12.12.2017

2018, année de l'EPR

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Par Dominique Ochem, Conseiller nucléaire de l'Ambassade de France en Chine

Editorial de Dominique Ochem, paru dans la 89e édition des Nouvelles Nucléaires de Chine.

Inattendue, cette phrase de Nur Bekri prononcée lors du dialogue de haut niveau sur les échanges économiques et financiers[1] : « j'encourage les industriels à démarrer l'EPR pour qu'il soit le premier réacteur de génération III dans le monde ». Il le disait devant une délégation française, mais tout de même…

Etonnante aussi, cette nouvelle charge de Madame Wang contre la NNSA et sa supposée légèreté par rapport à l'autorisation du chargement du combustible du premier AP1000 en Chine. Influente, Mme Wang, le chargement est en effet toujours bloqué alors que les procédures, terminées depuis cet été, auraient dû permettre le chargement dès le début de l’automne.

Pas cool, cette société de consulting américaine, qui fait l’effort de traduire et publier sur son site un article de Wen Hongjun. Ce retraité de CNNC publie un article au vitriol sur l’AP1000,  très critique sur Westinghouse (AREVA et l’EPR égratignés aussi au passage, mais égratignés seulement), qui résume bien le sentiment d'une partie des décideurs chinois de s'être fait grugés dans cette affaire.

Ce climat d’incertitude sur l’AP1000 bloque le lancement de nouveaux projets. En effet, si la compétition pour que l’AP1000 soit le premier GIII en opération en Chine est quasi-terminée au profit de l’EPR, la compétition réelle pour la poursuite du déploiement du marché chinois se joue entre AP1000 et Hualong. On sent bien l’envie de remplacer certains projets AP1000 par des Hualongs, mais les décideurs hésitent à franchir le pas en l’absence de retour d’expérience sur les têtes de série en cours de construction. Et puis c’est tout de même 20 AP1000 dont l’achat de composants a été lancé, et réalisé à des degrés divers. Sans parler même du CAP1400, dérivé grande puissance de l’AP1000, lui aussi dans les starting blocks. Dans ce contexte, le lancement d’une troisième tranche Hualong CNNC au Pakistan apparait comme une poire pour la soif pour les constructeurs chinois, dont la supply chain commence à trépigner, ce qui n’est pas sans conséquence non plus sur leurs homologues français installés sur le marché chinois. Cette période de procrastination n’est pas propice mais sur le long terme la multiplication des projets de Hualong est probable, ce qui est quand même favorable à la supply chain française, même si le Hualong est présenté comme un standard 100 % chinois. La signature d’un accord sur les codes et standards entre l’AFCEN et la NEA, le 30 novembre dernier, après deux ans de négociations vient renforcer cette tendance.

2018 sera aussi, on l’espère, l’année du cycle à la française, et le déplacement récent du Président de la CNNC à Mélox, après plusieurs déplacement de responsables chinois à la Hague, est un signal de plus de l'intensification des négociations dans ce domaine.

La coopération sur la fusion n'est pas en reste non plus. La relation bilatérale a toujours été forte dans ce domaine. On se souvient encore de l'indéfectible soutien de la Chine lors de la compétition entre le site de Cadarache et celui de Rokkasho mura au Japon. La création du centre commun entre la France et la Chine sur la fusion (SIFFER), pour répondre ensemble aux besoins d’ITER, mais aussi des projets Chinois, est un signal fort d’aller encore plus loin. Là encore, c’est bien en Chine qu’il faut être. En effet, non contente de lancer des projets sur tous les concepts de GIV sélectionnés par le forum Génération IV (GIF) dans le domaine de la fission, dans celui de la fusion, la Chine a aussi bien l'intention de construire son démonstrateur toute seule (CFETR).

Crédit photo : TNPJC

Légende : Etat d'avencement du chantier EPR 1 et 2 de la centrale de Taishan en 2017. Le site est localisé dans une région de première importance pour le pays.