05.09.2016

1/8 - Une révolution est en marche, elle transformera le nucléaire

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

L’industrie nucléaire, troisième filière industrielle de France[1], est à un moment charnière de son histoire. Financièrement fragilisée et confrontée à des difficultés internes, elle doit se réinventer pour à nouveau exporter son savoir-faire, relever les défis du grand carénage et du renouvellement du parc, et contribuer à la réduction des émissions de CO2. Inspirée par l’aéronautique, industrie pionnière de la révolution numérique, la filière française est en marche. Des grands groupes aux PME, de la construction au démantèlement en passant par la fabrication des composants, le nucléaire intègre de nouveaux procédés, redéfinit ses modes de fonctionnement, et dessine les contours de l’industrie du futur.   

La déferlante numérique

Tous les secteurs sont concernés

En quelques années, le numérique a déployé ses outils dans tous les secteurs (santé, agriculture, mobilité, énergie, etc.), bouleversant les modèles existants. Développés depuis plus de 15 ans dans l’aéronautique et l’automobile, ses outils (Product Life Management[2], outils de modélisation 3D, big data, …) ont permis de réduire de près de 50 % le temps et de 30 % le coût de développement d’un produit.

Les industriels du secteur, russes et chinois en tête, sont désormais nombreux à penser qu’adaptés aux enjeux du nucléaire, ces outils pourraient accélérer les temps de conception, et renforcer la constructibilité et l’industrialisation de leurs projets.

Le digital au service de la compétitivité et la sûreté des chantiers nucléaires

Les outils numériques permettent de mettre à jour, archiver et analyser une quantité toujours plus importante de données. Puis, de les partager avec l’ensemble des acteurs de la chaîne, des donneurs d’ordre aux sous-traitants en passant par l’autorité de sûreté. Cette continuité et cette fluidité de l’information bénéficient à la sûreté et renforce l’efficacité des opérations.

La connaissance en temps réel de l’ensemble des données relatives à une installation nucléaire ouvre un nouveau champ des possibles. L’exploitant peut désormais anticiper et évoluer vers une maintenance prédictive des installations. En outre, le recours à la modélisation 3D, permet aux industriels d’élaborer avec précision les opérations d’un chantier, qu’il s’agisse de construction, de maintenance ou de démantèlement.

L’industrie du futur

L’industrie nucléaire étudie la fabrication additive qui, par rapport à la fabrication soustractive, permettrait de diviser par cinq la quantité de matière utilisée. Un gain substantiel compte tenu du coût de certains alliages. L’impression 3D permettrait également de fabriquer des pièces complexes et en petite série, tout en limitant les coûts. Enfin, la chaîne de fabrication étant entièrement numérisée, les caractéristiques des pièces pourraient être facilement archivées et retrouvées en cas de besoin. Un argument de poids dans une industrie qui compte la durée de vie de ses produits en décennies.

Cependant, pour être déployée à grande échelle, cette méthode de fabrication doit répondre aux exigences de sûreté du secteur et démontrer que les nouvelles pièces seront aussi fiables que les anciennes. Il s’agit là d’une condition sine qua none. Cette prochaine révolution ne réduira pas pour autant les délais de qualification d’une pièce, qui continueront de s’échelonner sur une dizaine d’années. Raison pour laquelle, la fabrication additive doit être envisagée dès maintenant, en commençant d’abord par des produits qui se trouvent en dehors de l'îlot nucléaire d’une centrale.

Des nouveaux modes de collaboration

L’innovation technologique et la transformation numérique ne seront pas les seuls leviers permettant à la filière de réaliser les gains de compétitivité. Dans l’industrie, les modes de travail (entreprise étendue, open innovation, etc.) évoluent pour aller vers une plus grande collaboration de l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur et une meilleure intégration des talents, des idées et des solutions, d’où qu’ils viennent. De l’EPR-NM à celui d’Astrid, ces méthodes s’appliquent déjà, démontrant quotidiennement l’efficacité de la filière et la force de l’intelligence collective.  

 

1.

L’industrie nucléaire est la troisième filière industrielle de France derrière l’automobile et l’aéronautique (Source : Ministère de l’Industrie - 2015)

2.

Le Product Lifecycle Management (PLM, littéralement « gestion du cycle de vie des produits ») désigne un cadre organisationnel et un ensemble de concepts, méthodes et outils logiciels dont le but est de créer et de maintenir les produits industriels tout au long de leur cycle de vie, depuis l'établissement du cahier des charges du produit et des services associés jusqu'à la fin de vie, en passant par le maintien en conditions opérationnelles.

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