28.08.2017

Le Canada met le cap sur les SMR

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Par Tristan Hurel, SFEN

Dans le contexte de la lutte contre le changement climatique et la pollution de l'air, le Canada mise sur le développement de nouvelles technologies nucléaires : petits réacteurs modulaires, sels fondus, thorium et même fusion.

Pionnier, le Canada a abrité dès 1945 le premier réacteur non-américain à Chalk River (Ontario), le ZEEP (Zero Energy Experimental Pile). Ce réacteur, l’un des premiers à eau lourde, utilisait de l’uranium naturel et a contribué au développement du CANDU (CANada Deuterium Uranium), le réacteur made in Canada.

Grâce à une forte production hydraulique, les 16 % d’énergie nucléaire permettent au Canada de figurer parmi les quelques pays à respecter les objectifs climatiques fixés par le GIEC pour 2050 : produire 80 % de l’électricité sans émettre de CO2.

L’Association nucléaire canadienne (CNA), think-tank du nucléaire

Plus ancienne association nucléaire après l’American Nuclear Society, la CNA accompagne depuis 1960 le développement de l’énergie nucléaire au Canada. L’association promeut notamment le développement de nouveaux concepts de réacteurs comme les petits réacteurs modulaires (SMR). Engagée dans la lutte contre le changement climatique, la CNA milite par ailleurs pour l’adoption d’un prix du carbone national.

Le nucléaire au coeur de l’agenda climatique canadien

Dans un contexte de forte croissance de la demande électrique, le Canada intègre l’énergie nucléaire dans ses scénarios de lutte contre le réchauffement climatique. En effet, cinq des six scénarios énergétiques présentés dans son rapport [1] remis à la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques fin 2016 tablent sur une augmentation de la capacité installée nucléaire. Trois de ces scénarios multiplient la part de l’atome par 7 - 8.

Le rapport pointe le rôle futur des SMR, notamment pour remplacer les générateurs diesel alimentant les nombreuses communautés isolées de ce pays grand comme 18 fois la France, ainsi que du thorium [2] et de la fusion.

Au niveau politique, le Canada est l’un des sept pays de l’initiative Mission Innovation à promouvoir le nucléaire comme un levier d’action climatique. En juin 2016, les trois pays d’Amérique du Nord (Mexique, États-Unis et Canada) avaient affirmé que l’énergie nucléaire était partie prenante de la solution climatique.

En Ontario, un air plus sein grâce au nucléaire

Province la plus peuplée du Canada, l’Ontario produit l’essentiel de sa consommation électrique à partir du nucléaire (60 %). Dix-huit des 19 réacteurs du pays en fonctionnement y sont implantés. Cette base de production a facilité la fermeture progressive de l’intégralité des centrales au charbon de la province. L’apport nucléaire a été déterminant : de 2000 à 2013, la production d’électricité nucléaire a augmenté de 20 % quand la part du charbon baissait de 27 %. Grâce à la seule production nucléaire de la province, près de 45 millions de tonnes de CO2 ont été évitées.

Le rapport [3] du Toronto Public Health de 2014 souligne ainsi les bénéfices de ces fermetures favorisées par la base nucléaire : depuis 2004, le nombre de morts prématurées a chuté de 23 % et les hospitalisations causées par la pollution de l’air de 41 %.

Une terre d'accueil des petits réacteurs

Le Canada s’intéresse de près aux nouveaux concepts de réacteurs. Plusieurs des start-up nord-américaines y sont basées, dont Terrestrial Energy, qui développe un SMR à sels fondus. Le britannique Moltex a, quant à lui, choisi le Canada pour faire certifier auprès de l’Autorité de sûreté (CCSN) son réacteur de 4e génération. Le Canadian Nuclear Laboratories (CNL) a franchi un pas supplémentaire début juin en invitant à la discussion les développeurs, les clients potentiels et toutes parties intéressées par le développement des SMR au Canada, avec l’ambition qu’un SMR soit installé sur son site pionnier de Chalk River dès 2026.

Pour en savoir plus cna.ca

Crédit photo : Wikimedia Commons

Légende : Le Chalk River Laboratories accompagne les projets nucléaires canadiens depuis leurs débuts et abritera les prochains modèles de réacteurs

1.

Canada’s mid-century long-term low-greenhouse gas development strategy.

2.

Le thorium, plus abondant que l’uranium, pourrait remplacer ce dernier en tant que combustible dans certains nouveaux types de réacteurs à fission.

3.

Toronto Public Health (TPH). 2014. Path to Healthier Air : Toronto Air Pollution Burden of Illness Update. Technical Report.