08.04.2020

Covid-19 - Entre production d’électricité et maintenance, le service public assuré en France

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Cécile Crampon - Copyright photo de la centrale de Civaux - Patrice Dhumes, salarié d'EDF

Le confinement démarré en France le 16 mars dernier a conduit l’ensemble des entreprises de la filière nucléaire à s’adapter aux mesures contre le coronavirus :  adaptation des organisations, continuité de la production et de la sûreté, gestion des maintenances programmées dans les installations, télétravail, protection de la santé des salariés, etc. Si une baisse de la consommation électrique est constatée, la notion de service public pour assurer la production électrique, vitale, dans le pays, prend tout son sens, notamment pour alimenter les hôpitaux, mais aussi les entreprises qui continuent de fonctionner pour les biens de nécessité et les Français confinés chez eux, mais restant connectés.

Comme l’a rappelé récemment Jean-Bernard Levy, PDF d’EDF, « aujourd’hui, même dans nos plans les plus pessimistes, nous pensons être en mesure à tout instant, de produire suffisamment d’électricité pour répondre aux besoins de tous les Français. Notre organisation, adaptée [à la situation] permet de fournir plus de 70 % de l’électricité en France ». 

Pour mémoire, deux scénarios sont prévus dans le plan de continuité d’activité mis en place par le groupe au début des années 2000. Le premier permet de faire fonctionner toutes les installations en toute sûreté avec 25 % du personnel absent pendant 12 semaines ; le deuxième avec 40 % d’agents en moins, sur deux à trois semaines.

Même en période de baisse de consommation d’électricité, une nécessité absolue d’assurer la production

La baisse moyenne de la consommation électrique, constatée en France, de l’ordre de 15 % depuis la mise en place du confinement, est essentiellement due aux industries et entreprises, dont une majorité a réduit son activité ou l’a stoppée momentanément. C’est aussi le cas pour le transport ferroviaire dont l’activité a été réduite de 95 % ou les aéroports fonctionnant au ralenti, voire fermant tout ou partie leurs sites. Aujourd’hui, les besoins en électricité sont surtout ceux des services vitaux, comme les hôpitaux, mais aussi les ménages, qui représentent en moyenne 36 % de la consommation électrique en France. A noter qu’une hausse a d’ailleurs été constatée depuis le confinement, où les Français sont passés majoritairement au mode numérique (internet, suivi de cours à distance, jeux vidéos, visoconférences, etc.). Toutefois, RTE rappelle que pour l’heure, la France reste excédentaire dans sa production et continue d’exporter son électricité vers ses pays voisins ; un point positif pour la France, comme dans le monde, va devoir affronter une économie en crise.

La culture du risque et de la prévention, dans l’ADN des salariés de la filière nucléaire

Il faut noter que dans l’industrie nucléaire, la culture du risque de contamination par l’atome et donc de la prévention font partie de l'ADN de tous les salariés amenés à évoluer en milieu ionisant. Tenues, chaussures, voire gants et masques de protection font partie du quotidien des agents entrant en zone. Si une contamination était signalée, les procédures seraient immédiatement mises en œuvre, pour isoler et protéger le personnel concerné, assurer le relai par d’autres équipes, mettre en sécurité l’installation concernée, etc.

Toutes ces mesures servent aujourd’hui dans le cadre du covid-19. EDF a mis en œuvre un plan de continuité de l’activité dans toutes les centrales de France avec une priorité absolue de protéger la santé de ses salariés et de ses prestataires tout en assurant sa mission de service public, produire de l’électricité en toute sûreté.

Chaque site dispose déjà au quotidien de médecins ce qui permet au groupe d’être réactif, en cas de détection du coronavirus chez un salarié. C’est le cas de la centrale du Bugey où deux cas ont été détectés. Pour protéger ses équipes, EDF a immédiatement averti l’ensemble de ses salariés et des entreprises intervenantes, mis en quatorzaine les salariés qui avaient pu travailler à proximité des personnes touchées par le virus, et organiser des relais avec d’autres équipes.

Autre action, comme sur l’ensemble du territoire, le télétravail a été privilégié pour ceux qui n’ont pas à intervenir directement sur le terrain. Pour les autres salariés et prestaires extérieurs, les gestes barrières sont rappelés régulièrement, ainsi qu’une adaptation des plans et des zones de travail pour éviter que les salariés se rapprochent au-delà d’un mètre.

Autres adaptations mises en œuvre, les navettes internes qui circulent habituellement sur les sites ne transportent qu’un nombre réduit d’agents, voire ont été supprimés pour éviter tout contact.  Les salles de commandes, où se relaient les équipes qui pilotent le réacteur, ont été sanctuarisées. La fréquence des nettoyages a été augmentée, y compris au niveau des portiques de contrôle à l’entrée des sites ; un sujet de préoccupation légitime des salariés EDF et des entreprises intervenantes.

A Civaux, comme ailleurs, certains métiers portent désormais des gants, notamment les agents de contrôle. De même, quand un digicode est nécessaire pour accéder à une unité sensible, l’arrête du badge de l’agent est utilisé et non plus avec les doigts. Des messages de prévention des gestes barrière sont diffusés par haut-parleurs toutes les demi-heures. Sur ce site, jusqu’à aujourd’hui, aucune suspicion de covid-19 n’est apparue.

Si une équipe de quart devait être contaminée, une équipe de réserve sans aucun contact avec la précédente prendrait la relève. En dernier ressort, EDF peut recourir à sa Force d’action rapide du nucléaire (FARN), une unité d’intervention d’urgence créée après l’accident de Fukushima en 2011 et capable de prendre le contrôle de n’importe quel réacteur. Il s’agirait toutefois d’une solution ultime ce qui n’est pas du tout à l’ordre du jour aujourd’hui.

Dans les centrales nucléaires, des organisations adaptées

La majorité des centrales nucléaire en France (40 réacteurs sur les 57 en activité actuellement) continue de produire del'électricité avec tout le personnel nécessaire à son fonctionnement, à la surveillance de la sûreté et de l’environnement. Par exemple, à Penly (2 réacteurs de 900 MWe), le site fonctionne avec près de 250 personnes par jour (répartis en quart) contre 1 000 habituellement. 

Autre exemple, la centrale nucléaire de Civaux dans la Vienne (2 réacteurs de 1450 MWe) qui fait partie de celles qui doivent poursuivre leur production dans les semaines qui viennent. La centrale s’est donc organisée en conséquence. 1 200 salariés, EDF et entreprises prestataires, travaillent habituellement sur le site. Ces effectifs ont été divisés par deux avec le confinement. Pour éviter tout contact, le groupe EDF a réaménagé les horaires d'accès à la centrale. Ainsi, chaque personnel entre sur le site un par un, à distance, en horaire décalé. Pendant les pauses déjeuners, là encore, les horaires ont été élargis pour éviter des flux pendant les pauses.

D’autres centrales baissent leur production pour s’adapter à la demande, sachant que la variation de 5 % de la puissance nominale est possible par minute pour un réacteur. C’est le cas de la centrale de Chinon, qui fin mars dernier, à procédé à la baisse de la production de ses réacteurs 1 et 4, pour s’adapter à la faible demande d’électricité à l’instant T. Seule l’unité 2 était donc connectée au réseau électrique national ; l’unité 3 étant en arrêt programmé pour visite décennale.

Après avoir détecté un premier cas de coronavirus sur le site nucléaire de Flamanville il y a quelques semaines, deux autres sont apparus et ont incité la direction de la centrale de mettre temporairement à l’arrêt ses deux réacteurs. Une stratégie adoptée par EDF possible, du fait d’une baisse de la consommation constatée à l’échelle nationale. Cela n’a pas empêché la direction de renforcer le contrôle des accès et de ne garder sur site que les équipes essentielles à la sûreté et la sécurité, soit entre 100 et 150 des 800 salariés habituellement présents. Il s’agit des personnels EDF et des entreprises pour la protection du site ou pour des opérations de maintenance, mais aussi des équipes de conduite en quart, d’ingénieurs sûreté et les personnels dédiés à la surveillance de l'environnement. Sur le plan de la sûreté, il s’agit par exemple de s’assurer de la bonne gestion du combustible, actuellement sous eau, ou encore de vérifier la disponibilité des matériels au sein de l’installation.

Juste à côté sur le même site, l’EPR de Flamanville. Le chantier n’a pas été suspendu mais réduit. Les activités phares et critiques sont ainsi maintenues, comme par exemple les travaux sur le circuit secondaire, les activités de génie civil… tout cela en vue de la préparation des prochains essais fonctionnels de la cuve du réacteur.

La question de la maintenance des centrales nucléaires  

Si la production d’électricité doit être assurée en France, c’est aussi le cas pour les programmes d’arrêts de tranches destinés à assurer la maintenance des réacteurs pour qu’ils puissent fonctionner à plein régime pendant l’hiver suivant, lorsque la consommation est au plus haut.

EDF a travaillé sur un ensemble de scénarios, y compris dégradés, pour vérifier sa capacité à remplir cette mission dans la durée. Certains arrêts pour maintenance ont été décalés afin de permettre au groupe de se concentrer sur sa production en toute sûreté. D’autres arrêts de tranche ont été maintenus comme c’est le cas de la centrale du Bugey, qui a débuté le grand carénage en mars dernier.

Ainsi, en date du 6 avril 2020, 40 unités de production sont connectées au réseau national.

Concernant les 17 autres réacteurs :
- 4 réacteurs sont en arrêt pour simple rechargement de combustible  : Bugey 5, Gravelines 2, Paluel 2 et Tricastin 2
- 5 réacteurs sont en arrêt programmé pour visite partielle : Cattenom 2, Civaux 1, Cruas 3, Dampierre 4 et Tricastin 3
- 4 réacteurs sont en arrêt programmé pour visite décennale : Bugey 2, Chooz 1, Flamanville 2 et Nogent 2
- 3 réacteurs sont à l’arrêt pour travaux hors maintenance programmée : Fessenheim 2, Flamanville 1 et Gravelines 3
- 1 réacteur est à l’arrêt pour adaptation de la production à la faible demande ponctuelle en électricité : Chinon 1