L'édito de Philippe Stohr, président de la Sfen et directeur des énergies au CEA - Sfen

L’édito de Philippe Stohr, président de la Sfen et directeur des énergies au CEA

Publié le 24 novembre 2022 - Mis à jour le 29 novembre 2022
  • filière nucléaire française
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Start-up et nucléaire, vraiment ? (RGN 5, 2022)

Le nucléaire, on le sait, a un rôle important à jouer dans un bouquet énergétique décarboné. Pour autant il va devoir évoluer pour prendre toute sa place dans la réalisation de l’agenda « Net Zéro by 2050 »  porté par l’Agence internationale de l’énergie. S’adapter à la pénétration accrue des renouvelables. Répondre à nos nouveaux besoins énergétiques : équilibrage local, production massive d’hydrogène, chaleur urbaine et industrielle, dessalement de l’eau de mer… Une condition pour cela ? L’innovation, qu’elle soit technologique ou renvoie à la levée de verrous scientifiques. À la clé, de nouvelles  approches de sûreté, de nouveaux écosystèmes industriels et une approche renouvelée du nucléaire dans les territoires…

Dans cette perspective, des start-up du nucléaire émergent. Elles se positionnent comme acteurs « disruptifs » et innovants, tant par les concepts qu’elles proposent que dans leurs méthodes de travail, avec des plannings ambitieux et des narratifs renouvelés sur le nucléaire. Plus de 70 concepts sont à l’étude au niveau international ! Ce mouvement, démarré aux États-Unis il y a plusieurs années, se développe désormais en Europe. En France, certains de ces concepts seront soutenus dans le cadre de « France 2030 », le prolongement du programme France Relance et des Programmes des investissements d’avenir.

On peut interroger la crédibilité des propositions ou la maturité des concepts, se demander si les porteurs de projet ne mésestiment pas les contraintes du nucléaire ou ne sous-estiment pas les temps de développement et de construction – ainsi que les enjeux liés au cycle du combustible. C’est parfois le cas, mais in fine l’essentiel est ailleurs ! Ces initiatives sont les bienvenues pour la communauté nucléaire : parce qu’elles nous poussent à réfléchir en dehors de nos cadres, à revisiter nos présupposés, et parce qu’elles bousculent nos habitudes.

Certes, leurs concepts doivent être affinés et les acteurs historiques du nucléaire doivent d’ailleurs les y aider scientifiquement et techniquement. Certes, il faut collectivement veiller à ce que ces offres soient crédibles autant qu’elles peuvent être ambitieuses. Mais ces nouvelles approches, qu’elles soient couronnées de succès à court terme, à long terme ou non, en questionnant nos pratiques, en suscitant une envie chez les jeunes professionnels, insufflent un nouvel élan à notre filière et démontrent plus que jamais sa pertinence.

Philippe Stohr, président de la Sfen et directeur des énergies au CEA

Edito RGN 5, automne 2022

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