16.10.2015

Transport de déchets : comment ça marche ?

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Publié par Boris Le Ngoc (SFEN)

AREVA vient d’organiser le départ d’un transport de déchets radioactifs vers l’Australie. La polémique monte autour de la fiabilité du navire chargé de transporter les colis : « le BBC Shanghai ». Le point sur les détails de l’opération avec Bernard Monot, directeur des relations extérieures de l’activité Logistique Nucléaire d’AREVA. 
 

Pour quelles raisons le groupe AREVA transporte-t-il des déchets radioactifs étrangers ?

Bernard Monot – La France retraite et recycle les combustibles nucléaires de nombreux exploitants de centrales et/ou de centres de recherche à travers le monde. AREVA assure cette prestation dans son usine de la Hague (Manche). Depuis 1976, les accords intergouvernementaux précisent que toutes les matières, recyclées ou déchets, doivent retourner dans leur pays d’origine.
 

A qui appartiennent ces déchets ?

BM – Les déchets vitrifiés de moyenne activité et les déchets de faible activité sont issus des opérations menées dans le réacteur de recherche australien « HIFAR ». Ils appartiennent à l’exploitant de l’installation : l’Agence australienne des sciences et technologies nucléaires, « Ansto ». Ce type de réacteur de recherche permet notamment de produire les radio-isotopes pour la médecine.
 

AREVA dispose-t-il des moyens nécessaires pour assurer ce type de transport ?

BM – Depuis 50 ans, AREVA a acquis une expérience solide dans le transport des matières radioactives et dispose d’infrastructures dédiées pour assurer l’exécution de ce type d’opérations. 

AREVA TN, filiale du groupe, assure le transport des matières radioactives de l’ensemble du cycle du combustible nucléaire : de la mine jusqu’aux déchets.

Pour réaliser ces transports sensibles et complexes, il faut des infrastructures spéciales… Pour le transport ferroviaire, AREVA TN dispose donc de 50 wagons dimensionnés pour supporter des emballages de plus de 100 tonnes et d’une grue au terminal ferroviaire de Valognes (Manche). Pour le transport routier, AREVA dispose de 70 camions dédiés aux emballages lourds. Pour le transport maritime, AREVA TN sélectionne des navires de ligne ou des bateaux spécialement affrétés et conçus pour ce type de transport.

Grâce à tout cela, nous réalisons chaque année plus de 6 000 transports de matières radioactives dans le monde.
 

Quels sont les risques pour les populations et l’environnement ?

BM – Nos emballages protègent le public et les opérateurs contre les rayonnements grâce à des matériaux et des technologies éprouvés. Chaque emballage est adapté à la matière transportée. Les emballages sont d'autant plus massifs que la radioactivité contenue est importante.

Par exemple, lors de leur conception, les emballages utilisés pour le transport australien sont soumis à des séries d’épreuves réglementaires destinées à démontrer leur résistance.

Par ailleurs, ce type d’emballage permet de protéger les personnes et l’environnement de la matière qu’il transporte. Il respecte les seuils de radioprotection définis dans la réglementation : soit 2 mSv/h au contact de l’emballage et du véhicule et 0,1 mSv/h à deux mètres du véhicule. Des contrôles de radioprotection sont réalisés sur les emballages à chaque étape du transport : lors de la préparation à l’usine de La Hague, quand le colis est positionné et prêt à partir de l’usine et enfin après son positionnement sur le port avant embarquement.
 

De quelle manière sont contrôlés ces colis ?

BM – En France, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) est chargée du contrôle et de l’agrément des emballages et des moyens de transport. Lorsqu’il s’agit de transport de déchets étrangers, l’agrément doit être validé par les autorités de tous les pays traversés.

La réglementation applicable au transport de matières radioactives est définie au niveau international par l’AIEA. Par contre, elle diffère selon le mode de transport utilisé : terrestre (chemin de fer, route ou voie de navigation intérieure), maritime ou aérien.
 

Comment se coordonnent les acteurs lors des transports de déchets étrangers ?

BM – Pour les transports de déchets étrangers, des réunions multilatérales sont organisées avant lesopérations pour coordonner l’action des différentes parties-prenantes. C’est à cette occasion que les gouvernements donnent leurs consignes en termes de protection physique, d’organisation du retour des déchets radioactifs et de communication.

Lors desopérations, toutes les parties concernées se coordonnent pour dire la même chose au même moment, à chaque jalon du transport. Cela permet d’éviter les incompréhensions et incohérences entre les acteurs, y compris du fait des décalages horaires.

En cas d’écart entre le plan de transport et le transport lui-même, un système de gestion de crise est déployé.
 

Que répondez-vous à la polémique concernant ce transport ?

BM – Lors de l'inspection réalisée par les autorités françaises, des écarts mineurs ont été relevés sur le navire BBC Shanghai : un thermomètre défectueux dans une cale et quelques petits problèmes de ce genre. Cela arrive très régulièrement lors de telles inspections ! Les écarts ont été corrigés rapidement.

Le BBC Shanghai présente donc toutes les garanties nécessaires en matière de sécurité et de sûreté. Propos confirmés par les autorités à l’arrivée du bateau sur le port de Cherbourg. La Préfecture a d’ailleurs indiqué que le navire ne « présentait pas d'anomalies susceptibles d’entraîner une interdiction de naviguer, mettre en danger la vie des marins ou la sécurité des matières transportées ».