Comment l’étude des « climats passés » permet d’appréhender le changement climatique - Sfen

Comment l’étude des « climats passés » permet d’appréhender le changement climatique

Publié le 21 septembre 2014 - Mis à jour le 28 septembre 2021
  • Climat

Alors que dimanche 21 septembre, des milliers de Français ont battu le pavé pour exiger des mesures contre le dérèglement climatique.

Valérie Masson-Delmotte, physicienne au CEA et experte des « climats du passés » au GIEC, livre un éclairage sur le résultat de ses travaux, ainsi que sur les conséquences immédiates du changement climatique et les moyens indispensables permettant d’inverser cette tendance.  

 

Quel est l’impact du changement climatique sur la vie quotidienne ?

Le changement climatique est une réalité.

On observe une augmentation des températures (de l’ordre de +1°C en France), une montée du niveau des mers qui affecte les zones littorales, et des bouleversements des cycles de l’eau avec au nord une augmentation des pluies et une diminution des précipitations au sud.

On observe également une augmentation de certains événements extrêmes comme des vagues de chaleur et des très fortes précipitations.

Ces changements climatiques ont déjà des impacts sur le milieu vivant : migrations d’espèces animales, déplacement de plantes, etc. Les conséquences sont visibles dans certaines activités humaines comme la pêche et la gestion des forêts. Mais les impacts les plus spectaculaires sont ceux que l’on observe dans les régions de l’arctique…

 

 

Pour quelles raisons le GIEC étudie-t-il les « climats passés » ?

On pourrait s’étonner qu’il y ait un chapitre sur les climats anciens alors que la préoccupation des citoyens porte sur ce qu’il va se passer à l’avenir.

Ces travaux permettent d’obtenir trois résultats importants. Premièrement, ils permettent de comprendre comment les changements se situent dans un cadre plus long que les mesures météorologiques dont on dispose depuis cent ans. Deuxièmement, les travaux permettent d’élaborer des « modèles » de climats capables de représenter les grands changements passés, un atout pour comprendre le futur. Et troisièmement, les travaux permettent de comprendre l’impact du changement climatique sur les calottes polaires du Groenland et de l’Antarctique.  

 

Quels sont les résultats de ces travaux sur les « climats passés » ?

La perturbation créée par l’homme dans l’atmosphère est sans précédent depuis 100 000 ans par rapport à l’évolution des gaz à effet de serre. Le réchauffement que l’on détecte depuis 100 ans est une rupture par rapport au cadre d’un climat naturel sur les 1 400 années précédentes. On sort donc de la gamme des variations naturelles. C’est le cas pour les températures mais également pour celui du niveau des mers.

L’étude des « climats passés » est un banc d’essai pour tester les modèles numériques qui permettent de simuler le fonctionnement du climat. Ces modèles sont capables de représenter les grands traits de changements passés ; que ce soit des climats plus chauds comme on a eu à l’échelle géologique ou des climats plus froids comme on a eu lors des glaciations. Ces modèles sont une sorte de vérification de notre compréhension à la physique des rétroactions du fonctionnement de « la machine climatique ».

Et puis, troisième volet, les calottes de glace. Aujourd’hui, on les observe par des campagnes de terrain depuis une cinquantaine d’années et puis par des mesures satellites depuis une trentaine d’années.

Par contre, on a une connaissance très réduite du fonctionnement des grandes masses de glace qui couvrent l’Antarctique ou le Groenland. Et l’étude des climats passés montrent que lorsque les régions polaires se réchauffent de quelques degrés de plus, on a une réaction de ces calottes polaires et donc une déglaciation. Pour le Groenland, on a identifié un seuil qui se situe entre 1 et 4°C où si le réchauffement persiste pendant une durée longue (plusieurs siècles à plusieurs millénaires), cela peut entraîner une déglaciation de la quasi-totalité du Groenland.

En bref, les résultats de ces travaux nous interrogent sur les conséquences à long terme, potentiellement irréversibles de l’action de l’homme sur climat.

 

Le nucléaire est-il une énergie comme les autres pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ?

Le troisième volet du rapport du GIEC, celui sur les solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, montre l’importance du développement de l’électricité pour les besoins quotidiens.

Et, pour la production de cette électricité, l’importance des énergies renouvelables et du nucléaire pour limiter le recours aux énergies carbonées et notamment du charbon. 

 

Copyright photo – CHRISTOPHE BRUNO

Publié par Boris Le Ngoc

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