01.03.2016

« En génie civil nucléaire, la France bénéficie d’un savoir-faire et d’une expertise de pointe »

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Propos de François Martin, chargé de mission à la Direction générale d'Egis Industrie, recueillis par la SFEN

Au service de projets à forts enjeux et haute technicité, Egis accompagne les acteurs du nucléaire depuis la construction de la première pile atomique en 1947 et de la première centrale de production, Fessenheim, en 1970. Impliquée dans la conception du parc nucléaire français et des projets à l’étranger, l’entreprise met son expertise au service de ses partenaires qu’elle accompagne dans toutes les phases de la construction d’une centrale. Rencontre avec François Martin, chargé de mission à la direction générale d’EGIS Industrie.

Egis est dotée d’une compétence globale en génie civil nucléaire

Nos équipes assurent l’ensemble des missions liées aux études de génie civil gros œuvre et second œuvre, de la conception jusqu’au suivi de la réalisation. À partir d’un process défini par EDF ou AREVA, nous concevons et calculons les bâtiments dans lesquels il s’intègre : pour les réacteurs, y compris les réacteurs de recherche et expérimentaux, les usines de fabrication du combustible en amont et les centres de traitement et d’entreposage des déchets en aval. Nous avons participé aux études des trois premiers EPR en construction en France, en Finlande et en Chine avec une équipe déportée franco-chinoise dans le dernier cas.

Concrètement, EDF réalise des études de sécurité et de sûreté, définit les aléas et nous définissons avec eux toutes les hypothèses permettant de calculer les bâtiments. Les structures doivent résister à des agressions externes et internes telles que séisme, choc d’avion, températures extrêmes, chute de charge lourde…

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Chantier de la centrale nucléaire de Taishan en Chine

Pour les futurs EPR NM (nouveau modèle) nous sommes intervenus dès la phase de « conceptual design », en réalisant la maquette 3D du génie civil dans le cadre d’un dialogue permanent avec EDF et d’une interaction forte avec notre unité de calcul basée à Lyon. Le modèle géométrique est doublé d’un modèle mécanique permettant de tester les bâtiments, de leur faire subir les agressions pour voir comment ils se comportent et effectuer leur dimensionnement.

À l’étape du « basic design », nous approfondissons les études de conception puis au « detailed design », nous préparons les éléments nécessaires à la réalisation des travaux, les calculs se font plus fins et nous pouvons aller jusqu’aux plans détaillés.

En qualité de conseiller technique, nous accompagnons nos partenaires pendant les travaux, durant les phases de vérification notamment. En cas d’évolutions ou d’adaptations, nous vérifions que ces changements n’altèrent pas la résistance des bâtiments et que ceux-ci répondent toujours aux exigences de sûreté.

Il y a un véritable savoir-faire français dans le domaine du génie civil nucléaire

La France est clairement à la pointe en matière de nucléaire, dans tous les domaines, y compris celui du génie civil. Nous avons comparé nos méthodes de travail avec celles d’homologues étrangers. Nous ne calculons ni ne concevons de la même façon. Un exemple : nous sommes capables d’utiliser un seul modèle de calculs pour l’ensemble des bâtiments d’une centrale, ce qui épate les Américains ! Nous développons des méthodes d’analyse et de calculs performantes, relayées par des logiciels de conception et de réalisation 3D de dernière génération, associées à des développements « maison ». Un moyen de disposer d’un outil sur mesure, adapté aux nouvelles réglementations et aux normes de sûreté françaises. Un savoir-faire reconnu qui s’exporte ! Nous avons ainsi participé aux projets nucléaires en Chine (pays pour lequel nous avons également effectué des missions d’expertise), en Corée du Sud, en Finlande, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni, en Slovaquie ou encore en Ukraine...

La maîtrise des risques sismiques est au cœur des métiers d’Egis

Les centrales nucléaires sont des ouvrages qui appartiennent à une classe de risques à part. À ce titre, la question du séisme est un véritable sujet pour le nucléaire. Pour concevoir les bâtiments, nous prenons en compte la possibilité de tremblements de terre significatifs, même si la centrale est implantée sur une zone peu sismique.

Nos experts participent à l’élaboration des normes de conception parasismique et développent des outils d’analyse spécifiques. Nous avons dans ce domaine une expérience remarquable et reconnue au plan international.

La centrale de Cruas, à la conception de laquelle nous avons participé, est d’ailleurs une référence historique d’un savoir-faire français en matière d’isolation sismique. Un savoir-faire qui s’est exporté à Koeberg en Afrique du Sud ou plus récemment en Corée via une étude de faisabilité d’isolation parasismique que nous avons réalisée avec AREVA pour la société Kepco.

Notre étude de faisabilité pour l’isolation parasismique du bâtiment tokamak d’Iter il y a quinze ans a également été un argument important pour emporter la décision d’implanter ce programme expérimental à Cadarache plutôt qu’au Japon ou en Espagne.

Cet aléa sismique est par ailleurs régulièrement réévalué, ce qui nous conduits à réévaluer de même le comportement des bâtiments en cas de séisme. Un savoir-faire pointu et original en matière d’auscultation, de diagnostic et de renforcement sismique a été développé depuis vingt ans, au service d’EDF, CEA et AREVA principalement.

Egis mène une activité intense de recherche et développement dans ce domaine, avec des publications nationales et internationales. À titre d’exemple, la généralisation de la méthode du domaine de concomitance que nous avions publiée en 2007, sera utilisée pour la première fois sur une centrale nucléaire, à Hinkley Point C, au Royaume-Uni.

Egis travaille aux côtés d’EDF pour renforcer le niveau de sûreté du parc 

Sous contrôle de l’ASN, EDF réévalue tous les dix ans le niveau de sûreté de ses installations. Nous sommes associés à ces visites décennales pour vérifier la bonne santé des ouvrages et leur conformité au référentiel de sûreté. Nous menons des études très sophistiquées qui permettent d’exploiter toutes les marges des bâtiments.

Nous participons également à la conception et au suivi de réalisation des centres de crise locaux post-Fukushima pour EDF. Sur ce projet, nous avons réalisé les études complètes et les spécifications de travaux du bâtiment, lequel n’est pas « gros » mais très technique : autonome, isolable de l’atmosphère extérieure et résistant aux aléas assignés au « noyau dur », le personnel pourra s’y réfugier et gérer la crise de l’intérieur en cas d’incident.

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Comme le process, le génie civil nucléaire est-il un secteur innovant ?

Le génie civil nucléaire a la réputation d’être une discipline immuable contrairement au process, pourtant ce secteur est également innovant ! Pour répondre aux nouvelles contraintes ou aux demandes d’optimisation de nos clients, nous devons aussi relever de nouveaux défis. Les méthodes de calcul et de construction tout comme les matériaux sont de plus en plus performants. Il y a de nombreuses pistes à explorer ! Le procédé constructif appelé « Steel concrete », utilisé par les Japonais et les Coréens, en est une. Cette technique qui consiste à remplacer le ferraillage du béton armé par des plaques métalliques préassemblées en usine pourrait améliorer les délais de construction et la sécurité sur les chantiers. Nous nous y intéressons depuis quatre ans maintenant, avons développé des tests et un logiciel de conception et calcul dédié. Et nous œuvrons au sein du projet de recherche européen « Science » pour tenter de définir des normes européennes adaptées à ce mode constructif.

Nous travaillons aussi sur de nombreux projets qui peuvent être qualifiés d’innovants à l’instar d’Iter dont nous nous réalisons « l’architectural engineering » au sein de la société de projet Engage. Nous sommes par ailleurs mandatés par Bouygues pour réaliser des études de génie civil sur le réacteur de 4e génération ASTRID. Et pour l’EPR -d’Hinkley Point au Royaume-Uni, EDF nous a demandé d’étudier la faisabilité d’une maquette 3D du ferraillage. Ce serait une première en France et probablement dans le monde à cette échelle…