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Renchérissement du coût de l'électricité
; augmentation du chômage ; diminution du potentiel de l'économie
; baisse de la valeur d'EDF... : ce sont quelques-unes des conséquences
que pourrait entraîner l'abandon par la France du recours au nucléaire,
remplacé par le gaz. C'est une étude réalisée au sein de la Direction
de la Prévision du ministère de l'Economie et des Finances qui établit
ce scénario, s'apparentant à un véritable "choc pétrolier".
Sortir du nucléaire constituerait pour la France une mauvaise affaire.
Outre une augmentation considérable des émissions de gaz à effet
de serre, ce scénario renchérirait le coût de l'électricité, ferait
augmenter le chômage structurel et diminuerait le potentiel d'offre
de l'économie française. Il s'ensuivrait également une diminution
du résultat d'exploitation d'EDF et une baisse de la valeur de l'établissement,
ce qui pénaliserait son actionnaire, l'Etat. Telles sont les principales
conclusions d'une étude réalisée à la fin 2001 au sein de la Direction
de la Prévision du ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie.
Nous en donnons ici une brève synthèse.
L'horizon retenu par l'étude pour cet abandon hypothétique est 2020
car il correspond à la date des premières fermetures prévues pour
les centrales actuellement en service. Dans un souci de simplification,
les auteurs, Nicolas Carnot et Stéphane Gallon, étudient un scénario
d'arrêt simultané de l'ensemble des centrales, tout en précisant
qu'en pratique, cette sortie du nucléaire ne pourrait être que progressive,
s'étalant sur une dizaine d'années au minimum.
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Le gaz, meilleur
substitut |
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"Sauf révolution technologique inattendue, notent-ils, ce sont
les centrales à gaz à cycles combinés qui apparaissent alors, techniquement
et économiquement, comme les moyens les mieux à même, en France,
de pallier la perte de production qu'engendrerait un abandon du
nucléaire. En effet, les autres moyens de production envisageables
souffrent soit de coûts trop élevés (centrales thermiques au fioul
et au charbon), soit du manque de gisements disponibles (éoliennes
et barrages), soit d'un manque de maturité technologique (autres
sources d'énergie renouvelables).
La construction de centrales à gaz requiert de moindres investissements
que celle de nouvelles centrales nucléaires. En outre, les centrales
à gaz offrent davantage de flexibilité dans leur exploitation. Elles
présentent en revanche l'inconvénient de conduire à un coût de production
nettement plus élevé (cf. infra). De plus, ce coût de production serait
vraisemblablement assez volatil (du fait de la volatilité du prix
des hydrocarbures), ce qui constitue un risque supplémentaire. " (Ce
risque, les auteurs précisent qu'ils ne le prennent pas en compte
dans la suite de leur étude).
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Trois
scénarios envisagés |
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Si le nucléaire n'est pas abandonné en 2020, deux choix sont possibles
: ou bien renouveler le parc actuel en construisant de nouvelles centrales
; ou bien poursuivre l'exploitation des centrales existantes. Sur
ce dernier point, les auteurs font remarquer qu'il sera "très vraisemblablement
possible, d'un point de vue technique, de prolonger leur durée de
fonctionnement au prix de dépenses annuelles supplémentaires appelées
dépenses de jouvence".
On aboutit donc à trois scénarios envisageables, tels que présentés
dans le tableau I. L'évaluation de leur impact économique et environnemental
ne prend pas en compte " le risque d'accident nucléaire majeur " et
suppose que les coûts liés à l'aval du cycle nucléaire (retraitement,
stockage des déchets, démantèlement des centrales) sont correctement
estimés dans les études de référence.
Au total, le scénario qui se révèle de loin le plus avantageux pour
le pays (voir tableau II) est celui fondé sur le maintien du nucléaire
avec prolongation de la durée de fonctionnement des centrales existantes
(scénario 2a). " En effet, souligne l'étude, ces centrales seront
alors totalement amorties, de sorte que le coût de production supporté
par l'exploitant sera particulièrement faible : aux alentours de 8
cF/kWh, dépenses de jouvence incluses. Ceci conduit à un coût annuel
de 32 GF pour la fourniture totale des 400 TWh que ces centrales assurent.
Dans les autres scénarios, précise l'étude, le coût de production
est plus élevé. Dans le cas de la construction de nouvelles centrales
nucléaires, le coût est de 18 cF/kWh, en tenant compte de l'amortissement
des investissements initiaux. Les centrales à gaz à cycles combinés
offrent pour leur part une compétitivité proche de celle des nouvelles
centrales nucléaires (18 cF/kWh), lorsque l'on retient une hypothèse
de prix du gaz d'environ 15 F/Mbtu, et que l'on ne prend pas en compte
les émissions de gaz à effet de serre. En revanche, après internalisation
du coût des émissions de carbone - au taux de 500 F/ttc, conformément
au programme national de luttre contre le changement climatique -
les centrales à gaz se révèlent plus onéreuses (surcoût de 5 cF/kWh).
"Le coût du kWh gaz reviendrait donc au total à 23 cF".
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En cas d'abandon
du nucléaire : de lourds détriments |
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Se traduisant par un renchérissement du coût de l'électricité, l'abandon
du nucléaire entraînerait d'importants détriments, tant sur le plan
de l'environnement que sur le plan de l'économie en général. Les auteurs
soulignent que "le passage aux centrales à gaz entraînerait un accroissement
des émissions de gaz à effet de serre de 100 grammes de carbone (soit
350 g de dioxyde de carbone) par kWh produit. L'abandon du nucléaire
conduirait ainsi à augmenter de 40 Mt les émissions françaises de
carbone. A titre de comparaison, les émissions de carbone imputables
en France au secteur énergétique se montaient à environ 110 Mt en
1999". Sur le plan économique, l'étude indique qu'un abandon du nucléaire
"s'apparenterait pour l'économie française à un choc pétrolier". Les
auteurs mettent en lumière les conséquences, induites par un tel abandon
qui leur permettent de formuler cet avertissement. Nous en rapportons
ci-après les principales.
Dégradation du Commerce extérieur
L'abandon du nucléaire accroîtrait les importations françaises de
30 milliards de francs 2000 (achat de gaz à l'étranger), voire de
50 milliards de francs 2000 si la hausse des émissions de carbone
devait être couverte par l'achat de permis à polluer. Les exportations
d'électricité quant à elles (environ 70 TWh pour 18 milliards de francs
en 2000) ne seraient pas affectées car elles reposent notamment sur
les surcapacités du parc nucléaire français, surcapacités qui auront
disparu en 2020 (du fait de la croissance naturelle de la demande
intérieure). Le solde actuellement fortement exportateur du commerce
extérieur français de l'électricité n'a donc pas de raison de se maintenir
en 2020 dans la solution de référence, sans construction de nouvelles
capacités.
Augmentation du chômage
"Si le renchérissement des coûts se répercutait dans les prix de l'électricité,
le refus des salariés de payer seuls la facture énergétique les conduirait,
via l'indexation des salaires sur les prix à la consommation, à reporter
le paiement de la facture sur les entreprises. Les salariés éviteraient
ainsi les pertes de pouvoir d'achat, mais la hausse du coût du travail
et la dégradation des comptes des entreprises provoqueraient une hausse
durable du chômage structurel et, corrélativement, une diminution
du stock de capital rentable".
Baisse de la valeur d'EDF
"Dans l'hypothèse où la concurrence sur le marché européen de l'électricité
conduirait EDF à ne pas répercuter dans ses prix le renchérissement
de ses coûts, la perte initiale de termes de l'échange persisterait
mais n'affecterait initialement que les comptes de l'entreprise".
La baisse de la valeur d'EDF, dans cette hypothèse, pourrait aller
jusqu'à un maximum de 510 milliards de francs.
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Diminution du potentiel de l'économie
"En tout état de cause, l'abandon du nucléaire représenterait pour
l'économie française un choc d'offre défavorable, analogue dans
beaucoup de ses effets à un renchérissement du baril de pétrole.
Le prélèvement sur le pouvoir d'achat des agents intérieurs susciterait
en effet des tensions dans la répartition des revenus. La résistance
des salariés à une baisse de revenu, en particulier, conduirait,
compte tenu des ordres de grandeur de hausse de coût estimés, à
une perte de potentiel comprise entre 1/2 et 1 point de PIB".
En conclusion de cette étude, dont nous n'avons fait ici qu'une
brève présentation, les auteurs notent qu'"au total, du point de
vue micro et macro-économique, la meilleure décision possible en
2020 semble consister à prolonger le parc nucléaire existant (si
cela est techniquement possible). Déjà amorti, ce parc permet en
effet de produire de l'électricité à un coût très compétitif, sans
émettre de gaz à effet de serre"... "Une fois épuisées les possibilités
de prolongation, le parc serait renouvelé par de nouvelles centrales
nucléaires".
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Tableau
I - Les différents scénarios envisagés
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| Scénario |
Décisions d'ici 2020
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Evolution du parc de production
d'électricité en 2020 |
| 1 |
Abandon du nucléaire |
Nouvelles centrales à gaz |
| 2 |
Maintien du nucléaire
|
(a) Prolongation des centrales
nucléaires existantes
(b) Construction de nouvelles centrales nucléaires |
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Tableau
II - Coûts annuels de production associés à chaque scénario
(et coût par kWh produit)
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| Scénario |
Coût de production de l'électricité hors
effet de serre
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Effet de serre
(coût des émissions de carbone) |
Coût de production
de l'électricité incluant l'effet de serre |
| 1 |
72 GF/an
(18 cF/kWh) |
20 GF/an
(5 cF/kWh) |
92 GF/an (23 cF/kWh) |
| 2 |
32 GF/an
(8 cF/kWh) |
0 |
32 GF/an (8 cF/kWh) |
| 3 |
72 GF/an
(18 cF/kWh)
|
0 |
72 GF/an (18 cF/kWh) |
Ce texte est extrait de la Revue Générale
Nucléaire N°6/2001.
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