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Ce
qui est simple est faux,
Mais ce qui ne l’est pas est incompréhensible…
Depuis les découvertes de Roëntgen, P. et M. Curie,
les utilisations des rayonnements dans l’industrie et la médecine
se sont multipliées. Pour quantifier les effets produits
sur la matière irradiée, vivante ou non, des systèmes
d’unités ont vu le jour et ont été adoptés
internationalement. Néanmoins, leur genèse et surtout
leur emploi restent parfois mal connus. Nous avons souhaité
faire le point sur ces notions.
LES CAUSES
Qu’est-ce que la radio-activité ? C’est un processus
physique qui entraîne une modification de la structure du
noyau d’un atome. Ce phénomène est lié
à l’instabilité du noyau du fait soit de son
nombre de nucléons, soit de son état énergétique.
Il s’accompagne de l’émission de rayonnements
et/ou de particules. L’unité correspondante est le
becquerel (1 désintégration par seconde – l’ancienne
unité le curie, valant 37.109 désintégrations/seconde).
Les rayonnements sont dits « ionisants » quand ils sont
susceptibles d’ioniser la matière (c’est-à-dire
d’arracher des électrons à la couronne périphérique
des atomes) et donc de transférer une certaine énergie
dans les milieux qu’ils traversent.
Ces rayonnements peuvent être :
- soit directement ionisants (cas des particules chargées
électriquement: alpha et bêta par exemple) ;
- soit indirectement ionisants (cas des rayons gamma et des neutrons,
non porteurs de charge électrique).
En fonction de leur masse, de leur charge électrique et de
la nature du matériau rencontré, les rayonnements
vont avoir une capacité de pénétration variable
dans la matière, ce qui se traduit par un parcours plus ou
moins long et une quantité d’énergie plus ou
moins importante déposée par unité de longueur
durant ce trajet.
LES EFFETS
Les effets produits vont être évidemment très
différents selon que les rayonnements sont absorbés
dans de la matière inerte ou dans un organisme vivant.
Dans le premier cas, le seul effet physique sera in fine un certain
échauffement de la matière, la plupart du temps à
peine détectable.
Par contre, en cas d’irradiation d’un être vivant,
si l’échauffement (presque imperceptible, rappelons-le)
existe toujours, il est parfaitement négligeable devant les
effets destructeurs induits dans certaines parties sensibles des
cellules, pouvant entraîner soit une réparation à
l’identique, soit la mort (immédiate ou différée),
soit l’impossibilité de se diviser, soit une mutation.
Dans ce dernier cas, si la cellule mutée n’est pas
éliminée par le système immunitaire, on a à
nouveau deux possibilités :
- ou il s’agit d’une cellule d’un organe «
quelconque » (et on peut assister à des effets aléatoires
différés, avec apparition de cellules anormales qui
formeront une malformation congénitale ou, si elles se multiplient
anarchiquement, constitueront l’amorce d’un cancer)
;
- ou il s’agit de cellules germinales, appartenant au système
reproducteur de l’espèce et il s’agit de savoir
si l’anomalie interdira toute reproduction (descendance non
viable : la malformation éventuelle est stoppée dès
la 2ème génération) ou s’il sera possible
de voir apparaître une transmission d’anomalies héréditaires
à toute une lignée de descendants du sujet touché.
C’est seulement dans ce dernier cas qu’on pourra parler
de « transmission héréditaire » ou «
d’effet génétique », à ne pas confondre
avec le cas précédent: apparition d’une anomalie
sur le seul sujet irradié, sans possibilité de transmission
à ses descendants.
On voit tout de suite qu’il va nous falloir utiliser :
- Une grandeur correspondant à l’effet purement «
physique » : ce sera la « dose absorbée »
dont l’unité est égale à 1 Joule par
kilogramme ou GRAY (ancienne unité, le RAD (Radiation Absorbed
Dose) = 10-2 Gy).
- D’autres grandeurs, RELIEES A LA PRECEDENTE par des coefficients
de pondération spécifiques et correspondant à
des effets biologiques complexes et différents :
o selon les effets des divers types de rayonnements ;
o selon la nature du groupe cellulaire irradié.
L’unité en sera le SIEVERT (anciennement le REM (Roentgen
Equivalent for Man) = 10-2 Sv) sur lequel il convient de s’appesantir
quelque peu.
Pourquoi tout d’abord ne pas s’être contenté
du gray, unité bien définie physiquement et valable
dans tous les cas ? Précisément parce qu’elle
ne tient pas compte de la diversité des réactions
des tissus biologiques par rapport à la matière inerte
: à dose absorbée égale, les effets produits
sur les êtres vivants ne sont pas nécessairement identiques.
Selon la nature même des rayonnements (photons gamma, particules
chargées, neutrons…) et selon la constitution des tissus
vivants irradiés, les « détriments » (ou
dommages) causés sur le plan biologique peuvent varier dans
des proportions parfois très importantes. Il a donc été
nécessaire de concevoir une unité adaptée aux
réactions de l’homme subissant une irradiation. Ceci
a imposé, comme on vient de le voir, l’intégration
dans le calcul de coefficients de pondération qui dépendent
de travaux et de recherches en évolution permanente, ont
changé par le passé et pourront encore changer selon
le progrès de nos connaissances.
Pour compliquer encore un peu le problème, le Sievert est
de plus une unité utilisée dans des cas de figure
légèrement différents. On parlera en effet
et toujours en utilisant le Sv :
- de « dose équivalente » (HT) en multipliant
D, dose absorbée DANS UN ORGANE OU UN TISSU HUMAIN DETERMINE,
par un coefficient WR dépendant de la nature et de l’énergie
du rayonnement (ce coefficient variant de 1 à 20 est lui-même,
rappelons-le, ajusté périodiquement, notamment grâce
aux travaux de la CIPR) : HT = D.WR
- de « dose efficace »(E) qui est la somme des doses
équivalentes reçues par les différents organes
et tissus d’un individu après pondération par
un coefficient WT tenant compte de la radiosensibilité particulière
de ces organes et tissus. Cette dose efficace tente de rendre compte
de l’effet global produit par les radiations SUR UN CORPS
HUMAIN ENTIER. E = ? HT.WT
Comme on le voit, deux idées-force résultent des
constatations préliminaires ci-dessus :
- Le Sievert est une unité qui ne peut s’employer que
pour caractériser des phénomènes survenant
chez un ETRE HUMAIN ou à la rigueur un animal si on a calculé
des coefficients de pondération adaptés. Inutile donc
de parler d’une dose en Sieverts concernant par exemple un
territoire quelconque ayant reçu des retombées radioactives.
Ceci n’a de sens que si le territoire en question est habité
et seulement lors de l’étude de cas individuels. Seule
la notation en Grays s’applique à la matière
inerte.
- Le Sievert a été conçu dans le but de faciliter
les calculs aboutissant à des règles de radio-protection.
Il permet en effet l’ADDITION des doses, par exemple lors
de l’irradiation à visées médicales,
où on peut utiliser des rayonnements aboutissant à
des « doses absorbées » importantes LOCALEMENT
mais correspondant à une « dose efficace » tout
à fait tolérable. Notons que des affirmations telles
que :
« le fait que mille personnes reçoivent chacune 1 mSv
produit des effets biologiques équivalents à une seule
personne recevant 1 Sv »
résultent d’un postulat NON DEMONTRE qui suppose une
stricte proportionnalité entre dose et effet quel que soit
le niveau et le débit de dose. Nous y reviendrons dans la
suite de cet exposé.
En résumé, nous disposons donc d’une «
panoplie » qui nous permet :
- de mesurer la dose absorbée dans de nombreux cas (territoires,
objets, êtres vivants) et de disposer de cette base «
physique » solide
;
- d’évaluer, si des êtres humains ont été
irradiés, le risque couru par chacun d’eux en fonction
des doses absorbées observées (ou reconstituées,
plus ou moins approximativement, c’est un autre problème
mais d’importance) pondérées par les coefficients
ACTUELS.
- de fixer, avec tous les coefficients de sécurité
qu’on voudra, une limite «légale» aux doses
admissibles dans tel ou tel cas de travail exposé. Notons
que par précaution ces seuils sont toujours situés
volontairement très en dessous des niveaux estimés
comme présentant un réel danger.
AVANTAGES, INCONVÉNIENTS ET LIMITES DE
LA DOSIMÉTRIE
On a vu plus haut qu’on dispose d’unités différentes
selon qu’on s’intéresse à l’aspect
physique ou à l’aspect biologique de l’impact
des radiations. Le Gray (Gy) permet de calculer les doses absorbées
dans tous les cas, le Sievert (Sv) autorise l’appréciation
du risque couru individuellement comme des risques cumulés
lorsqu’un être vivant est irradié. Ce système
d’unités sert de base aux règles de radioprotection
et permet aussi des études épidémiologiques
poussées.
N’insistons pas sur la relative complexité de ces unités,
qui fait, comme on l’a vu plus haut, que des contre-sens peuvent
être commis par des personnes insuffisamment informées.
Mais la dosimétrie, si précise et rigoureuse soit-elle,
ne nous permet pas toujours de résoudre de façon satisfaisante
plusieurs problèmes dont on ne peut nier l’importance.
Citons par exemple :
- Le rôle du débit de dose : il est
certain que les effets d’une même dose délivrée
en un temps bref voire très bref sont bien plus importants
que si l’irradiation dure un temps prolongé, à
bas débit. On a tiré de multiples enseignements, très
précieux, des victimes des explosions d’Hiroshima et
Nagasaki, mais il ne faut pas oublier que ceux-ci ont subi un véritable
« flash » intense très différent du cas
du travailleur en milieu irradiant, même si les doses cumulées
sont finalement les mêmes.
Par exemple, une dose absorbée de 5 Gy en quelques minutes
ou quelques heures sur le corps entier entraînera le décès
de la moitié des personnes exposées (c’est la
définition de la « dose létale à 50%
» (DL 50) alors que répartie sur plusieurs mois ou
des années elle ne fera pas apparaître de manifestations
cliniques précoces (avec toutefois un risque aléatoire
de pathologie tardive (voir ci-dessous les effets stochastiques).
On ne peut donc comparer que ce qui est comparable et si les résultats
des études sont parfois transposables, les extrapolations
doivent toujours être assorties de suffisamment de précisions
pour qu’on sache exactement les conditions expérimentales
observées.
- L’influence de l’âge : la radio-sensibilité
des tissus est liée à la capacité des cellules
qui les composent de se reproduire. Il est donc tout naturel de
constater que les tissus de l’enfant (et a fortiori du fœtus)
sont généralement beaucoup plus radio-sensibles que
ceux des adultes. Ceci est bien connu, par exemple pour la thyroïde
et on sait que le risque de cancérisation par irradiation
de la thyroïde chute considérablement après la
puberté. Il devrait en toute rigueur y avoir une évolution
des coefficients de pondération décrits ci-dessus
en fonction de l’âge du sujet, ce qui n’est pas
le cas actuellement.
- La limite entre effets déterministes et stochastiques
: c’est tout le problème des « faibles
doses » ou plutôt de la limite en dessous de laquelle
on peut considérer que les effets des radiations sont négligeables,
voire nuls. On sait en effet qu’au dessus d’une certaine
dose, on obtient des effets connus et identiques d’un sujet
à l’autre : c’est le domaine « déterministe
» qui commence, en gros, au-delà de 200 mSv d’irradiation
du corps entier.
Au dessous se situerait le domaine « stochastique »
où les effets ne sont détectables que statistiquement
et à long terme, sur des groupes suffisamment importants
étudiés par les méthodes de l’épidémiologie.
On est ici dans la zone dite des « faibles doses »,
objet d’un vaste débat qui oppose toujours les partisans
d’une loi linéaire sans seuil (toute radiation peut
entraîner un effet quelle que soit la dose) et ceux de lois
comportant des courbes effet-dose à seuils (en dessous desquels
les effets des radiations sont indétectables ou nuls).
Malheureusement, l’épidémiologie a des limites
qui ne permettent pas de trancher définitivement ce problème
et des travaux se poursuivent à ce propos. On peut toutefois
considérer qu’il existe sur notre planète une
radioactivité « naturelle » (2,5 mSv par an en
moyenne en France, jusqu’à 100 mSv/an dans d’autres
pays comme le Kerala aux Indes) qui n’a visiblement pas entravé
le développement de l’espèce humaine.
- L’apparition des cancers radio-induits :
beaucoup d’études très fructueuses ont été
basées sur les phénomènes cellulaires et les
conséquences des ruptures des brins d’ADN dans le noyau
cellulaire. Mais on s’est aperçu depuis une dizaine
d’années que la cellule isolée et la cellule
dans son environnement ne réagissaient pas nécessairement
de façon identique. Inversement, les tissus organiques mis
en présence de cellules irradiées ont également
des comportement spécifiques. Par exemple, des cellules irradiées
transplantées dans un tissu sain peuvent ne pas développer
de tumeurs (comme elles le feraient de façon isolée).
Mais des cellules non irradiées placées au voisinage
de cellules touchées peuvent aussi s’altérer
et présenter des anomalies chromosomiques. Globalement, on
pense qu’il existe un vaste réseau d’échanges
d’informations entre cellules qui permet à l’organisme
de gérer les agressions dont il est l’objet et, si
possible, de s’en protéger dans une certaine mesure.
De nombreux travaux sont en cours pour préciser ces réactions.
- L’apparition de pathologies radio-induites non-cancéreuses
: c’est une des conséquences découvertes
relativement récemment de l’irradiation des populations
d’Hiroshima et Nagasaki. L’analyse statistique de la
cohorte des sujets irradiés survivants (encore 50% en 1997)
a montré une augmentation du risque de décès
par maladies non-cancéreuses, notamment les maladies du sang,
mais aussi les pathologies cardiaques, respiratoires et digestives
ainsi que les accidents vasculaires cérébraux. L’excès
de risque par rapport à une population témoin n’est
pas considérable, mais il est significatif. L’hypothèse
explicative retenue en priorité serait celle de l’accélération
des phénomènes de vieillissement cellulaire à
la suite de l’irradiation de 1945.
Il faut cependant remarquer que ces effets ont eu lieu des dizaines
d’années après l’irradiation et d’autant
plus tard que cette irradiation avait été faible.
Le nombre de décès ne caractérise donc pas
à lui seul la gravité des conséquences car
qui ne choisirait la possibilité de survivre trente ans et
plus, même si statistiquement ceci correspond à une
légère diminution de la durée de vie prévisible
sans irradiation ? C’est le nombre d’années éventuellement
perdues qui devrait être retenu dans ce genre d’études.
- L’atteinte du patrimoine génétique
transmissible : à ne pas confondre avec l’apparition
de malformations congénitales, comme on l’a vu plus
haut. On sait que des animaux irradiés (notamment des souris)
ont donné naissance par la suite à des lignées
porteuses de chromosomes modifiés entraînant une propagation
du gène touché dans l’espèce considérée.
OR, RIEN DE SEMBLABLE N’A ETE CONSTATE CHEZ L’HOMME.
En particulier, le suivi des irradiés japonais de 1945 (86
572 personnes) après 60 ans de surveillance et alors qu’on
aborde la 4ème génération, n’a pas permis
de mettre en évidence de phénomène héréditaire
transmissible lié aux rayonnements. La proportion de malformations
et leurs caractéristiques sont restées identiques
à celles des populations témoins. Il en est de même
à Tchernobyl avec évidemment un moindre recul. Peut-être
est-ce dû à un taux de rejet (avortement) très
supérieur dans l’espèce humaine lors de l’existence
d’une anomalie fœtale (présence de nombreux «barrages»
efficaces aux ovules fécondés porteurs de malformations)?
Rappelons à nouveau ici que nous ne traitons pas de l’apparition
de malformations chez l’enfant irradié in utero (celles-ci
ont existé à Hiroshima et Nagasaki et peut-être
à Tchernobyl où diverses études sont contradictoires)
mais de la transmission possible d’un caractère anormal
aux descendants ultérieurs, ce qui est un autre problème.
CONCLUSIONS
Comme on l’a vu, les problèmes de dosimétrie
qui sous-tendent l’étude des effets biologiques des
rayonnements sont assez complexes. Malgré l’établissement
d’un système d’unités aussi bien adapté
que possible, des erreurs ou de mauvaises interprétations
sont possibles et de nombreux problèmes n’ont pas encore
trouvé de solution satisfaisante. Des travaux poussés
sont encore nécessaires dans ce domaine, notamment sur le
plan épidémiologique.
Toutefois, des résultats sont acquis que nous résumons
brièvement ci-dessous :
- Les limites de doses admises internationalement sont très
largement calculées et protègent correctement les
travailleurs exposés, toutes les dernières études
statistiques le prouvent. Les normes de radioprotection actuelles
sont efficaces mais ne doivent pas être confondues avec des
seuils de danger réel.
- Les doses de rayonnement « naturelles » sont bien
tolérées par l’organisme humain qui de plus,
apparaît peu enclin à transmettre à ses descendants
des anomalies chromosomiques issues de l’irradiation.
- Il faut tenir le plus grand compte des facteurs non intégrés
dans les calculs de dose efficace que sont LE DEBIT DE DOSE et LA
RADIO-SENSIBILITE LIEE A L’AGE.
- Les études des interactions cellulaires et tissulaires
(effet « bystander »), des pathologies radio-induites
non-cancéreuses, des effets stochastiques à long terme
des radiations, constituent à elles seules un champ d’expérimentations
considérable et largement ouvert sur de nouvelles recherches.
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