10.10.2017

Rapport Greenpeace : alerte ou coup de com’ ?

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Dans un rapport commandé par Greenpeace, « sept experts internationaux » (sic) s’inquiètent de la vulnérabilité des centrales nucléaires face à la menace terroriste. Cependant, la qualité et la crédibilité de ces travaux sont en question : le rapport n’ayant fait l’objet d’aucune revue de pairs ni d’aucun échange avec les experts français, chercheurs, industriels ou membres de l’autorité de sûreté nucléaire. Cette méthode étonnante interroge : l’enjeu est-il vraiment de contribuer à renforcer la sûreté ou bien de faire un coup de com’ ?

Coup de com’ vs expertise

Sans préjuger de la qualité de l’expertise des auteurs du rapport commandé par Greenpeace, la méthode interpelle. Hormis les sept experts internationaux, Greenpeace n’a pas jugé opportun d’auditionner ou de faire contribuer à ses travaux les experts français du secteur : ni la société savante du nucléaire (la SFEN réunit 4 000 experts), ni les exploitants, ni même l’autorité de sûreté nucléaire.

La publication du rapport échappe donc à la revue des pairs, pratique indispensable pour valider les travaux scientifiques et techniques dans quelque domaine que ce soit. Un dialogue technique est pourtant indispensable, surtout sur ces sujets de sûreté-sécurité.

Encore aujourd’hui, aucun des experts n’a accès au rapport. Greenpeace n’ayant donné que sept exemplaires pour des « raisons de sécurité ». Ce manque de transparence est à rebours des pratiques actuelles. L’ASN et l’IRSN ont ainsi instruits de nombreux sujets (sûreté du projet Cigéo, qualité du couvercle et du fond de cuve de l’EPR, etc.) et mis à disposition quantité d’informations techniques au public pour qu’il participe au débat. Ces sujets sont pourtant sensibles.

Pour se prononcer sur le fond du rapport et savoir s’il comporte des éléments sérieux, il faudrait donc qu’il puisse être partagé avec l’ensemble des acteurs concernés. En l’état, l’annonce de ce rapport s’apparente plus à un coup de com’ qu’à une volonté de renforcer la sûreté.

Un dialogue technique est indispensable, surtout sur ces sujets de sûreté-sécurité.

Des dispositifs en évolution permanente pour répondre aux nouvelles menaces

La prise en compte du risque terroriste n’est pas nouvelle, et les acteurs du nucléaires, industriels et autorités compétentes, n’ont pas attendus Greenpeace pour agir... A chaque évènement majeur, les dispositifs matériels et humains ont été renforcés. Suite aux attentats du 11 septembre 2001 et le crash d’avions de ligne sur les tours jumelles et le Pentagone, des mesures ont été prises pour renforcer les réacteurs. Celles-ci ont d’ailleurs été auditées, puis validées par l’IRSN et l’ASN. 

Les systèmes de protection ont également été renforcés au regard de la série d’attentat et de l’état d’urgence. Les exploitants (AREVA, EDF et CEA) ont renforcé la protection de leurs sites. Des dispositions spécifiques ont été mises en place à l’entrée des installations ainsi que des efforts supplémentaires pour la protection des zones à accès contrôlé (piétons, véhicules). Le contrôle du personnel a lui aussi été accru.

Ces mesures viennent compléter un arsenal éprouvé : les industriels et le ministère de la Défense (armées de l’air et de terre notamment) travaillent ensemble depuis de nombreuses années et coordonnent leurs actions. En outre, toute personne qui entre sur une installation nucléaire, professionnels, sous-traitants, visiteurs, … fait l’objet d’une enquête par la Préfecture. 100 000 enquêtes sont ainsi réalisées chaque année pour les sites d’EDF.

Les piscines de stockage du combustible sont-elles vulnérables ?

Le bâtiment réacteur et le bâtiment contenant le combustible ont été conçus pour résister tous les deux aux risques de séisme, d’inondation et d’actes de malveillance comme le terrorisme.

Si l’ASN avait le moindre doute concernant la robustesse des installations, elle exigerait l’arrêt immédiat des réacteurs. Les derniers évènements, notamment l’arrêt des quatre réacteurs du Tricastin, témoignent de son indépendance, de son pouvoir et surtout de sa volonté de maintenir un niveau de sûreté maximal sur l’ensemble des installations nucléaires en France…

S’il y avait le moindre risque sur les piscines des réacteurs, l’ASN demanderait des renforcements.