24.01.2017

Comment la filière nucléaire protège-t-elle son patrimoine technologique ?

alain juillet nucléaire sfen
Par la rédaction

A l'occasion de la conférence « L’énergie nucléaire civile et la protection du patrimoine technologique », Alain Juillet. l’un des pères fondateurs de l’intelligence économique en France, a livré son analyse des enjeux de la filière nucléaire en matière de sécurité et de protection des données. Interview réalisée par Medhy Bouakkaz, Président du Club des Jeunes Sociétaires de la SFEN Nouvelle Aquitaine, co-organisateur de l'évènement.

Les entreprises de la filière nucléaire disposent d'un savoir-faire sur des technologies de pointe. Quels moyens doit-on mettre en oeuvre pour protéger ce patrimoine technologique ?

Alain Juillet : Tout d'abord, il est nécessaire de sensibiliser les acteurs de la filière nucléaire à la réalité de ce qu’il se passe : identifier les menaces, comprendre quelles forme elles revêtent... Puis, à partir de là, trouver des solutions pour y répondre. Nous avons aujourd’hui un problème d’information et de sensibilisation auprès des ingénieurs, des cadres des centrales nucléaires mais également au niveau du public et de tous ceux qui sont impliqués.

Dans un second temps, il convient d’essayer d’imaginer tout ce qu'il peut se passer. Chez nous comme vous le savez, les attaques les plus graves sont des attaques cyber. Il faut donc essayer d’imaginer ce qui pourrait se passer à ce niveau et qui pourrait mettre en difficulté ou poser un problème au niveau des centrales. Dans ce domaine, EDF travaille de manière très approfondie avec des spécialistes.

Jusqu’à maintenant, l’ensemble de la filière nucléaire française a répondu d’une manière très positive en évitant tous les mauvais coups.

Dans un contexte à la fois très complexe et très concurrentiel, quels sont les risques liés à la perte de ce patrimoine technologique ?

AJ : C’est un problème très complexe dans la mesure où AREVA traverse de grandes difficultés. Dans ce contexte, certains peuvent tenter de récupérer un certain nombre de technologies, de secrets industriels, etc. Nous devons donc veiller à protéger l’essentiel.

Nous devons veiller à protéger l’essentiel.

Dans le monde actuel, vous ne pouvez pas tout protéger, le secret absolu est impossible. Par contre, nous devons sélectionner les domaines où il est indispensable de protéger l'information, pour ensuite prendre toutes les mesures nécessaires pour y arriver. Cela n’est pas facile.

Quelle stratégie industrielle la filière nucléaire française doit-elle adopter dans les prochaines années ?

AJ : Nous sommes dans un monde dans lequel le coût de l’énergie est très important. Pour préserver et développer la compétitivité de nos entreprises, nous devons continuer à produire une électricité bon marché. Le nucléaire, parcequ'elle est l'énergie la moins coûteuse, est le moyen le plus efficace pour y parvenir. D’un autre côté, il faut également penser à l’avenir et aux évolutions futures qui ne passeront pas simplement que par le nucléaire mais également par les énergies renouvelables. Il faut donc investir dans ces énergies en même temps que nous investissons dans le nucléaire.

Quand nous voyons la décision allemande d’arrêter la production d’énergie nucléaire et les résultats catastrophiques que cela a eu au niveau de la pollution, on comprend qu’il faut faire très attention à mettre en place une politique de long terme. Cela prend du temps et ne s’improvise pas. Je crois que la France est capable de faire cela très bien, à partir du moment où il y a une volonté politique.

 

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