04.03.2019

Compétences nucléaires, éclairage sur la collaboration franco-britannique

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Par Philippe Corréa et Maxence Cordiez, INSTN

En novembre 2018, un séminaire franco-britannique dédié aux approches innovantes des compétences nucléaires était organisé à Londres. Il visait à dresser un état des lieux de l’avancée de la collaboration franco-britannique dans ce secteur, et à la structurer autour d’objectifs précis.

La France et le Royaume-Uni ont été des pionniers de l’énergie nucléaire, rapidement perçue comme un gage d’indépendance, surtout en France où les ressources fossiles ont toujours été particulièrement limitées.

Depuis, les raisons qui ont prévalu à la promotion initiale de l’énergie nucléaire sont devenues encore plus prégnantes. La production française de gaz qui couvrait un tiers de ses besoins à la fin des années 1970 s’est effondrée jusqu’à devenir quasiment nulle depuis 2013 et la production britannique a été divisée par trois depuis son pic en 2000. À cela s’ajoute la problématique climatique, devenue une préoccupation majeure ces dernières décennies, qui oblige les États à décarboner rapidement et en profondeur leur économie.

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Fort de ce constat, le Royaume-Uni poursuit actuellement une stratégie ambitieuse de remplacement et d’extension de son parc nucléaire. En France, EDF a initié le grand carénage, destiné à prolonger la durée d’exploitation de ses réacteurs, et en prépare le remplacement par des EPR.

Genèse de la coopération dans le domaine des compétences

Les programmes nucléaires français et britanniques requièrent une main d’oeuvre à la fois abondante et qualifiée dans tout l’éventail des compétences requises par cette industrie de pointe. C’est pourquoi lors du Sommet franco-britannique en janvier 2018, les secrétaires d’État Richard Harrington (Department for Business, Energy and Industrial Strategy) et Brune Poirson (ministère de la Transition écologique et solidaire) ont annoncé que les compétences seraient une priorité de la coopération franco-britannique dans le secteur nucléaire, aux côtés du démantèlement et de la gestion des déchets.

En application de cette volonté, le NSSG [1] britannique et l’INSTN [2] français ont été chargés d’organiser un premier séminaire à Paris en mai 2018, réunissant les principaux acteurs du secteur (entreprises, universités, organismes de recherche, administrations, ONG…). Cinq groupes de travail permanents y ont été constitués autour de thématiques précises : gestion de l’expertise, carrières et formation professionnelle, mobilité intersectorielle, diversité et attractivité des matières scientifiques et des sciences nucléaires auprès des jeunes. Leur mission est de parvenir à une vision claire des pratiques dans chacun de ces domaines des deux côtés de la Manche, d’identifier des pistes d’amélioration et d’accompagner leur mise en place.

​Avancée des travaux

À l’issue du premier séminaire, les groupes de travail ont exploré leur thématique, en se concentrant essentiellement sur l’analyse des pratiques dans les deux pays, séparément. Le second séminaire, organisé début novembre, a permis de faire émerger des objectifs communs.

On retiendra à titre d’exemple que le groupe sur l’expertise s’est fixé celui de dresser un panorama des domaines faisant face à un manque généralisé d’experts, grâce à une enquête large auprès des différents organismes et entreprises du secteur. L’origine de ces déficits sera recherchée afin de proposer des mesures correctives.

Autre exemple, le groupe sur les carrières et la formation professionnelle cherche à simplifier les échanges de main d’oeuvre qualifiée et certifiée entre les deux pays. Aujourd’hui les certifications ont un périmètre national, et toute personne employée amenée à travailler de l’autre côté de la Manche doit y être requalifiée. Une comparaison des processus de formation et de certification dans un domaine précis (comme la radioprotection) a donc été amorcée pour étudier la faisabilité d’une certification commune.

Plusieurs groupes ont relevé que l’image dégradée de l’énergie nucléaire dans l’opinion obère l’attractivité de la filière et complexifie le recrutement des talents dont elle a besoin. L’une des raisons avancées réside dans la communication des acteurs du secteur qui se concentrent sur ce qui inquiète (sûreté, démantèlement, déchets) plutôt que sur les points forts du nucléaire (puissant outil de lutte contre le changement climatique, atout de sécurité énergétique…).

Enfin, il est nécessaire que la filière soit parfaitement structurée et organisée, ce qui est le cas au Royaume-Uni avec le NSSG et la NIA [3], mais à parfaire en France avec le CSFN [4] et le GIFEN [5].

Prochain point d’étape au printemps 2019

Un prochain séminaire devrait être organisé au printemps 2019 afin d’établir un point d’avancement et définir de nouveaux objectifs, juste après la sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne. Afin de faire prévaloir l’amitié qui lie les deux pays, au-delà d’une volonté forte de collaboration dans le domaine du nucléaire, cette rencontre se déroulerait en Normandie. Un lieu et symbole fort, à l’approche des célébrations des 75 ans du débarquement.

Crédit photo : EDF Energy

1.

Nuclear Skills Strategy Group

2.

Institut national des sciences et techniques nucléaires

3.

Nuclear Industry Association

4.

Comité stratégique de la filière nucléaire

5.

Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire