31.01.2017

Nucléaire : la Chine souhaite être autonome sur le plan de l’innovation

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Par la rédaction et l'Ambassade de France en Chine

La Chine vient de fêter sa nouvelle année, l'occasion de dresser un bilan d'étape du programme nucléaire le plus ambitieux au monde. L’année 2016 a été marquée par la mise en service de 6 nouvelles tranches et une absence d’autorisation de nouveaux projets. Le quotidien China Electric Power News a interviewé M. ZHANG Luqing, senior expert de la CNNC, en l’invitant à faire le bilan de l’année écoulée et à porter son regard sur l’avenir du nucléaire.

Marquée par la mise en service de 6 nouvelles tranches et l’essai à froid réussi du réacteur AP1000, le programme nucléaire chinois se poursuit de manière régulière en 2016. Cependant, aucun nouveau projet de centrale nucléaire n’a été autorisé pendant cette année. Quels sont vos commentaires sur le secteur du nucléaire chinois en 2016 ?

ZHANG Luqing : Le programme nucléaire chinois se développe de façon soutenue en 2016, mais des problèmes qui existent donnent bien matière à réflexion.

D’abord, aucun nouveau réacteur n’a été autorisé en 2016. Dans le cadre du programme de développement de l’énergie nucléaire établi en 2012, le parc nucléaire chinois devra disposer d’une capacité installée de 58 GW en exploitation et de 30 GW en construction. Dans cette perspective, il faut lancer la construction de 6 à 8 nouvelles tranches nucléaires chaque année lors du 13ème Plan quinquennal. L’année 2016 a été marquée par la mise en service de 6 nouvelles tranches et une absence d’autorisation de nouveaux projets. Le nombre réduit des réacteurs en construction rend très difficile l’atteinte de l’objectif prévu.

L’année 2016 a été marquée par la mise en service de 6 nouvelles tranches et une absence d’autorisation de nouveaux projets.

Ensuite, l’essai à froid des réacteurs AP1000 ne montrent que le respect du cahier des charges. Une durée d’un an de fonctionnement sera nécessaire pour vérifier la sûreté et la performance économique d’un nouveau réacteur. C’est pour cette raison que la NNSA ne délivre son autorisation d’exploitation qu’un an après la mise en service d’une nouvelle tranche.

Selon certaines sources, les 8 réacteurs soumis pour autorisation en 2016 comprennent 6 AP1000 et 2 CAP1400. Pour de diverses raisons, l’autorisation de ces 8 réacteurs n’a pas eu lieu. Cela nous conduit à constater avec lucidité l’enjeu de l’autonomie du programme nucléaire qui est conditionné de nombreux facteurs : politique, commercial et diplomatique.

Quelles seront les tendances qui marqueront le secteur chinois de l’électronucléaire en 2017 ?

ZL - Je pense que le Hualong 1 jouera un rôle principal dans la mise en œuvre du programme nucléaire chinois et sera exporté au moment opportun.

Pilotée par la NEA et la NNSA, une évaluation sur le Hualong 1 a été effectuée en août 2014 par un groupe. Les 4 réacteurs de ce type (Fuqing 5 et 6 de la CNNC et Fangchenggang 3 et 4 de la CGN) ont été lancés depuis mai 2015 et les travaux de construction se poursuivent dans de bonnes conditions.

Inauguré en mars 2016 sous la supervision de la NEA, Hualong Pressurized water reactor Technology Corporation (HPTC) a pour objectif de converger les réacteurs de la CNNC et de la CGN en vue de l’exportation du réacteur chinois. Une réunion d’experts de haut niveau à ce sujet a été organisée pour évaluer les options proposées. Pour de diverses raisons, la convergence envisagée n’a toujours pas abouti. De mon point de vue, la CNNC et la CGN n’ont jamais été concurrentes sur le marché international et seront prêtes à œuvrer pour l’exportation de réacteurs chinois.

L’accord sur le FID pour le projet Hinkley Point C a été signé l’an dernier. Cet événement déclenchera-t-il un essor en faveur de l’exportation de réacteurs chinois ?

ZL - Le projet HPC au Royaume-Uni sera équipé des EPR dont les coûts de construction seront élevés. Cette référence industrielle pourra être prise en compte par d’autres pays, qui ne pourront pas supporter une facture aussi lourde.

Le plus important est d’être conscient de l’enjeu de l’autonomie pour conserver l’initiative du programme nucléaire chinois.

Dans le cadre d’une reprise économique mondiale au ralenti, les pays en développement désireux de se doter d’un programme nucléaire sont confrontés à de nombreux obstacles (financement, technologie et infrastructure et l’aspect juridique, de régulation de sûreté, de fabrication d’équipements et de formation). Dans ces circonstances, les acteurs du nucléaire chinois doivent travailler en étroite collaboration avec les pays cibles pour établir une coopération à long terme suivant le principe du bénéfice réciproque et d’agir de façon progressive. Il ne faut absolument pas chercher à obtenir des succès rapides et peu durables.

Aucun nouveau réacteur n’a été autorisé au cours de l’année 2016. Quelle est l’origine de cette absence de d’autorisation ? Y aura-t-il de nouvelles autorisations en 2017 ?

ZL - Il est difficile de les prévoir car les 4 réacteurs AP1000 seront testés en 2017 pour assurer leur fonctionnement stable au respect des conditions de sûreté requises. L’essai à chaud de la tranche 1 de Sanmen prendra fin très prochainement, mais les pompes primaires qui ont suscité de nombreuses inquiétudes quant à leur opération durable devront faire des essais pour une durée d’un an. L’avancement de ces 4 réacteurs sera décisif pour les autres projets AP1000 à lancer.

Quant au Hualong 1, il est équipé des composants lourds similaires à ceux déjà utilisés dans un grand nombre de réacteurs chinois de génération II+ en service, dont l’expérience est riche dans l’exploitation. Les risques essentiels du Hualong 1 résident dans les changements d’implantation sur le plan d’aménagement, et non dans les performances d’équipements. A présent, le chantier de Fuqing 5 fonctionne très bien et respecte le planning prévu. Dès que les travaux de génie civil de Fuqing 5 auront pris fin en 2017, l’autorisation d’un réacteur du même type pourra être envisagée.

Quels seront les grands défis du programme nucléaire chinois ? Quelles seront les contraintes qui le limitent ?

ZL - Les défis résident sous plusieurs aspects : l’optimisation des codes et standards de sûreté, l’amélioration de la capacité d’agir de l’autorité de régulation de sûreté, l’étude sur la construction de centrales nucléaires à l’intérieur des terres, le renforcement de la culture de sûreté pour les exploitants et le soutien de l’Etat en faveur de l’exportation de centrales nucléaires…

Mais je crois que le plus important est d’être conscient de l’enjeu de l’autonomie pour conserver l’initiative du programme nucléaire chinois, car les expériences tirées du démonstrateur Hualong 1 et des projets AP1000 montrent la nécessité de s’appuyer sur nos propres moyens : un type de réacteur de développement chinois, les capacités de fournir des équipementiers par des fabricants chinois et l’importance de disposer d’un tissu industriel couvrant l’ensemble des activités nucléaires.

Cet article est un résumé d'articles parus dans la presse chinoise. Il n'engage en aucun cas ni la responsabilité de l’Ambassade de France en Chine, ni celle de son Service nucléaire.