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Confronté à la catastrophe écologique, hélas prévisible, du pétrolier
"PRESTIGE", il me paraît nécessaire de souligner l'exemplarité du
Nucléaire qui dès l'origine a pris en compte la dimension protection
des individus et de l'environnement dans toutes ses activités. Il
en est ainsi dans le domaine des transports et en particulier du
transport maritime des matières radioactives .
Il faut rappeler que les matières radioactives sont transportées
dans des colis conçus pour répondre à une réglementation internationale
édictée par l'AIEA qui impose pour les matières présentant les dangers
les plus importants comme les combustibles irradiés, les matières
contenant du plutonium, les déchets vitrifiés, des colis garantissant
leur intégrité dans les conditions d'accident maritime les plus
sévères (collision , incendie). De nombreux pays (les USA , la France,
la Grande-Bretagne, le Japon…) ont mené pendant de nombreuses années,
sous l'égide de l'AIEA, des programmes très coûteux de recherche
sur le transport des matières radioactives qu'aucune autre industrie
ayant à transporter des matières dangereuses comme les industries
chimiques ou pétrolières n'a jamais entrepris. C'est ainsi que,
grâce au nucléaire, on dispose actuellement de données fiables sur
l'accidentologie maritime mondiale : statistiques , conditions ,
sévérité… C'est ainsi qu'il a pu être démontré que même dans l'hypothèse
hautement improbable de destruction des emballages et d'immersion
après un accident maritime conduisant à un relâchement d'activité
dans la mer, les conséquences tant collectives qu'individuelles
pour les populations les plus exposées étaient négligeables pour
les matières radioactives les plus dangereuses (combustibles irradiés
, matières contenant du plutonium , déchets vitrifiés ).
Le transport maritime des matières radioactives présentant un
danger potentiel élevé s'est développé il y a une trentaine d'années
suite au contrat de retraitement passé par les utilités japonaises
aux sociétés française (COGEMA) et britannique (BNFL) et aux contrats
européens à BNFL. C'est à cette date que ces organismes ont décidé,
alors , il faut le souligner, qu'aucune réglementation ni nationale
ni internationale ne le leur imposait, d'effectuer ces transports
maritimes avec des navires spécialisés répondant à des normes extrêmement
sévères et à développer des plans d'intervention opérationnels permettant
de récupérer les colis en cas d'immersion . Une compagnie maritime
a été créée - PNTL - pour assurer ces transports ; cette compagnie
dispose depuis 1979 d'une flotte de 5 navires ayant en particulier
les caractéristiques suivantes : structure conçue pour résister
aux collisions les plus sévères comprenant en particulier
une double coque , double système de propulsion, de navigation
, de communication, d'alimentation électrique et de refroidissement
, système de détection d'incendie et de lutte anti incendie, suivi
par satellite permettant une localisation 24 h sur 24 , équipage
ayant reçu une formation spéciale (commandant ayant un master's
certificate, équipage 3 fois plus important en nombre que sur un
tanker chimique de même taille), disposant d'un plan d'intervention
opérationnel en permanence permettant la récupération des colis
même à grande profondeur avec plusieurs exercices annuels …
C'est ainsi que depuis plus de 25 ans COGEMA et BNFL ont acquis une expérience unique dans le transport maritime des matières radioactives les plus dangereuses ; depuis 25 ans PNTL a assuré plus de 200 voyages aller et retour du JAPON représentant plus de 4 millions de miles nautiques sans le moindre incident .
Ce n'est qu'en 1993 que l'OMI, prenant acte de l'expérience acquise,
a décidé de proposer une réglementation internationale imposant
des normes particulières aux navires transportant ces matières,
définissant 3 classes de navire par une approche graduelle (types
INF 1 , INF2 et INF3), ceci malgré l'opposition initiale de l'AIEA,
l'organisme international en charge de la réglementation des transports
qui estimait à juste titre que la Sûreté de ces transports était
assurée par la conception des colis imposée par la réglementation
de l'AIEA. Il est à ce sujet important de signaler que dans les
conclusions du rapport du groupe international (OMI , AIEA , UNEP),
qui a proposé cette réglementation en avril 1993, il est souligné
qu'il n'existe aucune donnée qui conduise à mettre en cause la réglementation
de l'AIEA qui base la Sûreté du transport sur le colis et non sur
le navire ! Les navires de la flotte PNTL présentent des caractéristiques
plus contraignantes alors qu'ils ont été conçus en 1978, soit 15
ans avant que l'OMI ait mis en place sa réglementation !
Ce n'est qu'en 1997 que l'OMI impose pour ce type de transport la mise en place de plans d'intervention dont l'essentiel avait été mis en place par BNFL et COGEMA 20 ans avant !
Pendant toute cette longue période on ne peut que déplorer que l'OMI , pourtant soumise à la pression permanente des organisations dites écologistes telles que GREENPEACE, plus préoccupées par leur lutte anti-nucléaire que par la défense de l'environnement, ne prenait aucune mesure pour imposer au niveau international un minimum de sûreté aux navires transportant des matières aussi polluantes que certains produits chimiques et le pétrole, tant au niveau de leur conditionnement que de la conception des navires, de leur maintenance et de la mise en place de plans d'intervention efficaces.
En tant que responsable de la Sûreté des transports à l'IPSN ( pendant 12 ans de 1980 à 1992 ) et à ce titre appui technique de l'Autorité Compétente française : le Ministère des Transports - Secrétariat à la Mer, je n'ai cessé, hélas en vain, pendant cette période d'attirer l'attention des Autorités sur cette anomalie. On ne peut hélas aujourd'hui que constater, impuissants, les conséquences d'un tel laxisme.
Claude RINGOT Le 30 Novembre 2002 .
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