06.07.2017

EPR : l’ASN plaide pour davantage de dialogue technique

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Par la rédaction

Entretien avec Pierre-Franck Chevet, président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Pourquoi il n'y a pas de risque sur la sûreté ?

Pierre-Franck Chevet - L’anomalie de la cuve du réacteur EPR de Flamanville consiste en un excès de carbone dans l’acier de son fond et de son couvercle. Un excès de carbone conduit à diminuer la résistance de l’acier à la propagation d’une fissure. Le risque lié à l’anomalie est donc qu’une fissure présente dans le fond ou le couvercle de la cuve se propage et conduise à la rupture brutale de l’équipement. Une rupture de la cuve conduirait à ce que le refroidissement du combustible nucléaire ne soit plus assuré. La démonstration de sûreté doit ainsi démontrer que la rupture de la cuve n’est pas possible.

AREVA NP a mené une analyse mécanique du risque de rupture brutale ayant nécessité un programme d’essais mécaniques, d’une ampleur sans précédent. Sur la base des analyses techniques réalisées, l’ASN considère que les caractéristiques mécaniques du fond et du couvercle de la cuve sont suffisantes au regard des sollicitations auxquelles ces pièces sont soumises, y compris en cas d’accident.

Si la cuve est conforme et qu’il n’y a pas de problématique de sûreté, pourquoi demandez-vous à EDF de changer le couvercle de cuve en 2024 ? 

PFC - Même si les caractéristiques mécaniques sont suffisantes, l’anomalie de la composition chimique de l’acier conduit à une diminution des marges vis-à-vis du risque de rupture brutale. L’ASN considère par conséquent nécessaire qu’EDF mette en œuvre des contrôles périodiques supplémentaires afin de s’assurer de l’absence d’apparition ultérieure de fissures qui, elles, pourraient remettre en cause les conclusions précédentes. L’ASN constate que de tels contrôles sont réalisables sur le fond de la cuve et considère qu’ils doivent donc être mis en œuvre. En revanche, la faisabilité technique de contrôles similaires sur le couvercle de la cuve n’est pas acquise. L’ASN considère donc que l’utilisation de ce couvercle doit être limitée dans le temps. Elle note que la fabrication d’un nouveau couvercle prendrait de l’ordre de sept ans. Un nouveau couvercle pourrait ainsi être disponible d’ici fin 2024. Dans ces conditions, l’ASN considère que le couvercle actuel ne pourra pas être utilisé au-delà de cette date.

 

Partagez-vous ces résultats avec les autres autorités de sûreté nucléaire dans le monde ?

PFC - L’ASN a associé les autorités de sûreté nucléaires concernées par la fabrication d’un réacteur EPR dès la mise en évidence de l’anomalie. Plus généralement, elle a partagé régulièrement ses analyses avec ses principaux homologues étrangers car la problématique des ségrégations en carbone peut potentiellement concerner d’autres gros composants forgés, en France ou à l’étranger. Cela a d’ailleurs été constaté cet hiver sur des générateurs de vapeur de 18 réacteurs en France, forgés en partie en France et en partie au Japon.

Quels enseignements tirez-vous en matière de nouvelle réglementation et/ou de dialogue technique ? 

PFC - EDF et AREVA NP ont choisi d’appliquer, de manière volontaire, la nouvelle réglementation portant sur les équipements sous pression nucléaires pour le réacteur EPR de Flamanville. La conception de la cuve a commencé au milieu des années 2000 alors même que cette nouvelle réglementation n’était pas encore publiée. AREVA NP a donc mené des démarches a posteriori qui n’avaient pas été prévues initialement. Ce sont ces démarches, imposées par la réglementation, qui ont mis en évidence l’anomalie de la cuve du réacteur EPR. Le retour d’expérience de ce cas confirme donc l’intérêt de ces dispositions réglementaires datant de 2005.

Un meilleur dialogue technique aurait toutefois permis de détecter l’anomalie plus vite.

Qu’attendez-vous de la consultation publique en cours ?

PFC - Comme pour toutes les décisions importantes qu’elle a à prendre, l’ASN a lancé une consultation du public qui se terminera en septembre. Les observations du public, quand elles dépassent les simples propos idéologiques pour ou contre le nucléaire, nous permettent de compléter notre analyse technique du sujet, et peuvent nous amener à faire évoluer nos décisions.

Crédit photo : EDF / SOUBIGOU ANTOINE