En Normandie, mobilisation générale pour accueillir le double EPR ? - Sfen

En Normandie, mobilisation générale pour accueillir le double EPR ?

Publié le 12 juillet 2022 - Mis à jour le 19 juillet 2022
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L’écosystème normand de l’emploi, de la formation, de l’orientation et de l’éducation est activé à 100 % depuis l’annonce d’Emmanuel Macron du 10 février dernier relançant la  construction nucléaire. Les prochaines visites décennales et les futurs EPR 2 de Penly constituent un projet de territoire sans précédent. Un chantier titanesque qui, bien avant le premier béton, réclame de fortes et pérennes ressources humaines.

Dès avant la tenue du débat organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) à partir du second semestre 2022, le projet de territoire lié à la construction de deux futurs EPR 2 à Penly est bien enclenché entre les partenaires locaux et les représentants d’EDF. Porté par une centaine d’élus normands emmenés par Hervé Morin, président de région Normandie, ce chantier doit favoriser les entreprises et emplois normands. « C’est vraiment un projet de territoire porté et piloté par les élus, avec donc la chance que ça se passe plutôt bien », explique Alban Verbecke, directeur de l’Action Régionale EDF Normandie et président de Normandie Energies.

Plus de 200 acteurs régionaux de l’emploi, de la formation, de l’orientation et de l’éducation se sont déjà engagés dans ces perspectives. Depuis plus d’un an, sept commissions coordonnent une réflexion sur l’économie, l’emploi et la formation, le foncier et l’urbanisme, le logement, les transports, la sécurité et la santé. D’ici le 27 septembre 2022, les entreprises sont sollicitées pour envoyer leurs futurs besoins en compétences. Cela permettra de caractériser l’ensemble des besoins en matière de formations diplômantes ou d’accréditations nécessaires pour les entreprises. « L’objectif est de collectivement bâtir la gestion prévisionnelle des emplois et des besoins en compétences territoriales (GPEC) », déclarere Alban Verbecke.

En vue des visites décennales et du programme EPR 2, le tissu économique normand se serre les coudes pour être au rendez-vous. « On est en ordre de marche », déclare Valérie Rai-Punsola, déléguée générale de Normandie Énergies, la filière d’excellence normande. « Toutes les entreprises locales sont potentiellement concernées, depuis celles du Groupement des industriels prestataires nord ouest (GIP NO), au cluster de Dieppe Méca Énergies, etc. », poursuit son président, l’entrepreneur Patrice Gault.

Un territoire nucléaire de longue date

Le territoire est déjà un vivier de compétences. Avec 5 200 salariés, Orano est l’un des plus importants employeurs industriels de Normandie. Son volume d’embauches sur les différents sites dans le Cotentin représente près de 550 personnes par an dont 150 en CDI, 150 en CDD et 250 alternants. De plus, Orano a participé à la création d’Hefaïs, la Haute École de Formation Soudage et soutient l’école de production d’usinage de Valognes.

« Même si la priorité est donnée aux acteurs normands, la capacité industrielle locale ne pourrait prendre que 25 % des parts de marché si les entreprises doublaient leurs effectifs », déclare Alban Verbecke, C’est pour cela qu’Hervé Morin a sensibilisé en mai dernier une vingtaine de directeurs d’établissements d’enseignement supérieur et universitaires. L’enjeu est d’augmenter les capacités en formation au regard des demandes élevées en compétences et d’enrichir les programmes des formations professionnelles avec des contenus spécifiques sur le nucléaire.

Quelques bons signaux sont déjà visibles avec l’ouverture de nouveaux cursus dès la rentrée 2022. Ainsi du projet FoRCE qui concourra à accroître l’attractivité des formations et des métiers du nucléaire dans les domaines critiques de la radioprotection et de l’exploitation des installations, Serge Perez, chef de l’unité d’enseignement de Cherbourg d’Octeville (INSTN), annonce l’ouverture d’une nouvelle option de la licence professionnelle des métiers de la radioprotection et de la sécurité nucléaire (MRSN), « Contrôle des Rayonnement Ionisants et Application des Techniques de Protection (CRIATP) ». Rachid Makhloufi, directeur de l’ESIX Normandie confirme également l’évolution des formations en Génie des systèmes industriels. Dès 2024, trois diplômes distincts issus de la formation en Génie des systèmes industriels seront proposés et notamment un diplôme à part entière dédiée au Génie nucléaire (exploitation, maintenance & démantèlement).

Pour l’Université des Métiers du Nucléaire (UMN), créée en avril 2021 dans le cadre du plan Excell, la dynamique est enclenchée dans toutes les régions. « L’association ambitionne de faciliter la lecture et la cohérence des formations existantes et d’identifier les manques », avait déclaré Élisabeth Terrail, présidente de l’UMN lors du WNE 2021. Sont déjà mis en oeuvre un accompagnement de projets de développement de cursus de formations spécialisés, de rénovation de chantiers-écoles, de plateformes pédagogiques comme « Mon avenir dans le nucléaire », etc.

Chantiers-écoles normands

Le concept de chantiers-écoles normands d’EDF est né il y a dix ans et s’appuie sur un accord tripartite. C’est l’engagement de la région qui finance les bâtiments, de l’Éducation nationale qui affecte les enseignants et des industriels qui fournissent les matériels pour la formation et accompagnent les professeurs au démarrage de celle-ci. Chaque entreprise, selon ses besoins, prend la charge d’alternants. Ce type de formation est une opportunité pour des jeunes qui n’ont pas forcément les moyens de se former. Les formations en robinetterie bénéficient aussi de l’alternance via les chantiers-écoles. L’ouverture à Dieppe d’un nouveau BAC + 1 est programmé à la rentrée 2022.

Le pôle d’excellence soudage avec la création de l’école Hefaïs, située dans le Cotentin et fondée par EDF, Naval Group, Orano et CMN, ouvrira ses portes en septembre 2022 aux salariés d’entreprises. Il répondra au fort besoin de compétences en soudage et bénéficie d’un contexte local favorable avec la relance de grands projets industriels normands. L’école sera accessible aussi aux demandeurs d’emploi dès 2023.

Le campus des métiers et des qualifications d’excellence (Ceine), dirigé par Frédéric Paquet, est l’unique campus en France dédié aux énergies. Il a été lauréat du plan France  Relance avec « Excellence Énergie Normandie » (ENNO). Ce programme vise la création d’une cartographie des compétences et des formations normandes. Dans ce cadre, un chantier-école virtuel « Environnement nucléaire » verra le jour. Les élèves, les apprentis et le personnel de la centrale nucléaire de Penly s’y retrouveront pour travailler les compétences en qualité et radioprotection. Des modules de formation courts et opérationnels pour former les profils en reconversion, les jeunes diplômés ou les salariés de l’industrie à l’environnement nucléaire seront aussi accessibles.

Profils variés encouragés !

« Sourcing qualifié, communication ciblée, la région fourmille d’initiatives auprès de publics locaux très variés », se réjouit Myriam Gaili, chargée de mission à la Délégation régionale EDF Normandie qui présentait des actions de recrutement d’EDF au groupe de travail « attractivité » du Gifen en mars dernier. À chaque public correspond un format d’approche avec au coeur des process la diversité : parité hommes-femmes, jeunes diplômés, demandeurs d’emploi, personnes en insertion professionnelle, séniors, personnes handicapées, profils éloignés de l’emploi, zones prioritaires… Si le digital reste un canal de recrutement majeur, aller sur le terrain est aussi devenu une priorité de la filière normande pour toucher des profils parfois assez éloignés de l’emploi. Il faut compter sur l’énergie collective pour favoriser les initiatives hors des sentiers battus grâce au soutien des acteurs régionaux et au dynamisme engagé de nombreuses associations, de ressourceries de bénévoles dans les quartiers, etc.

En 2022, le nouveau dispositif de bourses d’études (600 € par mois) déployé par l’UMN sur l’Hexagone a récompensé notamment des élèves boursiers du lycée Alexis de Tocqueville à Cherbourg en formation initiale pour rejoindre des métiers du nucléaire. Ces derniers ont été invités à cette occasion à visiter la centrale de Flamanville.

Vers une culture du nucléaire pour tous

Créée en janvier 2020 par la Région Normandie, l’Agence Régionale de l’Orientation et des Métiers de Normandie (Arom) met en place un plan massif  en direction de la jeunesse. Elle joue un rôle majeur au plus près des collégiens, lycéens, étudiants, demandeurs d’emploi, parents d’élèves, etc.

Elle explique que s’il faut s’appuyer sur la culture scientifique pour développer la curiosité et faire le lien avec les enjeux énergétiques et ses débouchés, l’attractivité passe aujourd’hui par l’acceptabilité sociale et l’image des métiers du nucléaire. « La pédagogie, l’acculturation et l’explication sont nécessaires. Ce qui est porteur, c’est d’échanger sur les perspectives d’emploi sans précédent, expliquer la place particulière de la Normandie et sa  contribution à l’autonomie de la France et la solution bas carbone. De fortes valeurs à transmettre aux jeunes générations », assure Denis Leboucher, le directeur.

Par Sylvie Delaplace, Sfen

Photo I © EDF I EDF prévoit 8 000 embauches en CDI et CDD, près de 230 métiers concernés.

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