus cher qu’un ménage français[5].

S. Rousseau : « Le coût estimé du grand carénage est de 100 milliards d’euros. Cela veut dire que ce cout se répercutera sur le prix de l’électricité ».

FAUX : Rappelons que le grand carénage concerne la prolongation du parc nucléaire actuel sur un outil industriel déjà rentabilisé. Cela comprend les visites décennales des centrales nucléaires mais aussi des avancées en matière de sûreté pour rendre encore plus sûres les installations, en termes d’innovation et d’organisation (ex. : mise en place de diesels ultimes de secours, centres de crise locaux, appoints ultimes d’eau, etc.). Le coût prévisionnel est de 48,1 Mds d’euros courants[6] sur la période 2014-2025. L’impact du grand carénage sur le prix de l’électricité reste très faible (de l’ordre de quelques euros tout au plus[7]). On est bien loin de l’envolée des prix, comme en espagne, sur d’autres énergies notamment le gaz.

S. Rousseau : « Il y a un seul EPR en France à Flamanville. Au départ, il devait coûter 3,3 Mds d’euros ; le coût est à 19 milliards d’euros ».

FAUX :  Selon le dernier rapport de la Cour des comptes publié en 2020, le coût de la construction de l’EPR Flamanville est de 12,4 Mds d’euros. Le coût de construction est constitué de la somme des dépenses d’ingénierie et de maîtrise d’œuvre comptées à partir de la date d’engagement à laquelle s’additionne le montant des contrats passés avec les entreprises participant à la construction. La Cour des Comptes précise que ce montant intègre entre autres la réparation des soudures de traversée et les coûts de décalage de planning.

A titre de comparaison, la Cour évalue le coût de construction pour l’EPR finlandais (Olkiluoto 3) à 9,9 milliards d’euros. Le rapport Folz évaluait le coût de construction, à même périmètre, des deux réacteurs EPR de Taishan en Chine à 12,3 milliards d’euros, soit de l’ordre de 6 milliards d’euros par réacteur. La Cour des comptes note qu’un certain nombre de coûts sont naturellement imputés sur le seul EPR de Flamanville, compte tenu de l’absence d’effet de série. Il s’agit là d’un effet aggravant, déjà noté par la SFEN dans sa note sur les coûts du nouveau nucléaire, qui précisait qu’une construction d’une paire de réacteurs sur un même site permettait d’économiser 15 % des coûts de construction, à la fois grâce à un partage de coûts fixes (ex : études, outillage) et aussi par des gains d’efficacité opérationnelle. La construction en cours des EPR à Hinkley Point C témoigne de ces gains économiques. Par exemple, la construction du radier de l’unité 2 a été 30% plus rapide que pour l’unité 1[8][3].

S’agissant du coût du nouveau nucléaire à l’horizon 2030-2050 et la nécessité du montage d’un programme industriel, la Sfen estime que l’objectif de 60 à 70 €/MWh annoncé par EDF pour le coût de production du nouveau nucléaire peut être atteint dans le cadre d’un programme industriel[9].


JJ. Bourdin : Le nucléaire est-il une énergie écologique ?
S. Rousseau : « Pas sur les déchets ».

FAUX : voir la réponse plus loin dans les questions. A noter que S. Rousseau ne répond bien évidemment pas à cette question qui est gênante sur le plan de l’écologie.

JJ. Bourdin : Selon l’Ademe, le nucléaire c’est 12 g eqCO2/kWh, le solaire 41 g, l’éolien 11 g mais cette énergie est très contestée, vous le savez ».
S. Rousseau : « La moitié des scénarios du GIEC pense à une diminution du nucléaire et les seuls scénarios du GIEC qui continuent avec le nucléaire, ce sont des scénarios qui nous emmènent à la catastrophe. Que dit le GIEC, c’est que si on continue le nucléaire, on ne peut pas mener de front une politique de développement des énergies renouvelables et une politique de front de sobriété et d’efficacité énergétique. Or aujourd’hui la priorité est sur l’efficacité énergétique et la sobrieté et le mix ».

FAUX : S’agissant des scénarios cités, le président du GIEC, Hoesung Lee, en octobre 2019 lors d’une conférence internationale[10],  a rappelé que « le temps presse et le climat a besoin de toute l’aide possible ». Les travaux sur le nucléaire du GIEC concernent 21 modèles disponibles[11], l’étude de 85 trajectoires permettant de contenir la hausse de la température globale à 1,5°C à l’horizon 2100. Ces trajectoires présupposent un effort considérable en termes d’efficacité énergétique, ainsi qu’un doublement de la part de l’électricité dans l’énergie totale (de 19 % en 2020 en valeur médiane à 43 % en 2050). Et selon le GIEC, le nucléaire contribue aux efforts de décarbonation de l’électricité dans la très grande majorité des 85 trajectoires.

A cette même conférence en 2019, le directeur général de l’AIE, Fatih Birol, a souligné aussi que « nous avons une déconnexion entre les ambitions climatiques et ce qui se passe en réalité… Nous devons regarder toutes les technologies propres. Le solaire et l’éolien sont importants. Mais nous pensons que le nucléaire et le captage-stockage de CO2 (CCS) sont aussi importants. Nous ne pouvons avoir le luxe de choisir notre technologie préférée ».

JJ. Bourdin : Vous parlez de sobriété. Cela veut dire que l’on ne peut pas consommer de l’électricité quand on en a envie ? Avec une énergie intermittente ?
S. Rousseau : « Toutes les énergies renouvelables ne sont pas intermittentes et aujourd’hui on a des technologies qui nous permettent de pallier cette intermittence ».

FAUX : Si les énergies renouvelables ne sont pas toutes intermittentes, il ne s’agit que de l’hydraulique (11,2 % de la production électrique en France - 2019), la biomasse et les bioénergies (1,8 %  - 2019). L’hydraulique est arrivé à sa capacité maximale d’exploitation en France. Seuls de rares pays comme la Norvège ou le Costa Rica ont des capacités hydrauliques exceptionnelles.

Le solaire et l’éolien sont qualifiés d’énergies intermittentes. En l’absence de soleil et de vent, et en l’absence de technologies avancées pour stocker l’électricité aujourd’hui dans le monde, tous les pays sont dans l’obligation de prévoir une ou des énergies pilotables pour soutenir les énergies renouvelables. Elles sont de l’ordre de 4 : les 3 énergies fossiles Gaz (400 g éq CO2/kWh, pétrole 600 g éq CO2/kWh et charbon entre 800 et 1200 g éq CO2/kWh) ; le nucléaire (12 g CO2 :kWh).

Tous les pays qui décident d’arrêter leur production nucléaire se tournent vers le gaz et doivent reporter l’arrêt du charbon. C’est le cas de l’Allemagne qui a préféré arrêter ses dernières centrales nucléaires en 2022 et reporter l’arrêt du charbon en 2038. Ce pays au final reste est des plus gros émetteurs de CO2 d’Europe.

Yannick Jadot : « Cela fait 30 ans que l’on aurait pu débattre sur le nucléaire. Il y a une communication de l’Etat et d’EDF qui a tué le débat ».

FAUX :  S’il y a bien un sujet de débat quand il s’agit d’énergie, c’est bien le nucléaire. Pour preuve encore ici dans cette émission. Et ce serait une faute impardonnable de l’Etat et des exploitants de ne pas communiquer, informer sans relâche sur cette énergie.

L’Etat et les industriels du nucléaire ont une obligation de transparence et d’information envers les citoyens. Rappelons tout d’abord que les exploitants nucléaires sont les premiers responsables de la sûreté nucléaire de leurs installations. Toute anomalie même mineure sans conséquence sur la sûreté fait l’objet d’une déclaration auprès du gendarme du nucléaire, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), organisation indépendante du gouvernement et des industriels. Au-delà du devoir d’information et de communication de l’exploitant face à un événement, l’ASN publie en ligne ses avis et décisions, rapports d’inspection, lettres de suite notifiées à l’exploitant de l’installation contrôlée, etc. L’ASN engage aussi des consultations du public par voie électronique sur ses principaux projets de décisions.

 Les Commissions locales d’information (CLI), créées dès les années 1980, rassemblent autour des sites, des élus, des représentants d’associations et des syndicats. Au nombre aujourd’hui de 27, elles sont consultées lors des étapes importantes du cycle de vie d’une installation, peuvent réaliser des expertises indépendantes, participer à des visites d’installations, etc.

Un dialogue s’est aussi engagé avec la société civile au niveau national au sein du HCTISN[12].

Ces dispositifs n’existent dans aucun autre secteur.
Enfin, s’agissant de débat, une culture du débat a été mise en place au début des années 2000, à la fois dans le cadre de la Commission nationale du débat public, (déchets, grands projets mais aussi sur le grand carénage).  

Y. Jadot : « Le nucléaire ce n’est que de l’électricité ; c’est une part marginale de l’énergie ».

VRAIX/FAUX : Si l’électricité n’est qu’une partie de l’énergie d’un pays, en France, le nucléaire représente quand même 71 % de la part électrique, et pas n’importe laquelle, cette énergie est la plus bas carbone, donc déjà en ligne avec les objectifs de neutralité carbone en 2050. De plus, comme tous les grands scénarios internationaux (trajectoires retenues par le GIEC, récent scénario AIE Net Zero, les six scénarios étudiés par RTE (ce dernier étant cité par S. Rousseau) tablent à la fois sur une réduction des consommations énergétiques (rénovation de bâtiments, montée en puissance de la mobilité électrique et donc déclin des véhicules thermiques) et sur un accroissement de la part de l’électricité dans la consommation d’énergie totale.

Aujourd’hui, la problématique urgente est de réduire nos émissions de CO2, et la bataille n’est pas de réduire le nucléaire qui est déjà décarboné mais les énergies fossiles qui représentent une grosse partie du mix énergétique, le charbon, le gaz et le pétrole présents dans les deux secteurs les plus carbonés en France : les transports et l’habitat tertaire.

Y. Jadot : « On en est à 17 ans pour construire un EPR. Il faut combattre les émissions de CO2 mais le nucléaire est dangereux. On a régulièrement des incidents dans nos centrales nucléaires. Les autorités de sûreté nucléaires le rappellent ».

FAUX : la construction du réacteur EPR Flamanville a démarré en 2007, après plus de 15 ans d’absence de construction de centrale nucléaire en France. C’est une tête de série. Il devrait entrer en service fin 2022, selon les dernières autorisations attendues de l’ASN. Fin aout 2021, c’est l’Etat français qui a donné son autorisation d’exploitation à EDF.

Les deux réacteurs EPR de Taishan en Chine ont été construits en 11 ans (2007-2018 pour le réacteur 1 ; 9 mois plus tard pour le réacteur 2, en septembre 2019).

Les premiers chantiers EPR ont dû faire face à des retards et à des dépassements des budgets initiaux. A cet égard, la Sfen avait montré que cela a été le cas pour tous les chantiers de construction de premiers réacteurs de troisième génération dans le monde. Cette situation est fréquente dans la réalisation de grands projets d’infrastructures complexes (ex : le tunnel sous la Manche), et inhérente aux « têtes de série ». Cependant les pays qui sont restés dans une dynamique de construction continue de réacteurs, soit parce qu’ils ont étalé dans le temps leur programme d’équipement nucléaire (Chine, Corée), soit parce qu’ils ont commencé à renouveler une partie de leur parc (Russie), ont connu moins de retard que les pays qui avaient arrêté de construire, comme la France ou les États-Unis, et qui avaient donc perdu en compétences.

Y. Jadot : « Les déchets, après 50 ans de nucléaire, on ne sait tjrs pas quoi en faire ».

FAUX : La France a fait le choix d’optimiser dès la production de ses premiers déchets radioactifs, via le recyclage des combustibles usés qui permettent de réduire par 5 le volume des déchets radioactifs à vie longue et d’un facteur 7 leur toxicité, et via la fabrication de nouveaux combustibles « recyclés » qui représentent aujourd’hui 10 % de l’électricité nucléaire en France. Ce pourcentage pourrait monter à plus de 25%-30% avec le multl-recyclage dans le cadre d’une politique d’économie circulaire responsable.  

Il est important de rappeler que la France dispose d’une filière complète de gestion des déchets radioactifs aux méthodes extrêmement rigoureuses. 90 % des déchets radioactifs (qui sont les déchets de très faible activité, faible et moyenne activité à vie courte) sont stockés dans deux centres adaptés. Pour les 10 % restants (déchets de moyenne activité à vie longue et de haute activité à vie longue), après près de 30 ans d’études et la construction d’un laboratoire de recherche souterrain, - projet Cigéo -, une demande d’utilité publique pour la construction du centre de stockage a démarré en septembre 2021 avec sur une période de plusieurs semaines une réunion publique pour informer le public et recueillir leurs questions et avis.

L’objectif du stockage en couches géologiques profondes est de démontrer notre responsabilité de nos déchets et de leur gestion et prendre aussi la responsabilité de ne pas les laisser aux générations futures, alors qu’un consensus international pour tous les pays en charge aussi de leurs déchets tend vers le stockage profond, la solution la plus sûre à très long terme pour isoler ces déchets de l’homme et de la biosphère.

Aujourd’hui, la problématique majeure des déchets est celle que chacun respire quotidiennement. La pollution atmosphérique observée dans la très grande majorité des villes dans le monde est parfaitement identifiée : particules ou poussières en suspension (MP). En 2016, l’OMS estimait à 4,2 millions le nombre de décès prématurés causés dans le monde par la pollution ambiante dans les zones urbaines et rurales. Les pics de pollution dus au gaz, pétrole et dans la moindre mesure du charbon en France, relèvent essentiellement de l’utilisation des véhicules routiers. Le coût humain est de 48 000 décès prématurés par an[13].

Alors que nos déchets radioactifs sont sous contrôle, Y. Jadot occulte les premières nuisances que chaque Français est susceptible de respirer au quotidien.

Y. Jadot : « On sait à peine démanteler une centrale nucléaire ».

FAUX : Au début des années 1990, les pratiques internationales étaient de privilégier le démantèlement d’une centrale nucléaire en mode différé, pour permettre la décroissance naturelle de la radioactivité de l’installation et donc faciliter son démantèlement. Une nouvelle méthode, inscrite dans la loi et promue par l’ASN, impose désormais que le démantèlement soit réalisé dans un temps aussi court que possible pour maintenir les compétences et transmettre de la mémoire des installations.
Actuellement, neuf anciens réacteurs de production d’électricité sont en cours de démantèlement en France (ex : Brennilis en Bretagne).
Il est important de rappeler que l’on sait démanteler les réacteurs de la technologie utilisée pour notre parc nucléaire actuel, les réacteurs à eau pressurisée. Par exemple, le réacteur de Main Yankee aux Etats-Unis a été totalement démantelé. En France, le chantier de démantèlement du réacteur de Chooz A dans les Ardennes, démarré en 2007, est conforme au planning et au budget. Son achèvement est prévu en 2022.
Ces chantiers sont très réglementés, afin de réduire l’impact environnemental et d’assurer la sécurité des intervenants, et prennent en moyenne 15 ans, après la délivrance du décret d’autorisation.
L’enjeu n’est pas la faisabilité, mais les moyens d’optimisation des opérations pour gagner en efficacité. Pour les trois autres technologies de réacteurs, qui sont en démantèlement aujourd’hui, un certain nombre de verrous technologiques ont été franchis ; d’autres défis font l’objet de programmes de R&D.

Y. Jadot : « Aujourd’hui, vous avez des énergies renouvelables qui sont deux fois moins chères que le nucléaire ».

FAUX : Si l’on fait référence à des installations têtes de série, le coût de l’EPR Flamanville d’une capacité de 1675 MW est estimée à 110 €/MW ; la tête de série de 62 éoliennes à Saint-Brieux pour une capacité totale de 496 MW est estimée aujourd’hui entre 150 et 180 €/MW.

Il faut de plus tenir compte que l’EPR est une énergie disponible 24h/24 7j/7 sur demande, contrairement à l’éolien qui est intermittent.

L’AIE et l’OCDE-NEA ont publié la 9ème édition de leur série sur les coûts actualisés de l'électricité (LCOE) en décembre 2020 (mise à jour tous les 5 ans). Le rapport met en lumière deux points essentiels : l’investissement dans les technologies bas carbone est aujourd’hui plus rentable que dans les énergies fossiles sur la base d’un scénario de prix du CO2 de 30 US$/tCO2. Dans ce panel, le nucléaire apparait comme l’énergie bas carbone pilotable la plus compétitive.

Une première étude publiée en 2019 démontrait déjà que ces « coûts de système » augmentent de 7 €/MWh à près de 45 €/MWh lorsque la part des renouvelables intermittentes augmente de 10 à 75 % du mix électrique. Par conséquent, plus on injecte des énergies renouvelables dans un système électrique, plus les coûts augmentent pour les intégrer dans le réseau électrique.

S’agissant de la prolongation des réacteurs nucléaires, elle apparait comme la source la plus rentable d’électricité à faible émission de carbone, selon le rapport AIE/OCDE-NEA.

Y. Jadot : « Les ENR créent 3 fois plus d’emplois que le nucléaire ».

VRAI ? FAUX ? Sur quelle étude se base Y. Jadot ? Tout chiffre doit être argumenté à partir d’une étude reconnue par les institutions. S’agissant de l’industrie nucléaire, c’est la 3ème industrie en France, 220 000 emplois, 3 000 entreprises réparties sur l’ensemble du territoire. Ce sont des niveaux de qualification deux fois supérieurs à l’ensemble de l’industrie.

JJ. Bourdin : Fermer une centrale nucléaire aux Etats-Unis, c’est la remplacer par du gaz de schiste, émetteur de CO2, non ? 
Réponse de Y.Yadot : « L’EPR en chine, ils ont été obligés de le fermer parce qu’il fonctionne mal ».

Tout d’abord, quel rapport avec la question ? S’agissant du fonctionnement du réacteur EPR n°1 de Taishan, mis en service commercial en décembre 2018, il a été observé en effet la présence de gaz, un phénomène rare mais possible et inscrit dans les règles d’exploitation. Même si une concentration a été observée en deçà des seuils approuvés par l’Autorité de sûreté chinoise, l’exploitant chinois TNPJVC a arrêté le réacteur momentanément, le temps de procéder à toutes les vérifications sur l’origine de ce gaz, qui, peut effectivement apparaitre dans toute exploitation normale d’un réacteur. En tout état de cause, ce réacteur très sûr et très performant est conduit à redémarrer son exploitation pour une durée estimée de 60 ans.

Donc la réponse de Y. Jadot est fausse.

Y. Jadot : « L’écologie c’est être responsable et ce qui nous fait du bien. C’est à la fois lutter contre le dérèglement climatique, et lutter contre la précarité énergétique ».

VRAI/FAUX : L’idée selon laquelle face à l’écologie, nous devons être responsable pour lutter contre le changement climatique, bien sûr, c’est une obligation morale, éthique, de société pour notre génération et nos générations futures. Lutter contre le changement climatique, c’est d’abord s’attaquer aux origines de ce changement : les énergies fossiles.

S’attaquer à réduire le nucléaire, voire l’arrêter, c’est le remplacer par d’autres sources pilotables telles que le gaz et ne pas être en mesure d’arrêter les centrales à charbon rapidement qui sont à l’origine de 80 % des émissions de CO2 dans le monde. L’Allemagne aujourd’hui en 2021 fait le bilan amer de ce choix, d’abord politique pris en quelques jours en mars 2011, et fait l’objet de nombreuses critiques en Allemagne, en Europe et dans le monde.

Il serait pertinent de donner une définition d'écologiste. L’être en 2021, est-ce se battre contre le nucléaire qui fait pourtant partie des rares solutions bas carbone, pilotables, pour le remplacer par du gaz, ce que sont obligés de faire tous les pays qui arrêtent le nucléaire, et observer finalement que les objectifs de neutralité carbone ne pourront pas être atteints ? Ou être ECOLOGISTE aujourd’hui, c’est de prendre comme alliés toutes les énergies bas carbone, le nucléaire, pilotable, qui permettra justement aux énergies renouvelables de se déployer ?

Combattre le nucléaire et conserver comme alternatives les énergies fossiles interroge de plus en plus, à commencer par les médias, comme dans cette interview.

[1] B. Heard, B.W. Brook « Renewable & Sustainable Energy Reviews » - 2017.

[2] Etude 2017, coût cash.

[3] Note technique : les coûts de production du parc nucléaire français, Sfen (2017).

[4] Eurostat (2018).

[5] Eurostat (2018).

[6] RGN – mais/juin 2019 La prolongation du parc nucléaire dans la politique énergétique française, p. 12.

[7] Il est cité 2,5 €/MWh – RGN – mai/juin 2019 – Trajectoire du grand carénage, p. 18. 

[8] https://www.edfenergy.com/sites/default/files/hpc_efficiencies_brochure_...

[9] ttps://www.sfen.org/sites/default/files/public/atoms/files/les_couts_de_product...

[10] Conférence internationale « le changement climatique et le rôle de l’énergie nucléaire », du 7 au 11 octobre 2019, au siège de l’AIEA. Conférence organisée avec l’AEN, l’OCDE. 550 participants dont  79 États membres et 18 organisations internationales (dont le GIEC, la CCNUCC) présents.

[11] Le climat a besoin de toute l'aide possible - 19/11/2019 - RGN l'hebdo : https://www.sfen.org/rgn/climat-besoin-aide

[12] Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire.

[13] https://www.sfen.org/rgn/9-10-nucleaire-allie-qualite-air - RGN janvier/février 2019, p. 35.