04.07.2017

Nucléaire : des climatologues interpellent Emmanuel Macron

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Face à l’urgence climatique et à la nécessité de réduire massivement les émissions de CO2, des dizaines de climatologues, d’écologistes et de scientifiques de renom demandent au Président de la République, Emmanuel Macron, de soutenir l’ensemble des énergies propres, dont l’énergie nucléaire.

Les signataires de la lettre ouverte, - parmi lesquels figurent d’imminents scientifiques : James Hansen, « père » des climatologues, Kerry Emanuel, Ken Caldeira et François-Marie Bréon, contributeur du 5e rapport du GIEC - demandent à la France de « préserver son parc nucléaire et d’élargir sa production d’électricité propre ».

« Lancé dans les années 70 et 80, le programme nucléaire français a démontré qu’il était possible de décarboner la production d’électricité d’un pays industrialisé. Pour lutter contre le changement climatique et améliorer la qualité de l’air, la France devra réduire massivement l’utilisation de combustibles fossiles dans le transport et le chauffage en utilisant l’ensemble des énergies bas carbone. L'énergie nucléaire doit jouer un rôle central dans l’atteinte de cet objectif » explique les signataires dans leur communiqué.

La France a démontré qu'il était possible de décarboner la production d'électricité.

Dans leur lettre ouverte, disponible sur en anglais sur le site d'Environmental Progress et en français sur celui de Sauvons le climat, les scientifiques préviennent que « toute réduction de la production nucléaire en France aura pour effet d'augmenter la production d'électricité par des combustibles fossiles, donc la pollution, au vu des faibles facteurs de charge et de l'intermittence du solaire et de l'éolien ». 

Les écologistes pointent les limites de la transition énergétique allemande : « Les émissions de CO2 de l'Allemagne n'ont pratiquement pas changé depuis 2009 et ont, en fait, augmenté tant en 2015 qu'en 2016, à cause des fermetures de centrales nucléaires. En dépit d'une augmentation de la puissance installée solaire de 4 %, et de celle de l'éolien de 11 %, la production de ces deux sources a baissé de 3 et 2 % respectivement du fait qu'il y a eu moins de soleil et de vent en 2016 qu'en 2015. Et là où la France a une électricité parmi les moins chères et les plus propres d'Europe, celle de l'Allemagne est une des plus chères et plus sales. L' Allemagne a dépensé près de 24 milliards € de plus que le prix de marché en 2016 pour ses seuls prix garantis d'achat des renouvelables mais ses émissions ont stagné. Il est à prévoir que l'Allemagne n'atteindra pas ses objectifs de réduction d'émissions de 2020, et de loin. Malgré des investissements énormes dans les renouvelables, seulement 46 % de l'électricité allemande sont issus de sources d'énergie propre, à comparer aux 93 % de la France ».

Pour les signataires, le développement des énergies renouvelables doit permettre de réduire la part des énergies fossiles : « Les renouvelables peuvent contribuer à une électrification plus poussée des transports, celle-ci étant déjà bien entamée avec le réseau ferré mais pouvant être poursuivie avec les véhicules individuels ».

A l'inverse, substituer une énergie bas carbone (nucléaire) par des énergies elles-aussi bas carbone (renouvelables) aurait un effet nul sur le climat mais des impacts importants sur le prix de l'électricité : « Un remplacement du nucléaire par des combustibles fossiles et des renouvelables nuirait considérablement à l'économie française de trois façons : augmentation des prix de l'électricité pour les ménages et l'industrie, la fin des exportations lucratives d'électricité et - peut-être le plus important - la destruction de la filière nucléaire française à l'export. Si le parc nucléaire français est contraint de fonctionner avec un facteur de charge réduit, la filière nucléaire française en sera paralysée par une augmentation de ses coûts et une réduction de ses revenus ».