03.07.2019

EPR Hinkley Point C, l’étape clef J-Zéro réussie

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Cécile Crampon (SFEN)

Si le groupe EDF doit traiter la question des huit soudures de l’EPR de Flamanville, objet d’un avis de l’ASN le 19 juin dernier, le projet d’EPR Hinkley Point C, en Angleterre, lui remporte un jalon clé. Un signal positif pour la filière industrielle française en général et le groupe EDF en particulier.

Premier pays au monde à exploiter commercialement une centrale nucléaire dès 1956, le Royaume-Uni poursuit ce choix énergétique, pour plusieurs raisons : diminution des ressources d’hydrocarbures en mer du Nord ; objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre (fermeture programmée des centrales à charbon, décarbonation de la production électrique et du secteur automobile) ; l’éolien offshore déjà très développé ; objectif de renforcer sa sécurité énergétique, etc.
Bref le Royaume-Uni a fait le choix de relancer la construction de centrales nucléaires qui répondent à ses problématiques à court et long terme.
Ce programme de nouveau nucléaire ou « new build » a fait l’objet d’un consensus politique et d’une bonne acceptabilité du public. Il prévoit la construction de 16 GW électriques d’ici 2030 et la maîtrise afférant à cette énergie (financement, gestion des coûts, formations adaptées, R&D). Le chantier EPR de Hinkley Point C (HPC) est le premier symbole de cette ambition… qui se concrétise aujourd’hui par des résultats encourageants pour le pays mais aussi pour ses partenaires de la filière française.


Hinkley Point C, à l’épreuve de la maîtrise des coûts, des délais et de l’efficacité

Si le pragmatisme anglais est bien connu, aujourd’hui il sert favorablement l’énergie nucléaire et le bon déroulement du projet HPC.
Pour rappel en septembre 2016, la Grande-Bretagne avait signé un accord avec les groupes français EDF et chinois, China General Nuclear Power Corp (CGN), pour la construction de la centrale Hinkley Point C[1], composée de deux réacteurs d’une puissance de 1650 MW. Le coût global du projet est de 19,6 milliards de livres dont 13 milliards pour EDF. Il s’agit de la première construction de centrale nucléaire au Royaume-Uni depuis 1995 (Sizewell B). Cette centrale fournira 7 % de l’électricité du pays, à près de 6 millions de foyers.
Si cet accord a fait l’objet de nombreuses critiques comme le National Audit Office britannique, organisme parlementaire indépendant, ou le Comité sur le changement climatique du Royaume-Uni, ce dernier a aussi reconnu que les énergies renouvelables devaient être complétées par d’autres énergies bas carbone, telles que le nucléaire et le captage et le stockage du carbone (CCS).
Aujourd’hui le parc nucléaire britannique compte 15 réacteurs (8,9 GW) représentant plus de 20 % de l'électricité du pays.  Le gouvernement britannique a fixé le prix d’achat garanti du MWh produit à 92,50 livres. Ce prix est fixé pour une période de 35 ans. Selon un rapport de la Cour des comptes britannique, réalisé en juin 2017, la seule option moins chère que le projet HPC serait le gaz naturel, via une centrale à gaz classique, qui serait fortement émettrice de gaz à effet de serre et donc incompatible avec les ambitions du pays d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.  

Le 28 juin 2019, un cap majeur franchi, le J-0

A cette date, c’est la première partie des travaux de construction sur le projet HPC qui a été achevée, étape ayant le nom de jalon zéro (J-0), et permettant la mise en place effective des installations hors sol.  Cela signifie concrètement que la construction des bâtiments de l’îlot nucléaire peut commencer.

Sur le chantier HPC et pour le groupe EDF, ce J-0 est important pour plusieurs raisons :

- Aujourd’hui, il permet de montrer que les délais ont été respectés. Depuis 2016, HPC avait annoncé publiquement que J-0 sera atteint mi-2019, soit 36 mois après la décision d’investissement. Pourtant cet objectif ambitieux était loin d’être gagné car il impliquait de nombreuses étapes, cruciales, pour la poursuite du chantier, des milliers de personnes et des centaines d’entreprises. Atteindre le J-0 montre que le HPC est livré conformément au calendrier.
Concrètement aujourd’hui, la plate-forme commune des fondations, - radier commun  ou « common raft » des bâtiments nucléaires - est achevée. Jusque-là, la majorité des travaux avaient consisté en l’excavation et l’activité souterraine de la centrale. Seront construits sur ce radier commun : le bâtiment réacteur, le bâtiment d’entreposage du combustible usé, les bâtiments électriques et de sécurité. 

- En termes de validation de la conception du réacteur par l’Autorité de sûreté britannique, EDF avait envisagé un retard possible de 15 mois pour le réacteur 1 et de 9 mois pour le réacteur 2. Or, l’Autorité de sûreté britannique a donné son accord sur la conception du béton de l’îlot nucléaire « Nuclear Island’s Concrete Consent » le 8 novembre 2018. Pour y parvenir, le projet devait démontrer à l’Office de régulation nucléaire anglais (ONR) que la conception de la centrale par les équipes d’ingénierie notamment d’Edvance et d’EDF SA était suffisamment mature pour commencer le coulage du premier béton sur la plate-forme dédiée. Trente rapports d’évaluation ont été préparés à cet effet et cinquante critères devaient être remplis pour obtenir cette validation du régulateur britannique.


Un des plus grands chantiers d’Europe

Ce chantier est de loin le premier aujourd’hui en Angleterre. Des installations ont été construites sur place pour obtenir, au bout de 18 mois, le béton le plus sûr, sur le plan de la sûreté, qui évite des fissures sur le moyen et le terme. Depuis novembre 2018, ce sont cinq coulées de béton qui ont été conduites, représentant 240 heures de coulage. Le poids du radier est de 240 000 tonnes pour un volume total de béton utilisé sur le chantier de 20 000 m3 (dont 9 000 m3 pour la dernière coulée de béton supportant le futur réacteur 1). Il s’agirait d’un record battu au Royaume-Uni, après celui du gratte-ciel de plus de 300 m – le Shard inauguré à Londres en 2012. Ce béton a été renforcé par 5 000 tonnes d’acier pour former la dalle de 4 m de haut qui accueillera à terme le premier des deux réacteurs de HPC. Au vu du respect du planning, le deuxième réacteur HPC devrait atteindre quant à lui son point J-0 en juin 2020. 
Du béton sera aussi nécessaire pour la construction de deux tunnels vers la mer de plus de 7 mètres de diamètre, forés par les machines qui ont fonctionné sur la nouvelle ligne londonienne Crossrail. Ces tunnels auront la vocation d’apporter l’eau de mer pour refroidir les réacteurs, avec une capacité de remplissage équivalente à une piscine olympique, et ce, en 20 secondes.

Le dynamisme des entreprises françaises

Le groupe Bouygues SA et son homologue anglais Laing O’Rourke Plc sont les principaux constructeurs de cette première phase à travers la joint-venture Bylor. Framatome, quant à lui, intervient aussi. La cuve du réacteur et les générateurs de vapeur sont en cours de fabrication en France. En parallèle, une grue, considérée comme la plus grande du monde, est en cours de montage sur le chantier pour anticiper les prochaines étapes de construction du réacteur.
Aujourd’hui, le projet HPC emploie 4 000 personnes, dont 430 apprentis. 8 500 autres ont été formés pour travailler sur le site.
A noter que HPC s’efforce de s’attaquer à la pénurie de compétences rencontrées au Royaume-Uni, comme en Europe… à commencer par la soudure. Un nouveau centre d’excellence devrait voir le jour à Bridgwater. L’ambition est de fournir 350 à 500 qualifications de soudage par an et créer un impact positif en matière de compétences techniques du Royaume-Uni.

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Les objectifs climatiques, une ambition réhaussée 

Au-delà des retombées positives, économiquement, en termes d’emplois et de compétences, le Royaume-Uni reconnait l’énergie nucléaire comme une solution incontournable pour atteindre son objectif climatique. La Première ministre sortante britannique, Theresa May, avait demandé récemment que le pays agisse plus rapidement dans ce sens. Pour mémoire, l'objectif initial du Royaume-Uni était de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80 % par rapport aux niveaux de 1990 d'ici 2050. Le nouvel objectif est plus conforme à l'Accord de Paris avec O émission d’ici 2050 et contribuer à limiter la hausse de température mondiale à 1,5°C.

 

[1] Le projet est porté à 66,5 % par EDF et 33,5 % par CGN