05.01.2016

Stockage : Cigéo et Onkalo sont-ils comparables ?

Centre de stockage des déchets radioactifs, "Onkalo", Finlande
Publié par Boris Le Ngoc (SFEN)

En matière de stockage des déchets hautement radioactifs, la Finlande avance à grand pas. En novembre dernier, le gouvernement de centre-droit a autorisé la construction du centre de stockage de combustibles usés sur le site d’Olkiluoto : le projet « Onkalo ». Cependant, Cigéo (le projet français) et Onkalo sont-ils comparables ? Quelles sont leurs différences sur les plans géologique, technique et réglementaire ? Revue détaillée. 

 

Onkalo en détail  

Le premier site de stockage permanent des déchets hautement radioactifs au monde sera finlandais. Situé sur le site d’Olkiluoto, à proximité de la centrale nucléaire exploitée par TVO, et à quelques 300 kilomètres au nord-ouest de la capitale Helsinki, le projet Onkalo doit confirmer la pertinence du choix du site pour le stockage. Les essais de stockage à échelle réelle seront menés en ce sens.

Onkalo sera logé entre 400 et 450 mètres sous terre. L’installation sera composée d’un réseau de galeries, construites à mesure des besoins et des installations techniques connexes. L’exploitation devrait démarrer d’ici 2023 et se poursuivre pendant une centaine d’années.

Le projet a été initié dès le début des années 1980, la décennie suivante étant consacrée à des explorations détaillées sur quatre sites. Pendant ce temps, le débat public était en cours dans les municipalités explorées. Ces temps de débat ont été constructifs, permettant de faire émerger un consensus, tout en bénéficiant du soutien des populations locales. 

 

 

Les différences entre Cigéo et ONKALO

Le milieu géologique

La Finlande et la France ne sont pas les seules à opter pour le stockage géologique pour gérer leurs déchets radioactifs à vie longue. La plupart des pays concernés ont fait ce choix. Cette technique fait l’objet d’un consensus international fort et est soutenue par la communauté scientifique ainsi que l’OCDE-AEN et l’Union européenne. Le concept de « stockage géologique » recouvre une diversité de situations géologiques.

« En l’absence d’argile sur son territoire, la Finlande n'avait que la possibilité du stockage dans des roches granitiques, indique Gérald Ouzounian, Directeur international de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Tandis qu’en France, après avoir étudié deux types de roche, granite et argile, le choix s'est porté sur le site de Meuse/Haute-Marne, pour une formation argileuse ». La nature et les caractéristiques de ces roches ont un impact sur le conditionnement des déchets. « Le granite est une roche cristalline. Il y a donc des risques de fracturations et donc une plus forte probabilité d’infiltration d’eau. » Pour palier cette difficulté, les déchets finlandais seront placés dans des conteneurs en acier qui seront ensuite recouverts d’une épaisse couche de cuivre, avant d’être entourées d’une coque d’argile. Ce concept, dit « KBS-3 », a été développée et validée il y a plusieurs années par l’ingénierie suédoise. Pour résumer, en Finlande, ce sont les colis qui empêcheront le relâchement, puis la migration de radionucléides dans l’environnement, tandis qu’en France, l’épaisse couverture d’argile (130 mètres) jouera ce rôle. En France, les déchets seront placés dans des conteneurs en acier noir sans besoin de recours au cuivre ou à une couche d’argile supplémentaire comme en Finlande. 

 

La nature des déchets stockés  

Onkalo stockera 9 000 tonnes de combustible d’uranium, provenant des quatre réacteurs existants, du réacteur Olkiluoto 3 actuellement en construction, et du réacteur Olkiluoto 4 encore en projet. « La Finlande stocke directement les combustibles usés. Alors que l’Andra stocke les résidus issus du retraitement, c’est-à-dire les produits de fission et les actinides mineurs vitrifiés » précise Gérald Ouzounian. A la différence de son voisin finlandais, la France a choisi de recycler les combustibles déjà utilisés pour en fabriquer d’autres, comme le MOX. Ce retraitement permet de diminuer de 5 à 10 le volume des déchets.

Stocker directement des combustibles usés pose des défis techniques. « Il y a de plus grande difficulté à décrire le comportement des combustibles usés dans le milieu naturel sur le long terme » rappelle Gérald Ouzounian. En effet, les combustibles ne sont pas conçus pour être stockés, alors que la matrice de verre utilisée par l'Andra a été conçue à cet effet.

Par ailleurs, à l’inverse de la Finlande, le projet français ne stockera ni uranium, ni plutonium. Une bonne nouvelle pour l’Andra se félicite M. Ouzounian : « L’étude du risque de criticité se pose de manière plus simple  ».

 

La réversibilité inscrit dans la loi française

Envisagée en France dès 1991, la réversibilité du stockage profond de déchets radioactifs est inscrite dans la loi française de 2006 qui stipule que Cigéo devra être réversible pendant une période d’au moins 100 ans. « Ce dispositif ne se retrouve pas en Finlande » précise Gérald Ouzounian. La réversibilité est une exigence française qui permet de laisser une liberté d’action aux générations futures. Il s’agit de faire en sorte que le processus de stockage soit progressif pour qu’il soit possible de revenir sur chaque décision prise. La réversibilité permettra également, d’un point de vue technique, la possibilité de récupérer les colis stockés. 


Centre de stockage des déchets radioactifs, "Onkalo", Finlande - Crédit photo : Posiva Oy