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INTRODUCTION
par Pierre BACHER, ancien Directeur technique
de l'Equipement à EDF
1. La radioactivité, au cœur de l'univers
et de l'énergie
Depuis les toutes premières étoiles,
les réactions nucléaires sont au cœur de l'univers.
Elles ont permis, après bien des péripéties,
la fabrication de tous les éléments qui composent
notre planète et nous-mêmes. Elles continuent à
entretenir notre soleil à l'aide de réactions de fusion
nucléaire.
Toutes les énergies dont nous disposons aujourd'hui proviennent,
par une voie ou une autre, de la radioactivité et, le plus
souvent, s'accompagnent de radioactivité :
• L'énergie solaire, source de la quasi-totalité
des énergies renouvelables (hydraulique, éolienne,
biomasse, géothermie) est d'origine nucléaire et s'accompagne
de rayonnements cosmiques radioactifs, responsables dans notre pays
d'environ 15 % de la radioactivité naturelle.
• Les énergies fossiles sont en fait de l'énergie
solaire en conserve. Elles résultent de la sédimentation
de matières carbonées enfouies dans le sous-sol, au
fil des temps géologiques, sous forme de charbon, de pétrole
et de gaz.
• L'énergie nucléaire, lorsqu'elle est exploitée
par l'homme, produit de la radioactivité en tout point semblable
à la radioactivité naturelle.
L'homme doit donc vivre avec la radioactivité (de même
qu'il doit vivre avec l'effet de serre dû au CO2 de l'atmosphère).
De fait, il ne pourrait pas plus vivre sans radioactivité
qu'il ne pourrait vivre sans CO2. Le tout est de maîtriser
les quantités de l'une et de l'autre.
La position du GR21 sur ce dossier est précisée
dans les paragraphes en italique.
2. Les effets des rayonnements sur l'Homme
On distingue 3 domaines :
• Les très fortes doses (supérieures à
quelques Gy ou quelques milliers de mSv - voir tableau des unités
en fin de page), rencontrées pratiquement exclusivement en
médecine curative car elles permettent de détruire
les cellules cancéreuses.
• Les fortes doses (supérieures à 100 ou 200
mSv) susceptibles de provoquer des cancers à plus ou moins
long terme et aussi, à plus courte échéance,
divers troubles de l’organisme, généralement
réversibles.
• Les faibles doses (1 à 100 mSv) subies naturellement,
ou lors d'examens médicaux, ou par les personnes habilitées
à travailler en ambiance radioactive et médicalement
suivies.
Ce sont ces dernières qui intéressent et inquiètent
le plus le public.
3. Les faibles doses entraînent-elles un
risque ?
La vie sur Terre et l'homme se sont développés dans
un environnement de radioactivité naturelle et aucune observation
n'a permis d'établir un lien quelconque entre cette radioactivité
et la santé. Toutes les études épidémiologiques
faites à ce jour confirment cette absence d'effet observable.
Des études portant sur des populations très importantes,
stables et homogènes, subissant des expositions naturelles
extrêmes (en Inde et en Chine) se poursuivent, mais les premiers
résultats obtenus confirment l'absence de tout effet nocif
des doses observées, relativement importantes (quelques dizaines
de mSv).
Diverses activités humaines augmentent l'exposition de l'homme
(déplacement en altitude, travaux dans les mines, …)
ou engendrent de la radioactivité. Leurs effets peuvent être
directement comparés à la radioactivité naturelle
ou à certaines composantes de celle-ci présentant
des caractéristiques analogues. Ces "repères
naturels" permettent d'évaluer les risques éventuels
liés à ces activités humaines (voir "Radioactivité
et repères naturels").
Depuis quelques années, diverses propositions ont été
faites dans ce sens, notamment par Abel Gonzales, Directeur à
l’AIEA, et Roger Clarke, président de la CIPR. Albert
Gonzales a proposé [1] de classer l’intérêt
d’une intervention destinée à limiter les effets
d’une irradiation en 3 niveaux :
> 100 mSv : intervention généralement nécessaire
10 – 100 mSv : intervention parfois souhaitable
< 10 mSv : intervention généralement inutile
Dans une approche un peu différente, Roger Clarke propose
une échelle de valeur analogue à l’échelle
de gravité mise en œuvre pour classer les incidents
et accidents affectant les installations nucléaires [2]:
Les deux niveaux les plus élevés sont identiques à
ceux d’A. Gonzales
Le niveau < 10 mSv est subdivisé en 4 plages :
- 1 à 10 mSv – radioactivité naturelle, qualifiée
de « normale »
- 10 % de la radioactivité naturelle, qualifiée de
« faible »
- 1 à 10 % de la radioactivité naturelle, qualifiée
de « très faible »[3]
- < 1 % de la radioactivité naturelle, qualifiée
de « négligeable »
Certains scientifiques ont pu par le passé évoquer
des risques plus importants pour ces mêmes doses. Ceci apparaît
de plus en plus improbable au fur et à mesure que nos connaissances
progressent. Il existe désormais un consensus de plus en
plus large, traduit par les propositions d'A. Gonzales et R. Clarke,
pour introduire un "seuil effectif", de l'ordre de grandeur
de la radioactivité naturelle moyenne, en dessous duquel
il n'y a pas lieu de prendre de mesures particulières de
précaution.
Cependant, pour les besoins de la radioprotection, la
CIPR a défini une règle de commodité, en recommandant
que l'on agisse "comme si" la relation linéaire
entre exposition et dommage - observée aux fortes doses -
restait valable aux faibles doses… et donc "comme si"
toute dose de radioactivité, aussi faible soit-elle, engendrait
un risque, aussi faible soit-il : une telle loi linéaire,
sans seuil, permet en effet des calculs simples de radioprotection
: pour une personne, elle permet d'ajouter les doses reçues
à différents moments, et pour un groupe, elle permet
d'additionner les doses reçues par les différents
individus qui le composent, sans avoir à rechercher les niveaux
des expositions. Cette règle a malheureusement été
détournée de son objectif premier et interprétée
comme traduisant l'existence d'un risque réel proportionnel
à la dose, quelle que soit celle-ci.
Position du GR21
• Le GR21 partage entièrement les points de vue
et approuve les propositions de Roger Clarke et Abel Gonzales qui
conduisent l’une et l’autre à introduire un seuil
effectif de doses, de l’ordre de grandeur de la radioactivité
naturelle, en dessous duquel il n’y a pas lieu de prendre
de précautions particulières.
• Ces propositions devraient être systématiquement
prises en compte dans l'évaluation des risques, notamment
ceux liés à l'exploitation des installations nucléaires
et au stockage des déchets à vie longue.
4. Radioactivité et médecine
La radioactivité est largement utilisée en médecine,
tant au niveau de nombreux diagnostics que pour le traitement des
cancers (voir "Rayonnement et
médecine"). L'étude des mécanismes
reliant la radioactivité au comportement des cellules et
des tissus revêt une grande importance pour améliorer
les diagnostics et les traitements. Elle revêt également
une grande importance pour mieux comprendre le fonctionnement des
cellules et des tissus, lors d’une irradiation (voir
"Théories actuelles et voies
de recherche sur l'action des faibles doses").
Le domaine des faibles doses est malheureusement le parent pauvre
de ces recherches.
Position du GR21
Le GR21souhaite la poursuite et le renforcement des recherches
dans le domaine des faibles doses.
5. Radioactivité et perception des
risques
Des voix de plus en plus nombreuses, médicales mais également
médiatiques, s’élèvent pour mettre en
garde contre les risques engendrés par la peur des faibles
doses de radioactivité. Cette peur irraisonnée a pour
conséquence extrêmement dommageable de détourner
certaines personnes du bénéfice des méthodes
de diagnostic médical basées sur l’utilisation
de la radioactivité. Elle pourrait aussi avoir pour effet
de provoquer une panique infiniment plus grave que la radioactivité
proprement dite en cas d’accident ou d’utilisation mal
intentionnée de produits radioactifs. Les seuls bénéficiaires
de cette panique seraient les auteurs de tels actes de malveillance.
Position du GR21
Le GR21 s’élève contre la désinformation
qui tend à diaboliser la radioactivité même
aux très faibles doses et qui, outre ses graves conséquences
possibles dans le domaine médical, fait objectivement le
jeu des auteurs éventuels d’actes de malveillance.
Le GR21 encourage toutes les actions éducatives permettant
au citoyen de se forger une opinion raisonnée sur la radioactivité.
LES
UNITÉS DE MESURE DE LA RADIOACTIVITÉ
Becquerel : Activité
Nombre de désintégrations spontanées
par seconde, survenant dans une quantité
quelconque d'un radioélément.
Unité
: becquerel (Bq) = 1 désintégration
par seconde.
Gray : Dose absorbée
(symbole D)
Les rayonnements ionisants agissent sur la matière
vivante par l'intermédiaire de l'énergie
qu'ils lui cèdent. La dose absorbée
est l'énergie communiquée à
l'unité de masse de matière.
Unité
: gray (Gy) = énergie de 1 joule communiquée
à 1 kilogramme de matière.
Sievert : Equivalent
de dose (symbole H)
A dose absorbée égale, les effets
varient suivant la nature des rayonnements ionisants.
L'équivalent de dose permet de comparer
l'effet d'une même dose absorbée
délivrée par des rayonnements ionisants
de nature différente. L'équivalent
de dose se calcule, c'est le produit de D par
Q : H = D x Q. Q est le "facteur de qualité"
caractéristique de chaque type de rayonnement
ionisant.
Unité
: sievert (Sv)
Référence :
Dr Michel BERTIN :
"Les effets biologiques des rayonnements
ionisants"
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[1] Comptes rendus de l'Académie des Sciences, série
III, tome 322 (février-mars 1999)
[2] Journal of radiological protection 21 (2001) – www.iop/Journals/jr
[3] En anglais : "trivial".
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