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QUELS CRITÈRES POUR FIXER
LES LIMITES RÉGLEMENTAIRES DE REJETS RADIOACTIFS ?
Approche sanitaire et approche technologique
par Francis SORIN |
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Les centrales nucléaires et les installations du cycle du combustible
en France ne rejettent dans l'environnement que des quantités infinitésimales
de radioactivité, induisant des irradiations des centaines de fois
inférieures à l'impact dosimétrique de la radioactivité naturelle.
Est-il justifié, dans ces conditions, d'instaurer des limites de rejets
d'effluents radioactifs toujours plus contraignantes ?
A cette légitime question, deux sortes de réponses sont apportées
: Les exploitants des installations, et avec eux la grande majorité
des radioprotectionnistes, privilégient ce que l'on pourrait appeler
une approche "sanitaire" des problèmes.

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L'approche
"sanitaire" |
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Le critère déterminant est ici celui de la santé des populations.
Dès lors que les quantités de radioactivité rejetées par les installations
ne représentent aucun danger pour les individus, il est parfaitement
inopérant de fixer à ces rejets de nouvelles limites, encore plus
sévères, alors même que les limites aujourd'hui autorisées sont déjà
très en deçà des seuils de dommage sanitaire. Ce surcroît de précaution
apparaît en la matière superfétatoire et la collectivité nationale
serait mieux avisée d'investir ses efforts et son argent dans des
domaines où la protection sanitaire des individus est encore susceptible
d'améliorations réelles.

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L'approche
"technologique" |
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L'analyse de l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), exprimant le point
de vue des pouvoirs publics, est quelque peu différente. Elle se fonde
sur une approche "technologique" de la question. L'objectif fondamental
est là aussi, bien sûr, la santé des populations. Mais au-delà de
ce critère, une autre exigence est proclamée : celle de parvenir à
des rejets radioactifs aussi bas que le permettent les "meilleures
technologies disponibles". Peu importe, dès lors, que les limites
réglementaires de rejets actuellement en vigueur correspondent à des
niveaux de radioactivité écartant de très loin tout danger sanitaire.
Le repère déterminant à prendre en compte est celui des quantités
réelles de radioactivité rejetées aujourd'hui par les installations
nucléaires. Les nouvelles limites autorisées doivent se rapprocher
de ces valeurs réelles, intégrant ainsi le retour d'expérience et
les progrès technologiques réalisés par les exploitants. Au-delà de
la protection de la santé des populations, dont one ne doute pas qu'elle
soit garantie, l'impératif est donc de limiter les rejets à des niveaux
aussi bas que possible.

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La communication
avec le public |
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Si chacune de ces approches a sa cohérence, les faire cohabiter n'est
pas évident. En témoignent les discussions mouvementées nouées sur
le sujet entre les exploitants et l'Autorité de Sûreté Nucléaire.
Outre les questions techniques, un des principaux points prêtant à
controverse concerne la communication avec le public. L'abaissement
des limites de rejet décidé par les autorités est tel que ces limites
risqueront d'être bel et bien dépassées lors de certains dysfonctionnements
ou incidents mineurs - dont la survenue est difficilement évitable
dans le cours normal de l'exploitation - alors même que ces dépassements
n'entraîneraient aucun risque radiologique pour les populations. Mais
il n'empêche : les limites maximum autorisées auront été franchies.
C'est ce constat solennel, au fort contenu émotionnel, que retiendra
avant tout le public. Il faudra donc informer, expliquer, rassurer,
désamorcer les mouvements de peur, bref, gérer la crise. De telles
perspectives restent hypothétiques mais les exploitants doivent se
préparer à y faire face, de même que l'Autorité de Sûreté Nucléaire
qui se déclare prête à monter en première ligne, sur le front de l'opinion,
pour apporter tous les apaisements nécessaires s'il y a lieu. Il reste
que si des incidents de dépassements des limites de rejets venaient
à se produire, l'image du nucléaire ne pourrait qu'en pâtir. Il y
aurait là un étrange paradoxe puisque l'abaissement des autorisations
de rejets est en quelque sorte la confirmation officielle de l'excellence
technologique de la filière et de son innocuité sur la santé des populations.
Ainsi, au lieu d'arborer des lauriers qu'il n'a pas volés, le secteur
nucléaire s'apprête une nouvelle fois à "fournir les verges pour se
faire battre", comme s'il était irrévocablement soumis à l'exigence
incessante de la contrition.
Ce texte est extrait de la Revue Générale Nucléaire N°6/2000.
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