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Plusieurs milliers de personnes travaillent en France à la gestion
des déchets nucléaires : techniciens, ingénieurs, agents de radioprotection,
agents de surveillance…Certains d'entre eux sont, c'est plus que
probable, des lecteurs de "Libération". En prenant connaissance,
dans le numéro du 9 mai, de l'article consacré aux " premiers galops
" du gouvernement Raffarin et à la "gaffe" de R.Bachelot, ils ont
dû sursauter à la petite phrase proclamant que le nucléaire nous
laisse "ces fameux déchets dont personne ne sait que faire".
Disons-le franchement : une telle assertion laisse pantois ! Passe
encore qu'on la relève dans le bréviaire langue de bois de l'anti-nucléarisme
militant…Mais la découvrir sous la plume d'un journaliste de "Libération"
ne peut que nous inciter à réagir en rappelant brièvement certaines
réalités techniques du dossier.
Et d'abord ce constat global : on sait très bien, dans notre pays,
"que faire" des déchets nucléaires…et on "le fait" depuis de longues
années : on les trie, on les traite, on les conditionne, on les
transporte, on les entrepose, on les stocke selon des procédures
et des méthodes précisément codifiées mises en œuvre sous le contrôle
des autorités publiques. De la surbotte la plus faiblement contaminée
aux produits de fission les plus virulents, tous les types de déchets
nucléaires ont un parcours et un point d'aboutissement définis.
Les déchets à vie courte, qui constituent 90% du total, sont stockés
en surface dans deux Centres gérés par l'ANDRA, implantés dans la
Manche et dans l'Aube. Les déchets à vie longue sont conditionnés
et entreposés sur leurs lieux de production, centrales nucléaires
ou usines de retraitement des combustibles de la Hague et de Marcoule,
dans des structures de surface spécialement aménagées ou dans des
puits bétonnés.
Ce mode de gestion fonctionne en France depuis un quart de siècle
sans que ces "fameux déchets", isolés de la biosphère par des enceintes
étanches, aient jamais causé de nuisances significatives à la santé
des individus ou à l'environnement.
Au-delà de ce panorama général, le cas des déchets de haute activité
à vie longue - ceux qui présentent le risque potentiel le plus élevé-
mérite un éclairage particulier. Car le fait que les pouvoirs publics
n'aient pas encore pris de décision quant aux modalités de leur
stockage final alimente la rumeur du " on-ne-sait-pas-quoi-en-faire
" que tend à accréditer le discours dominant. Fausse rumeur. La
réalité est qu'une telle décision ne demande nullement à être prise
dans l'immédiat puisque de toute façon l'enfouissement souterrain
de ces déchets, pour des raisons liées à leur refroidissement, ne
saurait intervenir avant plusieurs dizaines d'années.
C'est ce dont a tenu compte le Parlement dans une loi votée le
30 décembre 1991 et qui fixe à l'année 2006 le moment où les pouvoirs
publics auront à se prononcer sur une politique de stockage de ces
déchets de haute activité. La période de quinze ans ainsi ouverte
permet aux équipes du CEA, de l'ANDRA, d'AREVA, d'EDF, du CNRS de
poursuivre les expérimentations afin d'être en mesure de proposer,
à l'échéance, les solutions techniques appropriées. A l'heure actuelle,
les déchets en question sont entreposés dans des puits de béton,
après avoir été incorporés à une matrice vitreuse et enfermés dans
des conteneurs en acier. Le moment venu, ces déchets pourront faire
l'objet d'un stockage final souterrain, solution qui apparaît aux
yeux de la quasi totalité des experts, en France et dans le monde,
comme présentant des garanties satisfaisantes de sûreté, dans les
périodes rapprochées et pour le très long terme.
Les déchets de très faible activité, issus principalement du démantèlement
des installations nucléaires, ne sont pas oubliés dans l'inventaire.
Un centre de stockage, jouxtant celui de l'Aube, leur est dès à
présent spécifiquement dédié ; son entrée en exploitation est prévue
pour 2003.
Tous les déchets nucléaires sont donc gérés, en France, selon des
méthodes adaptées. Et permettons-nous de souligner que cette gestion
maîtrisée, mise en place de longue date, est de plus en plus souvent
citée en exemple au moment où notre société prend conscience de
l'urgence de se poser vraiment la question du devenir de ses déchets,
industriels et surtout chimiques. Libre à chacun d'approuver ou
de contester cette forme d'hommage ainsi rendu à l'industrie nucléaire
et à ceux qui ont en charge ses déchets. Mais qu'au moins le jugement
citoyen intervienne en connaissance de cause, après un examen honnête
du dossier... et loin des petites phrases qui peuvent cacher de
grosses erreurs.
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