06.09.2018

Normaliser la protection des travailleurs du nucléaire dans les années soixante : le premier bréviaire de radioprotection

illustration_2_credit_cea.png
Par Frédérick Lamare (CEA), Franck Guarnieri et Aurélien Portelli, Centre de recherche sur les Risques et les Crises (CRC), Mines ParisTech

En 1965, le Service de protection contre les radiations (SPR) de Marcoule rédige le premier recueil des Consignes générales de radioprotection.

Le site de Marcoule est choisi en décembre 1952 pour construire le premier complexe nucléaire de dimension industrielle en France. Jusqu’alors, la question de la protection contre la radioactivité était cantonnée à l’échelle des laboratoires du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Avec la mise en service des réacteurs de la filière Uranium naturel graphite gaz (UNGG) et des installations d’extraction du plutonium, le risque change de dimension. Dès 1956, les équipes du SPR sont conscientes du besoin de capitaliser le retour d’expérience en matière de radioprotection et d’en produire une synthèse [1]. Celle-ci n’est finalisée qu’en novembre 1965, sous la forme d’un recueil des Consignes générales de radioprotection [2]. Cette longue gestation s’explique par l’acquisition progressive des connaissances et la définition des méthodes à mesure du développement des installations de Marcoule. Ce document, qui constitue le premier manuel de radioprotection en milieu industriel, est le fruit de la réflexion de groupes de travail, organisés selon les différentes activités des radioprotectionnistes, qu’ils soient en poste sur le terrain ou dans les laboratoires du SPR.

Le manuel a pour but de conserver une actualité permanente, en apportant des modifications en fonction des évolutions techniques, comme l’utilisation de nouveaux équipements ou de nouvelles méthodes de mesure. C’est pourquoi il se présente sous la forme d’un classeur à feuillets mobiles permettant d’y insérer les mises à jour périodiques.

D’abord destinée aux agents du SPR, la distribution du manuel est ensuite étendue aux cadres des autres services techniques. Pour les autres personnels, le chef du SPR envisage l’organisation de cycles de conférences afin d’expliquer son contenu. Dès 1965, le manuel est diffusé dans les autres centres du CEA et utilisé comme modèle de normalisation des pratiques de radioprotection. Maurice Gervais de Rouville, le directeur de Marcoule, cautionne sa large diffusion auprès des directions du CEA et souligne la qualité du travail réalisé par les auteurs.

Le résultat obtenu s’appuie sur les difficultés rencontrées au quotidien pour assurer la protection des agents et des installations. Il témoigne également de la nécessité de standardiser les pratiques afin de définir une culture commune pour sécuriser la filière nucléaire naissante.

Dates-clés :
Juillet 1952
 : adoption du Plan Gaillard pour financer la construction des premiers réacteurs UNGG. 
Octobre 1955 : création du Groupe de Protection contre les Radiations de Marcoule.
7 janvier 1956 : divergence de la pile G1 à Marcoule. 
Juillet 1958 : divergence de G2 et mise en service de l’usine d’extraction du Plutonium (UP1).
Mars 1963 : quelques conseils de radio-protection, première plaquette illustrée par Jacques Castan, dessinateur au SPR.
14 juin 1963 : mise en service du réacteur A1 dans la centrale EDF de Chinon.
Novembre 1965 : diffusion du premier recueil des Consignes générales de radioprotection dans les centres du CEA et au même moment, signature à Bruxelles du traité de fusion des exécutifs des trois communautés européennes (CECA, CEE, Euratom), effectif au 1er juillet 1967.
 

Crédit photo : CEA

Légende : Un agent prend la pose pour illustrer l'utilisation du spiratom (appareil respiratoire isolant, autonome, à air comprimé, à alimentation du masque en surpression).

1.

Notes de service du 13 janvier et du 21 décembre 1956

2.

Note n°1470 du SPR du 4 novembre 1965