20.11.2018

L’administration américaine soutient le développement des microréacteurs

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Par la rédaction et l'Ambassade de France aux Etats-Unis

Réacteurs d’une puissance inférieure ou égale à 10 MWe, les microréacteurs suscitent un intérêt croissant. Au vu de leurs avantages (source d’énergie résiliente, disponibles sur des longues durées) et de leurs inconvénients (compétitivité économique difficile), un client tout désigné, qui ne se focalise pas sur les questions de coût, semble se dessiner aux Etats-Unis : le Department of Defense (DOD)... avant peut-être d'alimenter les sites civils isolés, notamment du grand Nord.

Le DOD s’intéresse depuis plusieurs années au développement de la filière. Ses besoins nécessitent moins de puissance qu’un SMR. Si les microréacteurs restent peu connus et peu étudiés, le National Defense Authorization Act de 2019 adopté par le Congrès les a récemment mis sous le feu des projecteurs, requérant explicitement une collaboration entre le Departement of Energy (DOE) et le DOD afin de construire et de mettre en exploitation un premier microréacteur d’ici 2027. L’industrie nucléaire américaine, qui voit dans les immenses moyens de la Défense des opportunités de financement de la recherche et de relance d’une supply-chain, attendait ce signal signal depuis longtemps. Et pour cause, en 2016 le DOD a dépensé 3,7 Mds$ pour l’approvisionnement énergétique de ses installations et utilise, notamment en Alaska, des centrales à charbon avec des puissances de l’ordre de 25 MWe. Ainsi, selon le NEI, 90% des installations du DOD pourraient satisfaire leurs besoins avec des centrales de 40 MWe ou moins.

Les think tanks établissent les roadmaps nécessaires pour les construire

S’appuyant sur les développements de divers produits industriels déjà engagés (NuScale (1-10 MWe), General Atomics (4-10 MWe), Oklo (2 MWe) et Westinghouse (200 kWe-15 MWe)), des think tanks et le NEI oeuvrent de manière active à convaincre les décideurs politiques de l’intérêt du sujet (ce qui a conduit à l’introduction du Nuclear Energy Leadership Act et au vote du Nuclear Energy Innovation Capabilities Act) et tentent d’assoir un cadre propice au déploiement des microréacteurs.

Le rapport du NEI « Roadmap for the Deployment of Micro-Reactors for U.S. Department of Defense Domestic Installations » est une matérialisation intéressante de cet effort. Selon le NEI, il faudrait moins de 10 ans pour que les premiers microréacteurs puissent équiper des bases militaires, avant de s’étendre ensuite à d’autres clients (sites miniers, etc…). Subsiste toujours le point dur que constitue le licensing : malgré des améliorations notables en matière de sûreté (cf. NuScale), le licensing d’un petit réacteur n’est pas véritablement à ce stade ni plus court ni moins couteux que celui d’un réacteur de forte puissance classique. Une incohérence pour des réacteurs qui ne devrait pas couter plus de quelques dizaines de millions de dollars.

Dans son rapport « Planting the seeds of a distributed nuclear evolution », le think tank The Breakthrough propose une simplification pour le licensing : adopter pour les microréacteurs la même règlementation (moins contraignante) que pour les réacteurs de recherche (souvent plus puissants). Par là même, les think tanks washingtoniens montrent une nouvelle fois leur force de proposition ainsi que leur rôle crucial pour accompagner l’administration américaine dans sa volonté de rattrapage des concurrents chinois et russes. A noter aussi qu'une grande partie de ces propositions pourraient ensuite bénéficier aux démonstrateurs de nouveaux concepts de réacteurs, dont ceux de 4e génération.

Cet article est un résumé d'articles parus dans la presse. Il n'engage en aucun cas ni la responsabilité de l’Ambassade de France aux Etats-Unis, ni celle de son Service nucléaire.