12.03.2019

Le mix énergétique du Japon, situation actuelle et perspectives

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Par la rédaction

Suite à l’accident de Fukushima Daiichi survenu le 11 mars 2011, le paysage énergétique nippon a connu des évolutions importantes en matière de mix-énergétique. Baisse de son indépendance énergétique, recours à plus d’énergies fossiles, augmentation des gaz à effet de serre, etc. Le point sur la situation huit ans après. 

L’arrêt de l’ensemble du parc nucléaire, suite à l’accident de Fukushima a impliqué une chute du taux d’indépendance énergétique du pays, de 20,2 % en 2010 à 6,4 %, au plus bas en 2014, pour ne se relever qu’à 8,3 % en 2016. Les besoins énergétiques immédiats du Japon ont dû être comblés par des importations accrues d’énergies fossiles (essentiellement de gaz naturel liquéfié - GNL), conduisant le pays à une dépendance extrême aux fournisseurs étrangers sur ces produits. Ce recours massif aux fossiles a par ailleurs eu pour effet d’accroître les émissions de gaz à effet de serre du secteur énergétique au Japon ; malgré l’enclenchement d’une baisse depuis 2013, ces émissions restaient supérieures en 2016 à leur niveau de 2010 (1 307 millions tCO2 contre 1 303 millions tCO2).  

L'électricité au Japon entre 2010 et 2018

Le Japon a produit 933 TWh en 2018. La répartition des sources de production depuis 2010 a évolué. Le charbon est passé de 25 % en 2010 à 30 % en 2018, le gaz de 29 à 37 % pour la même période, les énergies renouvelables de 1 à 8 %. Seuls le pétrole et l’hydraulique sont restés stables avec respectivement 9 et 8 % en 2018. Le nucléaire est passé de 29 % en 2010 à zéro en 2014. Il remonte progressivement pour atteindre 7 % en 2018.

Les coûts de l’électricité nippons sont nettement dans la fourchette haute par rapport aux autres pays de l’OCDE. Entre 2010 et 2014, les prix de l’électricité ont cru de 25 % pour les ménages et de 38 % pour les entreprises japonais. S’ils décroissent depuis 2014 du fait de la baisse du prix du pétrole, ils demeuraient, en 2016, supérieurs à leur niveau de 2010, moins de 10 % pour les ménages et de 14 % pour les entreprises.

Perspectives d’évolution du mix énergétique japonais aux horizons 2030

Depuis l’entrée en vigueur du Basic Act on Energy Policy (2002), le gouvernement revoit régulièrement sa stratégie de politique énergétique.
En juillet 2018 a ainsi été adopté le 5ème plan fondamental de l’énergie par le Cabinet Office. Le document évoque la nécessité de dresser une stratégie tenant compte, non seulement du paysage énergétique actuel du pays, mais aussi des contraintes liées aux accords et objectifs internationaux sur le climat.  Le gouvernement nippon a alors axé l’ensemble de sa politique énergétique sur les « 3E+S » (Energy security, Economic Efficiency, Environment + Safety) d’ici 2030. L’accident de Fukushima aurait pu être l’occasion pour le Japon de revoir en profondeur son modèle énergétique et de s’engager définitivement dans une transition vers des mix décarbonés, mais l’argument sécuritaire affiché comme prioritaire justifie des ambitions limitées en matière de réduction des carburants fossiles.

Ainsi, selon le ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie (METI), les mix visés pour 2030 demeurent inchangés par rapport au plan précédent. À cet horizon, le mix électrique pourrait être composé à hauteur de 56 % d’énergies fossiles (27 % gaz, 26 % charbon et 3 % pétrole), 22-24 % de renouvelables et 20-22 % de nucléaire. L’objectif de réduction de la demande d’énergie via une amélioration de l’efficacité énergétique demeure également au même niveau : -35 % par rapport à 2013.
Plus globalement sur le mix énergétique prévu pour 2030, il est plus diversifié que celui de 2010. Le taux d’indépendance énergétique du Japon devrait atteindre 24 % en 2030 et les émissions de CO2 diminuer de 25 % par rapport à 2005, malgré un recours aux fossiles (surtout le charbon et le GNL).

Une place prépondérante des énergies fossiles

Le charbon est toujours désigné comme la source thermique principale en raison de la faiblesse de ses coûts de génération et de la simplicité de son approvisionnement. Si cette politique semble peu compatible avec l’effort global contre le changement climatique, le gouvernement défend le déploiement de centrales « à la pointe, émettant peu de gaz à effet de serre » et des technologies de capture et stockage du carbone (CCS). Le gaz naturel (liquéfié pour son acheminement au Japon) continuera également d’occuper une place importante dans le bouquet énergétique. Le pétrole conservera enfin la première place du mix énergétique 2030, bien que la tendance actuelle soit au recul de sa consommation.

Une augmentation des énergies bas carbone dans le mix-électrique

Si le nouveau plan spécifie que la dépendance au nucléaire doit être réduite « autant que possible », le gouvernement présente cette énergie comme indispensable afin d’assurer un approvisionnement sans faille, de réduire les coûts énergétiques et les émissions de CO2 du pays. Les questions de sûreté nucléaire sont présentées comme la priorité absolue dans un contexte où la relance du nucléaire fait toujours face à une certaine opposition du public.
A fin 2018, 9 réacteurs nucléaires sont opérationnels, les dossiers de sûreté de 6 autres sont acceptés par l'Autorité de sûreté nippone dans l'attente des autorisations locales, et 12 autres dossiers sont en cours d'examen par l'Autorité de sûreté (sur les 56 réacteurs en fonctionnement avant 2011).  
Toujours en matière d’énergie bas carbone, l’objectif du gouvernement est d’atteindre 13 à 14 % de renouvelables d’ici 2030 contre 8 % en 2018. Le Japon s’appuie sur l’hydroélectricité, la biomasse et mise sur le solaire et l’éolien. Toutefois, ce pays se heurte à des difficultés récurrentes, une intermittence de ces deux dernières énergies, des interconnexions inexistantes avec les pays voisins et très limitées entre les régions, un réseau électrique peu optimisé, des technologies de stockage balbutiantes (hydrogène, batteries), un manque d’espace pour le solaire, des obstacles au développement de la géothermie dans les parcs nationaux, une filière bois-énergie non structurée, une opposition de divers lobbies conservateurs, etc.

… Et Fukushima ?

Depuis 2011, les Japonais ont mis tous les moyens en œuvre pour décontaminer la zone autour de la centrale. Sur les 1200 km2 interdits d’accès à l’époque, aujourd’hui le périmètre est ramené à 250 km2. L’agriculture dans la région est revenue à la « normale » avec quelques restrictions. A titre d’exemple, le riz de cette région est à nouveau autorisé à l’exportation. L’objectif du gouvernement est de faire de toute la région, une zone à nouveau habitable, sans restriction aucune. D’ailleurs, même s’il s’agit d’un événement ponctuel, Fukushima accueillera les équipes de handball aux prochains Jeux olympiques en 2020.