04.12.2018

Quelle place pour l'énergie nucléaire à la COP 24 ?

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Depuis 1995, à la suite du Sommet de la Terre de 1992, la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques réunit chaque année les « parties », dans une COP (Conference of the Parties) pour mettre en œuvre la lutte contre le changement climatique. Cette année 2018, la COP 24 s’ouvre dans un contexte marqué par une succession de catastrophes climatiques, et d’alertes répétées du milieu scientifique.

La Pologne, symbole du monde d’hier qui veut aller de l’avant

Cette année, pour la 3ème fois, c’est la Pologne qui organise la Conférence sur le climat, à Katowice, près de Cracovie. Pour cette COP, la Pologne propose aux chefs d’Etat et de gouvernement de soutenir un texte rédigé par ses soins : la « déclaration de Silésie pour la solidarité et la transition juste ». Mardi 4 décembre, près de 45 pays avaient rejoint cet appel, selon un premier décompte de la présidence de la COP 24. Pour la Pologne, où 80 % de l’électricité est produite par du charbon, véritable poumon économique, à défaut de l’être pour la planète, la transition vers des énergies alternatives est un sujet sensible. Dans un contexte marqué notamment par l’actualité française, la présidence polonaise se fait porte-voix d’un message : « Les politiques publiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre vont être confrontées à des résistances sociales et d’importants risques politiques, si elles ne sont pas accompagnées de programmes de sécurité sociale pour les travailleurs ».  Le pays a toutefois un programme pour se désintoxiquer progressivement des énergies fossiles. Il mise notamment sur l’énergie nucléaire. La part du charbon dans l’électricité pourrait être réduite à 60 % en 2030 et ne devrait chuter réellement qu’avec la mise en route à partir de 2033 de six réacteurs nucléaires, au rythme de deux par an.

L’énergie nucléaire est plus que jamais indispensable

La COP 24 porte aussi sur la présentation et la discussion du rapport 1,5°C publié par le GIEC en octobre. Celui-ci a proposé des solutions pour parvenir à contenir le réchauffement climatique à ce plafond à l’horizon 2100. L’enjeu est capital. « Plus le réchauffement va se poursuivre plus les risques vont être renforcés », explique ainsi Valérie Masson-Delmotte, climatologue et membre du GIEC.

Avec 42 milliards de tonnes de CO2 envoyées annuellement dans l’atmosphère, tout retard pris a un impact considérable.

Pour rappel, dans les 4 scénarios du Résumé à l’intention des décideurs du rapport du GIEC, le nucléaire augmente par rapport à 2010, de 59 à 106 % d’ici 2030, de 98 à 501 % d’ici 2050. Ainsi, si la tendance actuelle se poursuit, le respect des objectifs climatiques nécessitera de multiplier par six les capacités nucléaires mondiales. Enfin, dans le chapitre 2 de son rapport, le GIEC a fait une étude sur la base de 85 scénarios permettant de limiter à l’horizon 2100 le réchauffement global à 1,5°C. En valeur médiane, la production nucléaire augmente de plus du double entre 2020 et 2050 dans ces scénarios. Sa part dans le mix électrique global reste significative à près de 9 % en 2050.

Technologie bas carbone, mature et disponible aujourd’hui, l’énergie nucléaire reste encore absente des négociations climatiques, même si des initiatives tentent d’y remédier. C’est le cas de NICE Future, coalition qui regroupe des pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada ou le Japon, ou encore la Pologne, qui entendent promouvoir l’énergie nucléaire comme une énergie « clean », au même titre que les énergies alternatives.

L’énergie nucléaire est aussi présente à travers @Nuclear4Climate. Réunissant plus de 150 associations scientifiques de l’énergie nucléaire dans le monde, cette initiative collective donne voix à cette solution technologique pendant la COP.