10.10.2017

Transition énergétique allemande : les indicateurs sont au rouge

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Depuis 2012, McKinsey publie un baromètre semestriel qui analyse les résultats de la politique énergétique et climatique allemande. Le cabinet s’appuie sur trois critères : la sécurité d’approvisionnement, l’économie et la protection de l’environnement et du climat. Un mois après l’analyse de France Stratégie, ce rapport pointe l’inefficacité de l’Energiewende : augmentation des prix de l’électricité pour les ménages, révision à la baisse des objectifs climatiques, sécurité d’approvisionnement fragilisée…

Au regard des objectifs fixés par l’Allemagne, l’étude de McKinsey souligne que seuls cinq des quatorze critères étudiés empruntent la bonne trajectoire. Parmi eux figurent notamment l’objectif pratiquement atteint de 35 % d’énergies renouvelables dans la production électrique, la réduction des coupures de courant ainsi que les capacités de réserve.

Reste que l’essentiel ne suit pas et l’Allemagne semble avoir perdu de vue l’objectif principal de la transition énergétique : la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, tour à tour, McKinsey démonte plusieurs axes structurants de l’Energiewende au regard de ses objectifs assignés, parmi lesquels :

  • La cible nationale de 40 % de réduction des émissions de CO2 d’ici 2020 par rapport à 1990 serait inatteignable – tout au plus l’Allemagne parviendrait à une baisse de 30 à 35 %.
  • Les prix de l’électricité pour les ménages sont en hausse. Avec 308 €/MWh, contre 205 €/MWh en moyenne dans le reste de l’UE, l’Allemagne est désormais le pays européen, avec le Danemark, où l’électricité est la plus chère. La subvention aux énergies renouvelables atteint 69 euros par MWh, et augmente régulièrement, alors que le gouvernement avait promis en 2011 qu’elle ne dépasserait pas 35 € en 2020.
  • Le prix pour les industries non privilégiées (entendez celles qui ne sont pas électro intensives), pourtant largement épargnées par l’impact financier de l’Energiewende, reste, à 96,5 €/MWh, supérieur à la moyenne européenne (85,1 €/MWh).
  • La construction à l’horizon 2020 des lignes de transports d’électricité nécessaires est jugée irréaliste par le cabinet de conseil. 816 km sont construits alors que la valeur cible pour 2020 est de 3 582 km. Seuls 66 km ont été construits au premier trimestre 2017.
La réduction de 40 % des émissions de CO2 d’ici 2020 serait inatteignable.

France Stratégie fait le même constat

Ces indicateurs clefs témoignent de l’échec en cours de l’Energiewende, dont le constat était partagé fin août par France Stratégie dans une analyse. Ainsi, malgré tous ses efforts, l’Allemagne demeure l’un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre en Europe et dans le monde, très loin devant la France.

La note de France Stratégie rappelle notamment que si l’Allemagne a réduit de 27 % ses émissions de gaz à effet de serre depuis 1990, 20 points de cette baisse sont directement imputables à la remise à niveau des installations polluantes de l’ex-RDA.

France Stratégie rappelait également que la transition énergétique, vue sous l’angle du développement des énergies renouvelables, implique le déploiement d’un nouveau réseau de transport d’électricité. Or, et pour simplifier, en Allemagne, l’électricité est produite au Nord, alors que le besoin vient du Sud. Pour relier les deux zones, le déploiement de lignes très haute tension (THT), indispensable, se heurte aux résistances des Länders et des populations locales. Les coûts estimés pour déployer ce réseau se chiffrent en dizaines de milliards d’euros.

L'Allemagne est devenue le pays européen où l’électricité est la plus chère.

Ce constat d’échec de l’Energiewende était pour l’essentiel prévisible. Dès 2014, la Cour fédérale des comptes allemande critiquait un « projet gouvernemental onéreux, désorganisé et incohérent ». Critiques renouvelées en 2017. Autant de signaux qui devraient prêter à réfléchir dans une France - déjà championne climatique grâce à son mix électrique à 94 % bas carbone - qui se prépare à débattre de son avenir énergétique dans le cadre des discussions sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie pour la période 2018-2023.

 

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