28.01.2020

Le GIFEN, l’innovation pour l’avenir de la filière nucléaire

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Par la rédaction, SFEN

« Nous devons construire le nucléaire de demain, et l’innovation en est la clé », a déclaré Bernard Salha, président de la commission « Innovation et R&D » du Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (GIFEN), lors de la troisième édition des « rendez-vous Nuclear Valley » le 20 novembre dernier. Cette édition, intitulée « Innovez, développez, accélérez », a réuni 450 participants, des TPE/PME aux grands acteurs du nucléaire français. 

Créé en juin 2018, le GIFEN a pour vocation de rassembler tous les acteurs de l’industrie nucléaire française pour assurer l’attractivité de la filière et en entretenir les compétences. Il s’agit ainsi tout autant de favoriser la recherche et l’innovation que d’aider les acteurs de la filière à relever les défis de la transformation numérique, à intensifier leurs échanges et à promouvoir leur développement économique et commercial. Les 190 membres du GIFEN représentent l’ensemble des acteurs de la filière nucléaire française : grands donneurs d’ordre (GDO), exploitants des sites industriels à la pointe de la technologie et répondant aux dernières exigences de sûreté, grandes entreprises et entreprises de taille intermédiaire (ETI), PME et micro entreprises intervenant partiellement ou entièrement dans le secteur nucléaire en tant que fournisseurs de services, de produits et de technologies adaptés à l’industrie nucléaire. 

Les 190 membres du GIFEN représentent l’ensemble des acteurs de la filière nucléaire française

Gouvernance

« L’objectif, précise Cécile Arbouille, déléguée générale du GIFEN, est que la fusion de ces structures au sein du groupement permette de développer, promouvoir et renforcer la visibilité de la filière en couvrant un plus large spectre, en évitant l’émiettement associatif ou les activités qui, sinon, pourraient être concurrentes ». Ainsi le GIFEN, en tant que syndicat professionnel, est constitué de membres actifs (les entreprises), de membres partenaires (les organisations professionnelles) et de membres associés (les autres organisations, Nuclear Valley, la SFEN, etc.). Ces membres élisent en assemblée générale, pour deux ans, un conseil de 18 représentants de membres actifs, dont neuf représentants des GDO, sept représentants de grandes entreprises et ETI, et deux représentants de PME et microentreprises. Le conseil désigne en son sein un bureau constitué de cinq représentants de GDO et de cinq représentants d’industriels non GDO. En plus d’être le porte-voix de la filière auprès des pouvoirs publics, le GIFEN s’est doté de huit commissions pour mettre en œuvre les objectifs que la filière s’est fixés en signant son contrat stratégique avec l’État le 28 janvier 2019. Ce contrat comprend un ensemble d’engagements autour de quatre axes stratégiques : 

1. Emploi, compétences et formation

Il s’agit pour la filière de garantir les compétences et l’expertise nécessaires pour une filière nucléaire attractive, sûre et compétitive. Le maintien et le renouvellement des compétences de la filière constituent en effet une condition essentielle de sa pérennité.

2. Transformation numérique de la filière nucléaire

L’objectif est d’accompagner la transformation numérique de la filière afin de contribuer positivement à son attractivité et son efficacité.

3. R&D et transformation écologique de la filière nucléaire

Définir les réacteurs et outils du futur, en visant plus particulièrement à accélérer l’initiative « Usine nucléaire du futur » lancée par EDF, le CEA et Framatome et à développer un modèle de SMR (Small Modular Reactor) de technologie française. D’autre part, la filière doit promouvoir une économie circulaire, en particulier dans le domaine du cycle du combustible et du recyclage des métaux de très faible activité.

4. International

La filière doit se doter d’une stratégie globale afin d’améliorer son positionnement vis-à-vis du marché et des organisations internationales.

L’innovation permet d’améliorer la productivité, la sûreté et d’une manière générale la compétitivité de l’industrie française

Les enjeux de l’innovation : indépendance et compétitivité…

Selon Jacques Longuet, délégué régional Auvergne-Rhône-Alpes (EDF), l’avenir de l’industrie nucléaire française doit reposer sur deux piliers : l’EPR de deuxième génération prenant en compte le retour d’expérience des premiers EPR (Taishan 1 et 2, Olkiluoto, Flamanville et Hinkley Point C) et le projet de réacteur modulaire de petite taille (SMR) NUWARD TM. Ainsi, en menant ces deux projets à leur terme, la France se dotera d’une offre nucléaire complète allant des réacteurs de faible puissance aux réacteurs de très forte puissance. 

D’une part, cette polyvalence permettra de placer la filière à l’export sur de nombreux marchés. Les SMR, par exemple, bénéficient d’un intérêt mondial, les caractéristiques de ce produit répondant à d’autres besoins que les réacteurs de forte puissance. D’autre part, être maître de ces technologies permet de prémunir la filière française contre les risques liés aux tensions internationales. À ce titre, développer ses propres technologies, même avec un peu de retard, n’est pas dénué d’intérêt. L’innovation permet également d’améliorer la productivité, la sûreté et d’une manière générale la compétitivité de l’industrie française.

… et emploi 

Enfin, l’innovation contribue à l’attractivité de la filière, un atout essentiel à la conquête de nouveaux marchés et de nouveaux talents. L’industrie française, dans son ensemble, peine à recruter dans les métiers techniques et le nucléaire n’échappe pas à la règle. Dans une enquête du BCG réalisée pour la SFEN [1] à l’automne 2018, 72 % des industriels interrogés ont déclaré qu’il était très difficile de recruter dans le domaine du soudage et des travaux mécaniques : des emplois pourtant indispensables pour garantir la pérennité de la filière.

La commission Innovation et R&D 

Comment préparer l’avenir de la filière nucléaire ? Cette question se décline en trois grandes thématiques auxquelles correspondent les trois groupes de travail de la commission « Innovation et R&D » du GIFEN :

↦ promouvoir l’économie circulaire au sein de la filière ;

↦ les outils et réacteurs du futur ;

↦ l’usine du futur.

Chaque groupe de travail a élaboré une feuille de route mettant en lumière les projets structurants de la filière en recherche et développement, qu’ils soient en cours de réalisation ou projetés. Ces groupes de travail ont ainsi défini 18 programmes considérés comme stratégiques. L’un des défis majeurs pour la commission est de mobiliser les compétences de la filière afin que tous les industriels, du GDO à la TPE-PME, puissent contribuer à son renouveau en contribuant à ces 18 programmes.

Transparence de l’information

Les projets de R&D peuvent revêtir des différences structurelles importantes : certains programmes sont lancés par les GDO qui disposent d’une infrastructure de R&D conséquente ; d’autres naissent de l’identification de problématiques non traitées, pour lesquelles le GIFEN permet aux TPE/PME de s’organiser. Enfin, une dernière catégorie correspond aux initiatives lancées par les TPE/ PME. Pour rassembler efficacement la filière autour de ces programmes de R&D, l’accès de chacun à l’information est primordial dans le respect mutuel de la propriété industrielle. Ainsi, les processus de transfert de l’information associés aux nouvelles technologies du numérique jouent un rôle fondamental dans l’élaboration d’un projet collaboratif. 

À titre d’exemple, le programme « Constructibilité » a pour objectif de définir les axes d’innovation des nouveaux bétons, des platines d’interfaces et de la construction modulaire, ainsi que de fixer des objectifs d’optimisation des coûts de construction. Un sujet qui remet en cause les méthodes traditionnelles pour le gros œuvre, dont les performances en matière de temps de construction, et donc de coût, sont limitées. « Les réflexions sur la modularité impactent les outils, les matériaux, les procédés, la manière de penser les ingénieries et de gérer les exigences. Il est alors nécessaire de descendre au plus près des acteurs. Pour cela, le GIFEN peut s’appuyer sur Nuclear Valley, le pôle de compétitivité de la filière », explique Guillaume Tremblay, directeur technique et rapporteur de la commission « Innovation et R&D » du GIFEN. « Informer l’entreprise d’un besoin d’une nouvelle formulation de béton pour tel usage ou telle raison lui permet de comprendre les enjeux et d’engager sa force d’innovation », ajoute-t-il. Ces problématiques sont au cœur de l’industrie nucléaire dans le cadre du projet de simplification et de standardisation de l’EPR (EPR 2), mais aussi dans l’optique de la construction de réacteurs SMR et du centre industriel de stockage géologique Cigéo. 

 
A retenir
Bernard Salha (président de la commission et directeur de la technologie d’EDF), Nathalie Collignon (directrice de l’innovation chez Orano), Sylvestre Pivet (directeur de l’innovation et du soutien nucléaire au CEA), Frédéric Plas (directeur R&D  de l’Andra) et Jean-Pol Serpantié (directeur R&D de Framatome), ont désigné l’intelligence collective et l’innovation collaborative comme un des leviers pour rendre plus sûr et plus compétitif  le nucléaire de demain.
 
1.

Enquête reprise dans une note technique de la SFEN, « Quand décider d’un renouvellement  du parc nucléaire français ? », avril 2019.