05.01.2017

« Il faut créer des monopoles publics pour les renouvelables »

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Par la rédaction

Économiste de l’énergie, professeur associé dans une école de commerce et ancien conseiller de Cécile Duflot lors de la primaire EELV, Thomas Porcher, 39 ans, plaide pour un système énergétique majoritairement renouvelable. Pour cette ceinture noire de karaté plein d’énergie qui fait le tour des plateaux télé : « La France est à un tournant. Elle doit commencer à remplacer progressivement le nucléaire par des renouvelables pour se positionner comme un leader dans ces technologies. »

Économiste de l’énergie depuis plusieurs années, Thomas Porcher a fait ses armes sur le pétrole avant de se diversifier à l’ensemble des énergies. Ces recherches scientifiques portent aujourd’hui sur l’électricité, le pétrole et les matières premières.

En 2013, il publie avec deux autres économistes 20 idées reçues sur l’énergie (de Boeck). Dans le chapitre « Fukushima a sonné le glas du nucléaire dans le monde », l’économiste analyse que le monde est devenu « bipolaire » : d’un côté les pays émergents qui développent l’énergie nucléaire, de l’autre des pays comme les États-Unis ou l’Allemagne qui ralentissent, voire arrêtent leur programme nucléaire.

Pour ce membre du collectif « les économistes atterrés », le développement des renouvelables doit se faire sur le modèle de ce qui a été fait pour le nucléaire dans les années 1970. « À l’époque, l’État stratège a mis les entreprises de l’énergie dans un environnement extrêmement favorable : en monopole public. Les subventions aux énergies renouvelables ne sont pas suffisantes, il faut organiser le transfert des activités d’EDF du nucléaire vers les renouvelables. » À la différence de certains écologistes pour qui la transition énergétique viendra des PME (bottom-up), Thomas pense qu’elle ne pourra se réaliser sans l’impulsion des « mastodontes de l’énergie ».

S’il reconnaît volontiers que le nucléaire est une énergie « bas carbone », « qui a permis d’avoir une électricité compétitive », il considère que le « risque nucléaire » ne peut pas justifier le développement massif de l’atome, même pour réduire les émissions de CO2. « Sur un puits de gaz ou sur une éolienne, un accident est local. Dans le nucléaire, les conséquences sont plus importantes et dépassent les frontières. Imaginer si l’on multipliait par deux ou trois les réacteurs dans le monde, notamment dans des pays émergents où les critères de sûreté ne sont pas les mêmes que les nôtres, on augmenterait le risque d’accident » estime-t-il. « D’autant qu’il n’existe pas de norme de sûreté internationale. »

À la question « qu’est-ce que le risque nucléaire ? », Thomas Porcher répond : « nous avons connu trois accidents en l’espace de 40 ans, dont deux dans des pays riches dont on ne pouvait pas imaginer qu’il pouvait y avoir un risque. » Toutefois, il avoue ne pas s’être rendu sur place ni avoir lu les rapports des organisations internationales, OMS et UNSCEAR, sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl et de Fukushima  [1] mais cite Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations unies « La sûreté nucléaire est un bien public mondial ».

 

Sur la question du climat, il ne partage pas la vision des écolos pro-nucléaire qui souvent « plaident pour une consommation d’énergie constante basée sur le modèle occidental ». L’économiste appelle à un mode de développement différent qui serait en rupture avec une quête perpétuelle de croissance économique. « Nous sommes à un tournant pour donner un but au capitalisme, l’orienter pour répondre au défi climatique. Dans le domaine des énergies renouvelables, la France peut parvenir à réaliser ce qu’a fait la Corée du Sud dans la téléphonie : être un petit pays qui arrive à vendre sa technologie au reste du monde. Il n’existe pas encore de major mondial dans les renouvelables, soyons les premiers ! »

L’énergie nucléaire peut-elle encore innover ? Thomas Porcher reconnaît que le nucléaire est une technologie de pointe mais ne pense pas qu’il puisse encore y avoir d’innovations « radicales » : « l’innovation, c’est l’EPR et on ne peut pas dire que cela soit une réussite ».

Clairement mitigé sur le nucléaire, Thomas Porcher reste très ouvert et concède que la priorité de la transition énergétique doit être de remplacer d’abord les énergies fossiles par des renouvelables. De là à considérer le nucléaire comme une énergie de transition ?

 

 
Bio Express
 
Thomas Porcher est docteur en économie à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, Professeur associé à la Paris School of Business et chargé d’enseignement à l’université Paris Dauphine dans le master 203 Financial Markets. En 2015, il a fait partie du groupe de travail de la mission sur la transition verte confiée à Corinne Lepage par Ségolène Royal. Il a également été le conseiller de Cécile Duflot lorsque celle-ci s’est présentée à la primaire EELV. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Le mirage du gaz de schiste et 20 idées reçues sur l’énergie.
 

 

1.

Selon les conclusions d'une évaluation exhaustive d'experts internationaux sur les risques pour la santé de la catastrophe survenue à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (Japon), les risques prévus sont faibles pour l'ensemble de la population à l'intérieur et à l'extérieur du Japon. Pour cette dernière, aucune augmentation observable des taux de cancer n'est prévue par rapport aux taux de référence. (OMS, 2013).