En Corée du Sud, le retour en grâce du nucléaire - Sfen

En Corée du Sud, le retour en grâce du nucléaire

Publié le 19 septembre 2022 - Mis à jour le 5 octobre 2022
  • Corée du Sud
  • Securite energetique

Le nouveau gouvernement de la Corée du Sud, issu de l’élection du 9 mars 2022, souhaite remettre le nucléaire à l’ordre du jour en visant une part minimum de 30 % représentée par l’atome dans le mix électrique de 2030 et en abandonnant l’objectif de sortie du nucléaire à long terme du précédent pouvoir.

En 2017, le président Moon Jae-In (Parti démocrate, Minju) décidait la réduction puis la sortie du nucléaire à long terme de son pays. Plus précisément, il s’agissait de démanteler tous les réacteurs après quarante années d’exploitation. Une disposition qui concernait également les six réacteurs de la centrale de Shin Kori dont les unités 3 et 4 ont été mises en service en 2016 et 2019 et les deux unités supplémentaires, dont la finalisation est attendue pour 2023 et 2024 (5 & 6). Dans cette perspective, la réduction à zéro de la part du nucléaire dans le mix électrique coréen était attendue dans les années 2060. Le projet de  construction de deux réacteurs à Shin Hanul avait, quant à lui, été suspendu.

Mais l’élection de Yoon Suk-Yeol (Parti conservateur) en mars 2022 est venue renverser les précédents objectifs. Le nouveau gouvernement vise, à l’horizon 2030, à conserver au minimum la part actuelle de l’atome dans le mix électrique, soit environ 30 %, et a relancé le projet de construction à Shin Hanul (unités 3 & 4). Le ministère du Commerce de l’Industrie et de l’Énergie (Motie) a également exprimé l’ambition « d’exporter dix centrales nucléaires d’ici à 2030 » et de développer un unique petit réacteur modulaire (SMR).

Faiblesses actuelles de la situation énergétique coréenne

Dans son analyse de 2020 l’Agence internationale de l’énergie (AIE) notait que le secteur énergétique coréen se caractérisait « par la prédominance des combustibles fossiles dans l’approvisionnement en énergie primaire, 85 % en 2018, une forte dépendance aux imports, 84 % de l’approvisionnement en énergie primaire et une part importante de la consommation  industrielle (55 % de la consommation finale) ». Concernant la seule production d’électricité, le charbon arrive en tête avec 226 TWh sur une production totale en 2020 de 580 TWh. Suivent le nucléaire (27 % du mix pour 160 TWh) et le gaz (151 TWh).

Climat et sécurité d’approvisionnement

Fort de ce constat, le Motie a fait savoir que « dans un contexte d’escalade du conflit entre la Russie et l’Ukraine et d’incertitudes sur les chaînes d’approvisionnement en énergie au niveau mondial, la sécurité énergétique et l’atteinte des objectifs de neutralité carbone sont plus importantes que jamais ». Pour cela, le ministère mise sur le nucléaire, mais aussi sur « les nouvelles générations technologies solaires et éoliennes », et l’hydrogène.

La Corée ne manque pas d’atouts. En 2009, les Émirats arabes unis sélectionnaient la technologie coréenne, l’APR 1400, pour leur première centrale nucléaire. Depuis le premier béton coulé en 2012, deux des quatre unités ont été connectées au réseau en 2020 et 2021. Un succès à l’export qui n’a néanmoins pas été réitéré depuis. Le pays du Matin calme propose aujourd’hui sa technologie à la Pologne, à la République tchèque. KHNP (Korea Hydro Nuclear Power) va également construire la partie vapeur de la première centrale nucléaire égyptienne qui a reçu son permis de construction le 30 juin 2022.

Par Gaïc Le Gros, Sfen

Photo © Shutterstock / Panwasin

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