Les États-Unis étudient la conversion au nucléaire des centrales à charbon - Sfen

Les États-Unis étudient la conversion au nucléaire des centrales à charbon

Publié le 18 janvier 2023

Une étude récemment publiée par le ministère américain de l’Énergie (DoE) conclut que 80% des sites actuels de centrales à charbon pourraient être reconvertis en centrales nucléaires. L’étude permet une première évaluation de ces transitions dites C2N (Coal-to-Nuclear), en particulier des bénéfices économiques et environnementaux qu’elles pourraient apporter aux territoires concernés. Enfin, elles sont susceptibles de générer une importante capacité additionnelle de production d’électricité bas carbone nécessaire à l’atteinte des objectifs climatiques américains.

Une transition charbon-nucléaire (C2N) consiste à implanter un réacteur nucléaire sur le site d’une centrale au charbon récemment fermée. Afin d’évaluer le potentiel des transitions C2N, une équipe pluridisciplinaire a été constituée à partir du Laboratoire national d’Argonne, du Laboratoire national de l’Idaho et du Laboratoire national d’Oak Ridge. Le travail d’étude, dont les premiers résultats ont été publiés en septembre 2022, a été parrainé par le Bureau de l’énergie nucléaire du Département de l’énergie (DoE).

La première question que s’est posée l’équipe est de savoir où sont les sites comprenant des centrales à charbon récemment fermées, ou qui doivent fermer dans un avenir proche. La seconde question était de déterminer les facteurs qui permettent d’évaluer si les sites identifiés pourraient être reconvertis. Pour répondre à ces questions, l’équipe a utilisé l’outil d’analyse OR-SAGE (Oak Ridge Siting Analysis tool for Power Generation Expansion) sur la base de données de la DOE-Energy Information Administration (EIA).

Elle a tout d’abord identifié un ensemble de 157 sites de centrales à charbon fermées depuis moins de 10 ans et 237 sites de centrales à charbon qui doivent fermer dans les dix ans à venir. Elle a ensuite sélectionné et appliqué un certain nombre de critères techniques comme la faible pente du terrain, l’accès à l’eau, la faible densité de la population, des risques naturels faibles (tremblement de terre, inondations) et les caractéristiques de l’exploitant (de préférence service public ou indépendant).

Au bout du compte, l’analyse a conclu que 80 % des sites étaient susceptibles d’accueillir des SMR, et 22 % pouvaient accueillir des réacteurs de grande taille. Au final, le potentiel de reconversion C2N concerne 125 sites récemment fermés (d’une capacité charbon de 65 GWe) et 190 sites en exploitation (d’une capacité charbon de près de 200 GWe).

D’importants bénéfices économiques et environnementaux

Une transition du charbon vers le nucléaire améliorerait considérablement la qualité de l’air à travers le pays. L’étude de cas a révélé que les émissions de gaz à effet de serre dans une région pourraient chuter de 86 %, ce qui équivaut à retirer plus de 500 000 véhicules de tourisme à essence des routes.

Cela représenterait également un accroissement de l’emploi et de l’activité économique. En effet l’étude révèle que lorsqu’une grande centrale au charbon est remplacée par une centrale nucléaire de taille équivalente, les emplois dans la région pourraient augmenter de plus de 650 postes permanents. Sur la base d’une étude de cas, les impacts à long terme pourraient entraîner une activité économique annuelle supplémentaire de 275 millions de dollars, ce qui implique une augmentation de 92 % des recettes fiscales pour le comté local par rapport à la puissance au charbon en exploitation.

« Il s’agit d’une opportunité importante d’aider les communautés à travers le pays à préserver les emplois, à augmenter les recettes fiscales et à améliorer la qualité de l’air », a déclaré la secrétaire adjointe à l’énergie nucléaire, le Dr Kathryn Huff. « Alors que nous nous dirigeons vers un avenir énergétique propre, nous devons proposer des solutions locales et assurer une transition énergétique juste qui ne laisse pas les territoires de côté ».

La réutilisation des infrastructures de charbon pour les réacteurs nucléaires (SMR et AMR) pourrait également réduire les coûts de développement de nouvelles technologies nucléaires, en économisant de 15 % à 35 % sur les coûts de construction. Les transitions du charbon au nucléaire pourraient en effet permettre d’économiser des millions de dollars en réutilisant les équipements électriques de la centrale au charbon (par exemple, les lignes de transmission, les postes de distribution), les bassins ou les tours de refroidissement et les infrastructures civiles telles que les routes et les immeubles de bureaux. ■

La rédaction Sfen

Illustration : centrale de Bridgeport ©Shutterstock//Heidi Besen