Des besoins accrus d’électricité d’ici 2035, selon les nouvelles estimations de RTE - Sfen

Des besoins accrus d’électricité d’ici 2035, selon les nouvelles estimations de RTE

Publié le 12 juin 2023
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L’hypothèse d’une baisse, voire d’une stabilité, de la demande d’électricité en France a vécu. Dans un contexte de réindustrialisation et de décarbonation, les besoins du pays devraient atteindre 580 à 640 TWh en 2035, ce qui impliquera une disponibilité accrue du parc nucléaire et une accélération du déploiement des renouvelables.

RTE a présenté le 7 juin le cadrage de ses travaux préparatoires pour un nouveau bilan prévisionnel électrique à 2035, intitulé « Comprendre et piloter l’électrification d’ici 2035 ». Il s’agit d’une mise à jour en rupture par rapport au bilan prévisionnel équivalent publié en 2017. Le rapport final est attendu à la fin de l’été.

Des trajectoires de consommation d’électricité 2035 revues largement à la hausse

La nouvelle trajectoire pourrait conduire, sous certaines hypothèses, à une consommation électrique de l’ordre de 580 à 640 TWh en 2035, contre 459,3 en 2022. Nous nous situerons donc à un niveau supérieur à la trajectoire de référence de l’étude Futurs énergétiques 2050 publiée en 2021, proche de celui de la trajectoire « électrification renforcée » (600TWh en 2035).

Ces trajectoires intègrent l’ambition de réindustrialisation et de relocalisation, affichée par le gouvernement.  Mais surtout, elles sont la conséquence d’une accélération des besoins d’électrification liés à l’ambition européenne de « fit for 55 » (réduction des émissions nettes de 55 % d’ici 2030 contre 40 % auparavant), et d’une accélération de la sortie des énergies fossiles (fin des chaudières fonctionnant au fioul et au gaz fossile, fin de la vente des véhicules à essence en 2035, décarbonation des sites industriels). La concertation menée par RTE a montré entre autres un intérêt grandissant des constructeurs de poids lourds pour les solutions électriques à batterie, ainsi que le projet du secteur aérien d’inclure les carburants de synthèse dans sa feuille de route.

Le scénario de référence du futur bilan prévisionnel devra combiner les hypothèses de réindustrialisation avec des hypothèses fortes en matière d’efficacité et de sobriété : « une électrification sans efficacité ou sans sobriété conduirait à des niveaux de consommation qui dépassent les capacités de production à dix ans ». À court terme, RTE estime que certains réflexes de consommation d’énergie acquis à l’occasion de l’hiver auront des effets durables, et que la consommation d’électricité ne devrait pas retrouver son niveau d’avant crise avant 2025.

Des hypothèses prudentes de production du parc nucléaire 

Alors que le travail « Futurs énergétiques 2050 » étudiait des trajectoires 100 % renouvelables et prenait en compte la trajectoire de fermeture des réacteurs nucléaires de l’actuelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le scénario de référence du bilan prévisionnel 2035 s’appuiera, côté production, sur le maintien du parc nucléaire actuel et sur une accélération des renouvelables.

RTE retient, après la consultation, une hypothèse prudente de 350TWh par an pour la moyenne de production annuelle du parc de deuxième génération, auxquels s’ajouteront les 10TWh de l’EPR de Flamanville 3, soit 360TWh. Pour atteindre 400TWh, il serait nécessaire de « retrouver les taux de disponibilité du parc pré-Covid ». Dans sa réponse à la consultation, la Société française d’énergie nucléaire (Sfen) avait indiqué des gains de production possibles à moyen terme, sur la base de benchmarks internationaux, avec une gestion du combustible repensée (arrêts de tranche moins fréquents) ou grâce à des gains de puissance. Elle avait recommandé que des études soient commandées auprès des industriels en ce sens.

Dans l’attente de la mise en ligne du premier EPR2 en 2035, RTE conclut que les besoins d’électrification rendront nécessaire, dans le cadre d’une trajectoire à 600TWh, de porter la production renouvelable à 250 TWh en 2035, et donc de l’accroître de l’ordre de 10TWh/an sur les 12 prochaines années. Il indique que ce rythme implique « une accélération du rythme de déploiement des renouvelables par rapport à la précédente décennie en France, mais n’excède pas les résultats obtenus ces dernières années ailleurs en Europe ».

Efficacité, sobriété, renouvelables et nucléaire

Le scénario de référence combinera donc efficacité, sobriété, maintien du parc nucléaire et accélération des renouvelables. RTE étudiera aussi de manière spécifique les conséquences d’une non-atteinte de l’équilibre offre-demande (scenario B) pour en quantifier les conséquences sur le plan des émissions de gaz à effet de serre ou de la sécurité d’approvisionnement.

RTE prévoit aussi, dans le cadre de l’étude, d’identifier les moyens qui seront rendus nécessaires, dans la prochaine décennie, pour gérer les changements attendus à la fois dans les appels à puissance des nouveaux usages électriques et dans le profil de production. RTE note en particulier, qu’au niveau européen, « le système sera confronté de manière croissante à des périodes d’abondance puis de rareté de la production par rapport à la consommation ». ■

Par Valérie Faudon (Sfen)

Photo : La France va accroître massivement sa demande d’électricité d’ici 2035 – © JEFF PACHOUD / AFP

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