11.12.2018

Aux Pays-Bas, l’atout nucléaire revient sur la table

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Par Maruan Basic (SFEN)

Un large consensus se dégage au sein du parlement hollandais en faveur de la relance d'un programme nucléaire. A l’initiative du Parti Populaire libéral et démocrate (VVD) actuellement au pouvoir aux Pays-Bas, les membres de la coalition de droite ont relancé le débat sur l’énergie nucléaire.

Aujourd’hui, ce pays de 17 millions d’habitants compte une seule centrale nucléaire, celle de Borssele, d'une puissance relativement modeste (515 MW), fournissant 4 % de l’électricité produite. Pourtant cette énergie bas carbone revient dans les discussions 20 ans après la décision de la fermeture de l’ancienne centrale de Dodewaard (1997).

Le chef du VVD Klaas Dijkhoff, le parti du premier Ministre Mark Rutte, a proposé de construire une nouvelle centrale nucléaire. A ce stade, aucune décision d’investissement n’a été votée, mais l’option est ouverte. Les Pays-Bas, voisins de l’Allemagne, ne connaissent pas les mêmes réticences vis-à-vis du nucléaire. Un sondage[1] en date du 7 novembre 2018 révèle que 54 % des Hollandais sont favorables à l’utilisation de l’énergie nucléaire dans le mix électrique contre seulement 35 % d’avis défavorable. Signe des temps, l’humoriste très populaire Arjen Lubach a parodié dans un sketch diffusé à la télévision les incohérences des discours écologistes anti-nucléaires et la faiblesse des énergies renouvelables intermittentes. La vidéo a déjà dépassé le demi-million de vue sur YouTube.

Les arguments avancés par les partisans sont nombreux. En priorité, la volonté de décarboner un mix électrique encore majoritairement dépendant des énergies fossiles : 83,9 % (gaz et charbon) selon le dernier World Energy Outlook 2018 de l’Agence Internationale de l’Énergie. En effet, l’énergie nucléaire est reconnue par l’ensemble des instances internationales, et récemment par l’Union européenne, comme une solution au changement climatique aux côtés des énergies renouvelables et des centrales avec CCS (Carbon Capture and Storage). Dans son « résumé à l’attention des décideurs » du dernier rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), les experts préconisent une hausse de l’énergie nucléaire d’ici 2050 au niveau mondial dans l’ensemble des 4 scénarios pour contenir le réchauffement climatique à +1,5C°.

En pleine COP 24 à Katowice, les Etats se mobilisent pour relever le défi climatique. Les Pays-Bas ne sont pas les seuls en Europe à relancer un programme nucléaire. La Hongrie, la Finlande, la Pologne ou la République Tchèque ont également fait savoir leur volonté de construire de nouvelles unités. La communauté nucléaire se tient prête pour ne pas perdre la bataille climatique.