17.09.2019

L’Australie se penche sur l’atome

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Gaïc Le Gros (SFEN) - © crédit photo - Rob Deutscher - Melbourne

Bien que l’Australie soit le troisième producteur mondial d’uranium, le pays ne dispose d’aucune centrale nucléaire. En effet depuis 1999 l’atome est interdit par l’EPBC Act (Environment Protection and Biodiversity Conservation Act). Un paradoxe relevé par le Premier ministre Scott Morrisson qui remet l’énergie nucléaire dans le débat public national.

L’Australie est un pays de 25 millions d’habitants, riche en ressources qui produit 85 % de son électricité avec des énergies fossiles[1]. Dans une situation marquée par l’abondance de ressources minières et par la méconnaissance du réchauffement climatique, l’Australie a interdit l’énergie nucléaire. « On pensait à l’époque que l’Australie n’aurait pas besoin de nucléaire », précise Patrick Gibbons, directeur Changement climatique, Environnement et Energie du Mineral Council of Australia. Le nucléaire a été banni par deux lois, la première en 1998 dans le cadre du « ARPANS » (Australian Radiation Protection and Nuclear Safety Act) interdisant certaines installations nucléaires et la seconde, l’EPBC Act, plus importante encore, refusant tout projet de construction d’une centrale nucléaire.

2019, un vent favorable au nucléaire

Les temps ont changé et le gouvernement souhaite mieux connaître la faisabilité d’une politique nucléaire. Selon Patrick Gibbons, on peut noter quatre changements majeurs qui ont fait évoluer le débat :

- L’importance de la lutte contre changement climatique : les rapports de toutes les grandes institutions, AIEA, GIEC, IPCC soulignent l’urgence de réduire ses émissions de Co2 et donc la nécessité de développer des moyens de production pilotables bas carbone.

- Le vieillissement des centrales à charbon : la moyenne d’âge des centrales est de 34 ans et 1/3 des centrales devraient fermer d’ici à 2030 (70 % de la production électrique).

- Les prix de l’électricité : en 10 ans les prix de l’électricité ont augmenté de 90 %. Le MWh électrique peut atteindre 400 à 500 $ australien (entre 250 et 310 €), soit autant qu’en Allemagne (60 à 70 % plus cher qu’en France).

- L’opinion public : Le nucléaire a une image qui évolue positivement, en particulier auprès des jeunes générations. L’argument « zéro émission » et les technologies de pointe qui caractérise l’industrie nucléaire séduisent de plus en plus.

Une prise de température

C’est dans ce cadre qu’en août 2019, un débat public national a été lancé à l’aide de trois enquêtes (inquiries) à différents niveaux de gouvernance. La plus importante est au niveau fédéral et porte sur l’exploitation de l’énergie nucléaire alors que les deux autres sont au niveau des Etats fédérés et portent également sur la levée de l’interdiction de l’exploitation de l’uranium (Etats de New South Wales et Victoria).

L’enquête fédérale a été lancée par Angus Taylor, le ministre de l’Energie et de la réduction des émissions de CO2 et est pilotée par le Comité sur l’Environnement et de l’énergie dont le président est Ted O’Brien, libéral, conservateur et pro SMR.

Ce comité est composé de plusieurs partis, dont l’opposition travailliste représentée par Josh Wilson (Vice-président du comité) et Josh Burns.

Priorité aux SMR ?

Selon Patrick Gibbons, les SMR s’adaptent bien au contexte australien car ils sont moins chers, plus rapides à construire et peuvent répondre à des besoins locaux dans des régions parfois reculées. Les SMR américains de Nu-Scale par exemple coûteraient aux alentours de 250 millions de dollars américains soit 227 millions d’euros.

L’éolien fait polémique

En juillet 2019, Bob Brown, l’ancien leader des verts australiens, tout en reconnaissant l’importance de l’éolien pour le climat, s’est opposé à un projet de ferme éolienne en Tasmanie. Bob Brown accuse le projet éolien de défigurer la beauté des paysages et de tuer énormément d’oiseaux migrateurs, notamment des espèces menacées. Les énergies renouvelables représentaient environ 15 % du mix électrique pour l’année 2016 dont 6,3 % pour l’hydraulique, 4,9 % pour l’éolien et 3,1 % pour l’énergie solaire.

Le vendredi 20 septembre de nombreuses "marches pour le climat" (Global #ClimateStrike ) sont prévues dans tout le pays. Le nucléaire peut apporter à l’Australie une solution énergétique pilotable 24/7 et bas carbone en accord avec sa politique environnementale. Le comité doit écrire son rapport avant la fin de l’année. 

[1] Chiffres de 2016-17 https://www.energy.gov.au/sites/default/files/australian_energy_update_2...