LES DÉCHETS NUCLÉAIRES, ON SAIT QUOI EN FAIRE !

par Francis SORIN, Responsable du Pôle Information de la Société Française d'Energie Nucléaire

Cet article est paru dans Libération du 20 mai 2002.


Plusieurs milliers de personnes travaillent en France à la gestion des déchets nucléaires : techniciens, ingénieurs, agents de radioprotection, agents de surveillance…Certains d'entre eux sont, c'est plus que probable, des lecteurs de "Libération". En prenant connaissance, dans le numéro du 9 mai, de l'article consacré aux " premiers galops " du gouvernement Raffarin et à la "gaffe" de R.Bachelot, ils ont dû sursauter à la petite phrase proclamant que le nucléaire nous laisse "ces fameux déchets dont personne ne sait que faire".

Disons-le franchement : une telle assertion laisse pantois ! Passe encore qu'on la relève dans le bréviaire langue de bois de l'anti-nucléarisme militant…Mais la découvrir sous la plume d'un journaliste de "Libération" ne peut que nous inciter à réagir en rappelant brièvement certaines réalités techniques du dossier.

Et d'abord ce constat global : on sait très bien, dans notre pays, "que faire" des déchets nucléaires…et on "le fait" depuis de longues années : on les trie, on les traite, on les conditionne, on les transporte, on les entrepose, on les stocke selon des procédures et des méthodes précisément codifiées mises en œuvre sous le contrôle des autorités publiques. De la surbotte la plus faiblement contaminée aux produits de fission les plus virulents, tous les types de déchets nucléaires ont un parcours et un point d'aboutissement définis. Les déchets à vie courte, qui constituent 90% du total, sont stockés en surface dans deux Centres gérés par l'ANDRA, implantés dans la Manche et dans l'Aube. Les déchets à vie longue sont conditionnés et entreposés sur leurs lieux de production, centrales nucléaires ou usines de retraitement des combustibles de la Hague et de Marcoule, dans des structures de surface spécialement aménagées ou dans des puits bétonnés.

Ce mode de gestion fonctionne en France depuis un quart de siècle sans que ces "fameux déchets", isolés de la biosphère par des enceintes étanches, aient jamais causé de nuisances significatives à la santé des individus ou à l'environnement.

Au-delà de ce panorama général, le cas des déchets de haute activité à vie longue - ceux qui présentent le risque potentiel le plus élevé- mérite un éclairage particulier. Car le fait que les pouvoirs publics n'aient pas encore pris de décision quant aux modalités de leur stockage final alimente la rumeur du " on-ne-sait-pas-quoi-en-faire " que tend à accréditer le discours dominant. Fausse rumeur. La réalité est qu'une telle décision ne demande nullement à être prise dans l'immédiat puisque de toute façon l'enfouissement souterrain de ces déchets, pour des raisons liées à leur refroidissement, ne saurait intervenir avant plusieurs dizaines d'années.

C'est ce dont a tenu compte le Parlement dans une loi votée le 30 décembre 1991 et qui fixe à l'année 2006 le moment où les pouvoirs publics auront à se prononcer sur une politique de stockage de ces déchets de haute activité. La période de quinze ans ainsi ouverte permet aux équipes du CEA, de l'ANDRA, d'AREVA, d'EDF, du CNRS de poursuivre les expérimentations afin d'être en mesure de proposer, à l'échéance, les solutions techniques appropriées. A l'heure actuelle, les déchets en question sont entreposés dans des puits de béton, après avoir été incorporés à une matrice vitreuse et enfermés dans des conteneurs en acier. Le moment venu, ces déchets pourront faire l'objet d'un stockage final souterrain, solution qui apparaît aux yeux de la quasi totalité des experts, en France et dans le monde, comme présentant des garanties satisfaisantes de sûreté, dans les périodes rapprochées et pour le très long terme.

Les déchets de très faible activité, issus principalement du démantèlement des installations nucléaires, ne sont pas oubliés dans l'inventaire. Un centre de stockage, jouxtant celui de l'Aube, leur est dès à présent spécifiquement dédié ; son entrée en exploitation est prévue pour 2003.

Tous les déchets nucléaires sont donc gérés, en France, selon des méthodes adaptées. Et permettons-nous de souligner que cette gestion maîtrisée, mise en place de longue date, est de plus en plus souvent citée en exemple au moment où notre société prend conscience de l'urgence de se poser vraiment la question du devenir de ses déchets, industriels et surtout chimiques. Libre à chacun d'approuver ou de contester cette forme d'hommage ainsi rendu à l'industrie nucléaire et à ceux qui ont en charge ses déchets. Mais qu'au moins le jugement citoyen intervienne en connaissance de cause, après un examen honnête du dossier... et loin des petites phrases qui peuvent cacher de grosses erreurs.