04.01.2017

Maroc : l’AIGAM insiste sur l'option nucléaire au-delà de 2030

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Par la rédaction

Quand certains entament leur transition énergétique, d’autres construisent leur mix énergétique, c’est le cas du Maroc. Dans ce pays fortement ensoleillé sans ressource énergétique, les nouvelles énergies renouvelables pourraient fournir 52 % de l’électricité d’ici 2030. Pour le nucléaire, le pays mûrit progressivement sa décision et laisse l’option ouverte. L’AIGAM, association réunissant les ingénieurs en génie atomique du pays, accompagne les décideurs dans leur réflexion.

Un intérêt de longue date pour le nucléaire

Le Maroc s’intéresse au nucléaire depuis trois décennies. Des premières études de faisabilité ont été menées dans les années 80, juste après le premier choc pétrolier. C’est à cette période que l’AIGAM s’est constituée pour réunir les ingénieurs en génie atomique du pays et plancher sur le développement de l’atome dans le Royaume chérifien. Des études de faisabilité technico- économiques ont même été menées pour évaluer l’opportunité de construire trois réacteurs de 1 000 MWe entre Safi et Essaouira, le long de la côte Atlantique. Un projet que le pays a dû repousser au-delà de 2030 pour des raisons économiques.

Des renouvelables au nucléaire

Pays hôte de la 22e conférence climatique (COP22), le Maroc a été salué pour ses efforts en matière de lutte contre le changement climatique. Dans le dernier Climate change performance index [1], le pays devance même le Danemark grâce à ses investissements massifs dans les renouvelables.

Dans ce pays où la consommation croît chaque année entre 5 et 6 % et où 95 % de l’énergie est importée, le gouvernement prévoit, entre 2015 et 2020, de déployer 2 000 MWh de solaire et autant d’éolien. Une seconde phase, entre 2020 et 2030, mettra l’accent sur le développement du GNL. Au-delà de 2030, le Royaume chérifien pose la question de l’énergie nucléaire. Le développement de l’atome répond à des objectifs de long terme : la production d’électricité bas carbone en masse et le dessalement d’eau de mer. En 2040, les experts estiment que le Maroc pourrait manquer d’eau…

Chaque année au Maroc, la consommation d'électricité croît entre 5 et 6 %.

« Le développement des renouvelables est une bonne chose. Commencer par les renouvelables nous permettra de bâtir un mix énergétique et de développer un vrai débat sur le devenir énergétique du pays, pour ensuite pouvoir aborder la question du nucléaire » détaille Abdelmajid Çaoui, président de l’AIGAM.

En attendant 2030

Au-delà de sa mission d’information scientifique, l’AIGAM apporte depuis toujours son expertise aux autorités dans l’élaboration d’une stratégie énergétique de long terme. Les travaux menés dans les années 80 auront porté leurs fruits.

Depuis 2003, le pays dispose d’infrastructures de recherche. Dans la région de Rabat, au milieu d’une forêt de vingt hectares, le CNESTEN [2] exploite un réacteur de recherche de 2 MW de technologie franco-américaine.

Le Maroc met également en place les outils qui lui permettront, à moyen terme, de prendre une décision. Le pays s’est ainsi doté d’une législation en conformité avec les plus grandes exigences internationales et d’une agence de sûreté indépendante, l’AMSSNuR [3]. Cette dernière dispose de moyens importants, travaille en collaboration avec les universités et concentre dans un premier temps son action sur le suivi des produits radiologiques (médicaux) et le transport des matières radioactives.

Le Maroc dispose d’importants gisements de phosphate (6 millions de tonnes selon l’AIEA), une ressource qui lui permettrait de produire de l’uranium en grande quantité. L’Office chérifien des phosphates a déjà commencé les études d’extraction.

Enfin, dans le cadre de ses études sur l’option électronucléaire, le Maroc a fait appel, en 2015, à l’AIEA pour évaluer ses capacités nationales à la préparation d’un programme nucléaire.

2.

Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires.

3.

Agence Marocaine de la sûreté et sécurité nucléaire et radiologiques.