24.02.2016

Cigéo : la réversibilité, comment ça marche ?

laboratoire bure andra
Publié par Isabelle Jouette (SFEN)

L'Andra vient de publier une note de positionnement sur la réversibilité pour préciser sa posture et ses propositions sur la réversibilité du projet Cigéo. Le Parlement a inscrit la réversibilité du projet Cigéo dans la loi dès 2006. Les conditions de cette réversibilité doivent maintenant être précisées et feront l’objet d’une nouvelle loi qui devra être votée avant l’autorisation de création du stockage profond des déchets radioactifs. 

Dès 1991, date des premiers actes législatifs en matière de gestion des déchets nucléaires, le Parlement a évoqué le sujet de la réversibilité de leur stockage et ce, pour ne pas enfermer les générations futures dans une solution unique. Et pour rester capable de s’adapter aux politiques énergétiques, y compris si le retraitement des déchets devait être abandonné.
 

Réversibilité : qu’est-ce que c’est ?

La réversibilité n’est pas qu’un poème de Baudelaire ! Pour ne rester que dans les domaines scientifiques, la réversibilité c’est aussi le retournement temporel, la faculté d’un véhicule à aller dans un sens puis dans l’autre,  ou encore l'impossibilité pour un système de retrouver spontanément et exactement son état antérieur à une modification.

Dans le cas de Cigéo, le concept de réversibilité a évolué au fil des débats, des discussions d’experts et des échanges avec le public. Pour l’Andra, c’est d’abord une vision de l’avenir qui consiste à choisir aujourd’hui un système de décisions qui ne soient pas gravées dans le marbre et laisser aux générations futures la possibilité de faire des choix. En clair, les enfants de nos petits-enfants et celles et ceux qui viendront après eux, ne doivent pas être prisonniers de nos décisions. Ils pourront poursuivre Cigéo tel qu’il a été conçu, le modifier ou encore le reconsidérer intégralement. Reste que seule la loi pourra autoriser sa fermeture définitive. Et c’est aussi la loi qui va définir les conditions de réversibilité du stockage avant que la demande d’autorisation de création ne soit déposée.

Mais la réversibilité de Cigéo ne se réduit pas à la seule possibilité technique de « récupérer » les colis stockés.
 

Le concept de réversibilité évolue

Le sociologue Michel Callon, qui accompagne l’Andra dans ses réflexions sur la dimension sociétale de ses activités, rappelle que la réversibilité a connu plusieurs définitions qui se complètent.

La première, technico-économique, affirmait qu’un stockage était réversible si les colis qu’il contenait pouvaient être récupérer à un coût acceptable ; c’est la « récupérabilité ». Une seconde conception, plus décisionnelle, ajoute des exigences opérationnelles pour permettre aux générations futures de « marquer une pause dans la mise en œuvre de Cigéo ou de revenir en arrière ». Le concept le plus récent est celui de la réversibilité « politico-morale » qui englobe la récupérabilité, la possibilité de continuer, de s’arrêter ou de tout reprendre à zéro et même de mettre à disposition des générations futures une palette de choix au moins équivalente à celle dont nous disposons aujourd’hui.

Ce dernier élément suppose de doter la génération suivante de moyens et ressources technologiques et scientifiques, de savoir-faire, d’instruments d’évaluation et de structures de gouvernance qui lui permettront, selon ses propres références et des progrès, de continuer dans la voie tracée, de développer d’autres options ou encore de récupérer tout ou partie des déchets.
 

Mais sur quoi revenir ?

Si le stockage géologique est conçu pour être fermé à terme - confinant ainsi la radioactivité des colis et ne nécessitant plus d’actions humaines - il n’en reste pas moins réversible. Il doit pouvoir s’adapter à un changement de cap en matière  de politique énergétique, une découverte scientifique, des avancées technologiques… Sa conception laisse des marges de manœuvres : il sera possible de continuer d’exploiter comme prévu initialement, de faire évoluer ou de revenir en arrière. Possible aussi d’accélérer ou ralentir la construction de l’installation. Possible encore d’anticiper ou reporter sa fermeture définitive. Les plans initiaux pourront aussi être modifiés pour s’adapter à de nouveaux types de colis de déchets, à des foreuses plus performantes pour creuser les galeries, ou encore intégrer les nouvelles connaissances acquises. 

Ainsi, le plan directeur pour l’exploitation (PDE) de Cigéo que l’Andra prépare intègrera notamment le calendrier prévisionnel de réception des colis de déchets et les étapes de l’exploitation du centre de stockage (construction, phase pilote, exploitation, etc.). Discuté avec l’Autorité de sûreté et les représentants de la société civile, le PDE aidera les générations futures  à utiliser - ou non - la possibilité de réversibilité qui leur est offerte.
 

Les moyens de la réversibilité

La réversibilité impose un travail d’anticipation le plus exhaustif possible : que pourraient souhaiter les générations futures ? Et surtout qu’est ce qui serait techniquement nécessaire ? L’Andra propose plusieurs outils.

D’abord, il est indispensable de poursuivre la recherche et l’acquisition des connaissances. La phase industrielle pilote de Cigéo permettra de mener des essais en conditions réelles tout en intégrant les avancées des travaux de R&D. Tous les faits, actes et décisions relatifs au centre de stockage seront - et sont déjà - mémorisés. Le calendrier de réception des colis sera suffisamment évolutif et souple pour être modifié le cas échéant, si les conditionnements devaient changer, par exemple.

La société civile, partie prenante du projet depuis son origine, continuera d’être impliquée et participera aux décisions prises sur le stockage. Tout au long de l’exploitation (prévue sur 4 générations, soit environ 120 ans), des moyens techniques faciliteront le retrait éventuel de colis de déchets : robots pour retirer les colis, capteurs pour suivre leur évolution, revêtements spécifiques pour empêcher la déformation des alvéoles… Et au-delà, le suivi du stockage permettra d’évaluer son comportement et de prolonger ou non la durée de récupérabilité.

Les installations souterraines de Cigéo seront construites par phases successives pour intégrer le progrès continu, à mesure des besoins. Leur modularité pourra s’adapter aux modifications que les générations futures pourraient leur apporter. Et permettra de construire de nouveaux ouvrages le cas échéant. Enfin, l’Etat et les évaluateurs contrôleront Cigéo (inspections, réexamens de sûreté, processus d’autorisation…), constituant ainsi une base aux prises de décisions futures.


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