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THÉORIES
ACTUELLES ET VOIES DE RECHERCHE SUR L'ACTION DES FAIBLES DOSES
par Jacques LAFUMA (ancien
Chef du Département de protection sanitaire au CEA, membre
de la CIPR), Roland MASSE (Président honoraire
de l'OPRI), Pierre BACHER (ancien Directeur technique
de l'Équipement à EDF), Yvon GRALL
(Professeur émérite de Biophysique et de Médecine
Nucléaire)
AVERTISSEMENT
: Le sujet développé ci-après est particulièrement
complexe et les recherches en cours nombreuses. Il faut donc considérer
ce texte comme une mise au point transitoire qui a pour vocation
d’être fréquemment remaniée.
1. Historique
Les rayonnements ionisants transfèrent leur énergie
aux tissus vivants, ce qui provoque des lésions des tissus
dont la nature dépend de la quantité d'énergie
transférée, c'est-à-dire de la dose. Aux fortes
doses (toujours supérieures à 1 Gy) les lésions
des différents tissus sont sévères et peuvent,
dans certains cas, entraîner la mort de l'individu. Mais elles
n'apparaissent plus en dessous d'une valeur seuil, variable suivant
les organes dont la "radiosensibilité" n’est
pas la même. Les niveaux des seuils sont connus grâce
à l'expérience des radiothérapeutes et aux
survivants soit d'Hiroshima, soit des accidents graves mettant en
jeu de très fortes doses de rayonnements ionisants. En dessous
de ces seuils, on ne peut observer que l’apparition de cancers
chez certains individus, apparemment répartis au hasard dans
la population (ce "hasard" pouvant d’ailleurs être
partiellement déterminé par une prédisposition
génétique). Le pourcentage des malades sera d’autant
plus faible que la dose est petite.
La relation entre la dose et l’induction des cancers sera
donc d’ordre statistique. Mais la forme de cette relation
dose-effet dépendra des mécanismes biologiques impliqués
dans la genèse des cancers. Enfin, chez des animaux irradiés,
on a pu observer des mutations pathologiques dans leur descendance,
alors que chez l’homme, si certaines mutations peuvent aussi
être transmises aux enfants de pères irradiés,
on n’a pas pu établir que ces mutations étaient
associées à des pathologies spécifiques.
Les anatomo-pathologistes de la fin du XIXe siècle, suivant
VIRCHOW pour qui les cellules d'un cancer se gâtaient les
unes les autres, étaient dans leur ensemble partisans de
l'origine tissulaire des cancers. La perte du contrôle tissulaire
était due au vieillissement et, pour les premiers radiobiologistes,
celui-ci était accéléré par les radiations
ionisantes. En 1928, dans sa publication n° 1, la CIPR intégrait
dans ses études des risques somatiques les lésions
dues aux fortes doses, les cancers connus à l'époque
(leucémies et ostéosarcomes) et le raccourcissement
de la durée de la vie. La limite pour les travailleurs était
un débit de dose équivalente hebdomadaire de 0,3 rem
(3 mSv).
Les cancers : anarchistes ou léninistes ?
À la fin du dix-neuvième
siècle, on assimilait le fonctionnement des tissus
vivants à celui d'une société humaine.
Les révolutionnaires, cherchant à abattre un
régime de l'intérieur, se divisaient en deux
camps : les anarchistes pour qui l'action de quelques individus
suffisait et les léninistes pour qui la première
étape devait être l'affaiblissement de la structure
étatique. Avant la découverte des rayons X,
comme on assimilait la cellule à un individu et le
tissu à la société, les médecins
avaient imaginé deux théories sur l'origine
des cancers. Dans l'une, il était la conséquence
de l'atteinte d'une seule cellule qui, devenue anormale, transmettait
l'anomalie à ses descendantes qui envahiraient le tissu.
Dans l'autre, l'origine du cancer était due à
la perte d'un contrôle tissulaire qui n'était
plus capable d'empêcher la prolifération
des cellules anormales. |
Ce n'est qu'avec la découverte de l'ADN et les progrès
de la génétique moléculaire que la théorie
de l'origine cellulaire devint prépondérante. En 1976
la CIPR, dans sa publication 26, prit cette théorie pour
base de ses recommandations. Elle décrivit le risque de cancers,
le seul existant aux faibles doses, par une relation linéaire
sans seuil reliant la dose, et non plus le débit de dose,
avec le taux d'incidence de cancers mortels. En combinant la pente
de la relation sans seuil avec un critère sociologique, elle
fixa pour les travailleurs une limite annuelle de dose efficace
de 50 mSv, le débit de dose n'intervenant pratiquement plus.
En 1989, dans sa publication 60, la CIPR reprit la même philosophie.
Cependant, grâce aux apports nouveaux de la biologie moléculaire,
des équipes de recherche médicale ont développé
depuis quelques années une approche nouvelle de la théorie
tissulaire qui ouvre d'importantes perspectives pour la compréhension
des phénomènes de cancérogenèse comme
pour le traitement des cancers.
La forme de la relation qui relie les très faibles doses
(de l'ordre de grandeur de la radioactivité naturelle) et
la radioinduction des cancers est impossible à déduire
de l'épidémiologie. En effet le risque, s'il existe,
ne saurait être apprécié qu'en utilisant des
populations trop importantes (voir article "Rayonnement et
médecine"). On ne pourra donc le préciser qu'à
partir des connaissances médicales sur les mécanismes
qui interviennent dans l'induction des cancers. Ces connaissances
conditionnent la validité des mesures prises pour assurer
la radioprotection des populations et des travailleurs. Pour se
faire une opinion, il faut donc étudier les conséquences
des différentes théories en présence et ne
pas négliger l’hypothèse selon laquelle elles
interviendraient conjointement.
2. La théorie cellulaire
La théorie "cellulaire" est basée essentiellement
sur des observations considérant une cellule "isolée"
soumise à différents types d’agression. Les
cancers radio-induits auraient dans ce cas leur origine dans la
transformation cancéreuse d'une unique cellule sous l'action
des rayonnements. La cible de ces derniers est l'ADN des chromosomes
de la cellule. Les rayonnements ionisants induisent des mutations
de l'ADN avec une probabilité constante pour la même
dose. Parmi les mutations possibles, une proportion constante d'entre
elles peut conduire de la cellule normale vers la cellule cancéreuse.
À toute dose est donc associé un risque de cancer
(absence de seuil). Dans cette théorie, la structure du génome
fonctionne de façon rigide et toute modification doit avoir
des conséquences sur son fonctionnement. Il n'y a que peu
ou pas de place pour la plasticité fonctionnelle.
Les quatre arguments principaux présentés pour étayer
cette théorie sont les suivants :
• Il reste toujours une fraction des lésions qui ne
seront pas réparées
• Les masses tumorales sont des clones de cellules mutées
ce qui peut indiquer qu'une seule cellule est à l'origine
des cancers.
• À Hiroshima la relation dose-effet, au-dessus de
50 mSv et pour l'ensemble des cancers, obéit à une
loi linéaire dont la droite représentative peut passer
par l'origine. Notons toutefois qu’il n’y a d’excès
statistique réel qu’au dessus d’une dose de 200
mSv mais qu’un excès de cancers chez l’enfant
est suspecté à partir d’une irradiation in utero
de 10 à 20 mSv (UNSCEAR 2000).
À ces arguments sont ajoutées des explications nombreuses
et complexes sur le rôle de différents gènes
qui interviennent dans la radiocancérogénèse.
Actuellement, les spécialistes ont tendance à considérer
la cancérisation comme un "processus darwinien".
Ceci signifie qu’il faut, comme dans la lutte entre les espèces,
que les cellules cancéreuses présentent un "avantage
décisif " par rapport aux autres cellules pour assurer
leur prolifération sans contrôle aux dépens
des structures normales du tissu.
On sait que les cellules cancéreuses sont caractérisées
à la fois par l’activation "d’oncogènes"
(qui entraînent leur prolifération anarchique) et par
la perte de gènes suppresseurs précisément
chargés de réguler cette prolifération.
De plus, la division cellulaire est sous la dépendance de
l’intégrité de ce qu’on appelle les "télomères",
chaînes moléculaires spécifiques situées
à l’extrémité des chromosomes et liées
à la capacité de reproduction des cellules. Ces chaînes
"s’usent" lors de chaque division de la cellule
normale et finissent par ne plus être capables d’induire
une division cellulaire correcte, d’où la mort à
brève échéance de la cellule par sénescence
et l’arrêt de la lignée. Dans les cellules épithéliales
sénescentes, la perte progressive de la partie terminale
des télomères semble de plus associée à
une "crise générale" dans laquelle la majorité
des cellules succombent
Or, dans le cas des cellules humaines en voie de cancérisation,
la sénescence est évidemment un gros obstacle qui
nécessite pour être vaincu la "réactivation
de la télomérase" réparant ou maintenant
intacts les télomères et aboutissant ainsi à
l’immortalité cellulaire. De plus, certaines cellules
peuvent précisément profiter de l’instabilité
créée dans les chromosomes pour acquérir une
mutabilité accrue, premier chaînon éventuel
d’une cancérisation ultérieure. La réactivation
de la télomérase apparaît ainsi comme une condition
permissive mais non causale de l’évolution vers le
stade de cancer. Expérimentalement, on sait en effet que
dans certaines lignées de souris prédisposées,
l’instabilité génétique peut être
induite dans des tissus en développement sans entraîner
d’évolution tumorale.
Jointe à d’autres phénomènes, cette instabilité
génomique (le nombre de mutations étant élevé
dans les cellules cancéreuses) multiplie cependant les chances
de voir s’exprimer une mutation favorable au développement
de la cellule anormale et entraîne une suprématie importante
de la cellule cancéreuse dotée de plus d’une
quasi-immortalité.
Cependant, la théorie cellulaire résumée ci-dessus,
malgré les brillants résultats expérimentaux
qu’elle a permis d’obtenir, ne répond pas de
façon entièrement satisfaisante à un grand
nombre de questions fondamentales. Citons par exemple :
- Quand on connaît la réactivité des tissus
à toute ingérence "étrangère"
en leur sein, peut-on admettre l’hypothèse selon laquelle
une seule cellule touchée, à l’ADN modifié,
puisse continuer à vivre suffisamment longtemps et à
se reproduire dans un tissu sain ayant conservé toutes ses
capacités de contrôle ? Ceci reste au moins à
démontrer et on verra plus loin qu’on a des raisons
d’en douter.
- Si les masses tumorales sont des clones d'une cellule unique,
ceci ne prouve pas que cette cellule soit à l'origine de
la tumeur. Elle a pu apparaître au cours du processus cancéreux
et, disposant d'un avantage prolifératif comme décrit
ci-dessus, éliminer les autres cellules.
- Il est toujours très délicat d’extrapoler
d’un état final à un état initial, sauf
à connaître toutes les étapes du processus,
ce qui n’est pas encore le cas ici.
- La linéarité à Hiroshima est un argument
plus que discutable quand on connaît les imprécisions
dosimétriques et les incertitudes statistiques, surtout aux
faibles doses.
• Enfin, l'argument le plus troublant concerne le développement
de l'être humain lui-même. Il part d'un œuf avec
son ADN et aboutit à un organisme d'une extrême complexité
dans lequel, après avoir migré et s'être différenciées
fonctionnellement, toutes les cellules ont conservé l'ADN
initial, sans la moindre modification de sa structure (aucune mutation).
Dans le cancer aussi, les cellules migrent et changent de différenciation.
Pourquoi le processus impliquerait-il l'existence de mutations pour
débuter et se développer ?
Il est vrai qu’un cancer n’est pas un tissu normal à
cause précisément des mutations multiples dont il
est le siège, incompatibles avec le fonctionnement d’un
tissu sain. Mais même s’il n’est pas question
de négliger l’importance des dérèglements
intracellulaires, il est peu vraisemblable qu’un phénomène
aussi complexe que la cancérisation d’un tissu ou d’un
organe puisse ne tenir aucun compte des liaisons multiples et des
échanges incessants que nous connaissons entre les cellules
qui le composent. C’est ce qui nous conduit maintenant à
étudier le rôle éventuel de l’environnement
de la cellule cancéreuse.

3. La théorie tissulaire
À ses débuts, la théorie de l'origine tissulaire
des cancers venait de l'observation au microscope de coupes de tumeurs
cancéreuses par les anatomopathologistes. Ils observaient
que la structure du tissu et le comportement des différentes
populations cellulaires étaient profondément modifiés.
Ce n'était pas une unique population cellulaire qui proliférait
dans un tissu sain. Comme ils observaient aussi des modifications
structurelles dans les tissus des personnes âgées,
ils en avaient conclu que le cancer, dont la fréquence augmentait
avec l'âge, était un phénomène d'origine
tissulaire. Pour cette raison, les premiers radiobiologistes pensaient
que l'irradiation accélérait les phénomènes
de vieillissement.
Au début des années cinquante, cette théorie
avait été mise en sommeil devant les progrès
de nos connaissances sur les phénomènes génétiques,
malgré l’importance des questions subsistantes que
nous avons évoquées plus haut.
Mais depuis une dizaine d’années, on s’est à
nouveau intéressé de beaucoup plus près à
l’environnement des cellules lésées et à
l’origine tissulaire des cancers. Cet effet, dit "bystander"
en anglais et qu’on pourrait traduire par "collatéral"
montre en gros trois ordres de faits dans le domaine de la radio-induction
des cancers :
- Des cellules totalement protégées contre les effets
directs des rayonnements mais situées dans un tissu largement
irradié peuvent présenter des anomalies chromosomiques
si elles sont au voisinage de cellules touchées. De plus,
le simple sérum issu d’animaux irradiés suffit
pour entraîner des réactions (plus ou moins importantes,
plus ou moins néfastes) des cellules d’un tissu sain.
- Inversement, des cellules irradiées transplantées
dans un tissu sain n’induisent pas nécessairement l’apparition
de cancers. Des cellules non irradiées en nombre suffisant
dans un tissu irradié suffisent à inhiber le développement
des cancers.
- Enfin, des cellules non irradiées transplantées
dans un tissu irradié peuvent également être
à l’origine de tumeurs dans le tissu où on les
amène à se développer.
Il y a donc manifestement des effets à distance et des "signaux"
véhiculés dans tout le tissu et susceptibles d’induire
des réactions de cellules situées à distance
de l’évènement primordial. La nature et l’origine
de ces signaux ne sont pour l’instant que partiellement connues
(sécrétion paracrine, "gap-junctions") mais
des expériences complémentaires sont en cours. On
sait déjà que leur nature est vraisemblablement chimique,
les pièges à radicaux libres en diminuant les effets.
Enfin, on a pu analyser le spectre des mutations apparaissant ainsi
"à distance", qui est très proche de celui
des mutations spontanées et par contre différent de
celui des mutations liées à un impact direct sur l’ADN.
Ces recherches tendent à montrer qu'un cancer ne peut se
développer dans un tissu que si le micro environnement des
cellules est perturbé. Cette perturbation doit porter, en
même temps, sur trois mécanismes tissulaires de contrôle.
Tout d'abord sur la prolifération des cellules, ensuite sur
leur élimination (apoptose) et enfin sur leur différenciation.
En l'absence des trois dérégulations tissulaires,
le processus cancéreux ne devrait pas être initié.
Cette approche laisse espérer de plus que le processus puisse
être réversible.
Diverses expériences sont en cours pour vérifier
l'existence d'une telle réversibilité. Les premiers
résultats sont prometteurs (voir encadré). S'ils sont
confirmés, ils établiront clairement l'importance
des phénomènes tissulaires dans la genèse et
le développement des cancers, sans nier pour autant les connaissances
acquises en matière de phénomènes intracellulaires.
Il faudra simplement admettre que le processus de cancérisation
est complexe et multiple et étudier de façon approfondie
les rôles respectifs des différentes causes possibles
dans les différents types de cancers.
Expériences montrant la complexité
au niveau tissulaire
Restaurer un micro environnement normal peut-il mettre fin
au processus cancéreux ? Ceci a été vérifié
in vitro malgré les mutations et des essais thérapeutiques
sont en cours pour valider l'hypothèse. D'autres expériences
ont montré que les rayonnements ionisants délivrés
à la bonne dose étaient capables de déréguler
un tissu sans faire appel à des mutations. Bien que
l'ADN des cellules reste intact, les cellules filles se comportent
comme les cellules mères par simple transmission de
messages intercellulaires au sein du tissu perturbé.
Une expérience importante
a été réalisée par un laboratoire
hospitalier de Boston. La technique expérimentale utilisée
était d'une conception simple. Sur les glandes mammaires
de rates, on retirait les cellules épithéliales
du stroma conjonctif qui leur sert de support. Ces cellules
pouvaient ensuite être retransplantées sur le
stroma conjonctif de glandes mammaires d'autre rates. Des
animaux ont été divisés en deux lots.
L'un est traité par l'action d'un cancerigène-mutagène
(radiations ou produit chimique) et l'autre reste normal.
Dans une première expérience, on prend les cellules
épithéliales des animaux normaux et on les implante
sur le stroma conjonctif des animaux traités. Bien
qu'exemptes de toute mutation, les cellules épithéliales
induisent de nombreux cancers. C'est bien le tissu qui est
à l'origine des cancers. Dans une seconde expérience,
on prend les cellules épithéliales des animaux
traités et on les implante sur le stroma conjonctif
des animaux normaux. Bien qu'elles soient porteuses de nombreuses
mutations, les cellules épithéliales n'induisent
aucun cancer.
(Expériences rapportées lors de la XIIe
conférence internationale de la Société
Internationale de Différenciation (LYON -septembre
2002).
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4. Conclusions
Comme nous l’avons dit en note d’introduction, toute
conclusion sur ce sujet peut être rapidement remise en question
et devra en tout cas faire l’objet de mises au point fréquentes
dans l’avenir. On peut dès maintenant insister sur
les points suivants :
- La nette tendance à la stabilité des systèmes
biologiques : agressés de toutes parts et sans arrêt,
ils réagissent très majoritairement soit par l’élimination
des cellules touchées, soit par leur réparation tout
en "informant" les zones voisines de l’existence
d’une agression et vraisemblablement de son importance. Il
existe toutefois une "marge" étroite où
la réaction cellulaire et/ou tissulaire entraîne l’apparition
de désordres ayant tendance à se maintenir et à
se propager s’ils confèrent aux zones touchées
des "avantages" plus ou moins décisifs. Cette "marge"
tend à s’accroître au fur et à mesure
que l’organisme vieillit et que ses capacités de contrôle
décroissent. On sait que le cancer est lié au vieillissement
cellulaire et les statistiques montrent que le risque de cancérisation
est globalement 300 fois plus élevé à 80 ans
qu’à 10 ans (avec des nuances importantes selon le
type de cancer et sa gravité).
- L’action des rayonnements ionisants se situe au sein de
la longue liste des agents susceptibles d’agresser l’organisme
vivant et de lui infliger des lésions. Les rayonnements ne
sont ni inoffensifs, ni particulièrement dangereux et il
convient de les situer simplement à leur juste place. Bien
que le spectre des mutations radio induites soit quelque peu différent
de celui des mutations spontanées, il n’a pas été
possible jusqu’à présent de mettre en évidence
une "signature" spécifique de l’exposition
aux rayonnements dans les proliférations tardives tumorales
ou prétumorales radio induites. Les études rapportées
ci-dessus montrent d’ailleurs clairement que c’est le
phénomène d’agression en tant que tel qui est
important et pas la nature de l’agent physique, chimique ou
biologique en cause.
- Compte tenu des récentes recherches sur le rôle tissulaire,
on voit qu’il faut que les diverses composantes du tissu soient
atteintes simultanément. On est donc confronté en
Radioprotection à un problème de débit de dose
avec seuils et non à un problème de dose sans seuil.
Avec de faibles débits, il devrait être possible d'éliminer
le risque, ce qui est cohérent avec le résultat négatif
des grandes études épidémiologiques réalisées
dans la gamme des débits de dose naturels. On serait donc
pratiquement revenu à la situation qui existait à
la fin des années cinquante lorsque l'ICRP fixait la limite
pour les travailleurs à un débit de dose de 3 mSv/semaine
et acceptait l'existence d'un seuil pour les cancers du squelette
induit par le Radium 226. Ce cancer d'origine professionnelle était
le seul à l'époque pour lequel on disposait d'une
relation dose-effet précise et le niveau du seuil est toujours
valable aujourd'hui.
L'enjeu, pour la mise en œuvre de l'optimisation de la radioprotection,
de la détermination de l'existence ou non d'un seuil effectif
pour la relation dose - effet justifie que des efforts considérables
de recherche expérimentale et clinique y soient consacrés
avec les moyens matériels adéquats.
Il est donc très important de suivre de très près
les travaux en cours afin de mieux cerner l’impact réel,
direct ou à distance, des agents dits "cancérogènes"
et leurs modalités d’action.
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