La Belgique repousse de 10 ans sa sortie du nucléaire - Sfen

La Belgique repousse de 10 ans sa sortie du nucléaire

Publié le 10 janvier 2023
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La Belgique a enfin tranché. Face à la crise énergétique actuelle, le pays va prolonger pour dix ans deux de ses réacteurs qui auraient dû être arrêtés en 2025. Reste que Bruxelles vise toujours la fermeture de quatre unités d’ici là – sur les six actuellement en exploitation – au détriment de la sécurité d’approvisionnement et du climat.

Après de longues négociations, les réacteurs Doel 4 et Tihange 3 seront prolongés pour 10 ans, a annoncé le gouvernement belge. L’objectif est d’assurer la sécurité d’approvisionnement au-delà de 2025, date à laquelle les quatre autres réacteurs du pays auront été fermés. « Décision importante aujourd’hui pour la sécurité d’approvisionnement. Premièrement, les travaux pour la prolongation des deux réacteurs nucléaires les plus récents peuvent commencer dès demain. Deuxièmement, nous reprenons notre destin énergétique en main », a annoncé le Premier ministre belge, Alexander de Croo, lors de la conférence de presse du 9 janvier 2023« Dans le passé, on a très souvent dit que les décisions en lien avec la politique énergétique belge étaient prises dans d’autres capitales », explique-t-il. Il ajoute : « les décisions seront à nouveau prises dans notre pays ».

Une annonce importante qui peine cependant à faire oublier les fermetures, programmées entre 2022 et 2025, de cinq réacteurs à commencer par Doel 3 (1000 MW) fermé en septembre 2022 mais aussi Doel 1 (500 MW), Doel 2 (500 MW), Tihange 1 (1 000 MW) et Tihange 2 (1 000 MW), soit la fermeture de 4 GW pilotables et bas carbone. Le nucléaire représente « une production d’énergie efficace qui ne produit pas de gaz à effet de serre », a pourtant déclaré Alexander de Croo, aux côtés de sa ministre de l’Énergie Tinne Van Der Straeten, farouchement antinucléaire et qui soulignait en juin 2022 « les nombreux atouts de la Belgique en tant que hub gazier ».

Le nucléaire en Belgique : une histoire sans fin ?

C’est une histoire complexe qui ne cesse de s’écrire. En 2003, il y a maintenant 20 ans, la sortie du nucléaire était portée par les élus du parti « Ecolo », lorsqu’ils faisaient partie du Gouvernement Verhofstadt I, notamment Olivier Deleuze, ex-directeur de Greenpeace Belgique (1989), alors Secrétaire d’État à l’Énergie et au Développement durable. La loi prévoyait l’arrêt des premiers réacteurs en 2015 après 40 ans d’exploitation (Doel 1&2 et Tihange 1) pour une sortie du nucléaire en 2025, avec l’arrêt de Tihange 3 et de Doel 4. En 2009, le gouvernement d’Herman Van Rompuy repousse la fermeture des trois premiers réacteurs nucléaires pour aller jusqu’à 50 ans d’exploitation (accepté par le Parlement en 2015).

En 2022, les espoirs belges d’avoir accès à du gaz bon marché en remplacement du nucléaire sont douchés par l’invasion russe de l’Ukraine. La prolongation des deux unités les plus récentes est décidée en mars 2022 mais des négociations doivent être menées avec l’exploitant Engie-Electrabel qui avait auparavant demandé une décision avant 2020. Après une lettre d’intention des deux parties en juillet 2022, la prolongation de dix ans des unités Tihange 3 et Doel 4, mises en service en 1985, est finalement actée en janvier 2023. Le Premier ministre a annoncé que l’État allait être un acteur important de cette prolongation en cogérant à parts égales la centrale nucléaire.

Les deux réacteurs seront arrêtés pour que les travaux nécessaires à la prolongation puissent être menés. Ils sont attendus de retour sur le réseau en novembre 2026 pour le passage de l’hiver, ce qui laisse cependant, à moyen terme, la question de la sécurité d’approvisionnement ouverte.■

Gaïc Le Gros (Sfen)

Crédit photo ©AFP/Laurie Dieffembacq

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